OLIVIER, LOUISE
LOUISE, reparaissant. Le maître de la maison n'est plus là... tâchons de me cacher... Peut-être le verrai-je... Oh ! il avait l'air si triste, si malheureux...
OLIVIER, sortant et se croyant seul.
Adieu, vous dont le regard me semblait une promesse de pardon... adieu, mon espoir, mon amour, ma vie... adieu, Louise...
LOUISE, s'arrêtant.
Mon nom!... (Apercevant Olivier, et avec joie.) Vous! monsieur...
OLIVIER, stupéfait.
Vous! vous, mademoiselle... dans cette maison!...
LOUISE
Sans doute... mon frère ne va-t-il pas venir?
OLIVIER
Votre frère... et c'est de son aveu que vous été» ici ?...
LOUISE, avec embarras.
Non, monsieur... non, mais... vous le savez... c'est un reproche qu'on leur fait si souvent... les femmes sont curieuses... et j'aurais voulu être témoin de la fête qui va avoir lieu ici...
OLIVIER
Vous, mademoiselle!... ce n'est pas possible...
LOUISE
Vous voilà comme le père Cavoie... Mais pour
LES ÉTUDIANS
quoi donc T... N'êtes- vous pas de cette fête... mon frére n'en est-il pas?... et j'y venais avec un espoir de bonheur 1...
OLIVIER
Si cet espoir est de vous assurer de la joie que votre frére éprouve de votre salut... soyez con- Lente... JaninJs joie ne fut plus complète, car il vous aime... il vous aime comme vous méritez d'être aimée...
LOUISE
Eh bien 1 monsieur, je serai franche... ma curiosité avait un autre but que celui de voir cette fcte... mon espoir était plus doux... plus sérieux, veux-je dire...
OLIVIER
Que cherchiez- vous donc dans celle maison ?
LOUISE
Ce que j'y cherchais... c'était vous!
OLiviEB, avec joie.
Moil...
LOUISE
Oui... vous, monsieur... à qui je voulais témoigner ma reconnais.saiice... dire tout ce que j'éprouve... Oh! tenez, je ne sais pas mentir... et je vous dirai tout... Depuis un mois que vous venez tous les soirs, de ce côté de la campagne... je vous ai remarqué. .
OLIVIER
Est-ce possible ? mon Dieu !...
Oui... vous aviez l'air si iriste, si malheureux... toujours seul .. Et bien souvent je vous ai vu essuyer furtivement les larmes qui vous venaient aux yeux .. et maintenant encore...
OLIVIER
C'est que je souffre t;inl !...
LOUISE
Eh bien! moi, j'ai souffert de vous voir ainsi souffrir... J'aurais voulu vous parler, vous consoler . J'ai désiré... mais je ne puis vous dire cela...
OLIVIER
Oh! parlez... votre voix descend dans mon cœur comme une consolation... parlez...
LOUISE
Eh bien ! monsieur, j'ai souhaité qu'un événement quel qu'il fut, vous approchât de nous... j'ai désiré vous devoir de la reconnaissance, pour pouvoir dire à mon frére, à mon noble frère, qui est si bon, si loyal... si généreux... pour pouvoir lui dire : «Tiens, voici un ami de plus... qui t'aimera... » OLIVIER, avec amertume.
Moi... son ami...
LOUISE
El je voyais mon frére... vous tendre la main...
OLivii:ii, (If mC-mc.
Lui! me tendre la main ..
Louisr..
Eh l)ieti ! monsieur, mon nve s'est réalisé... vous m'avez sauvée... jo vous dois la vie... el si
je suis venue ici, c'eslqueje ne sais quel pressentiment heureux médisait que je vous y trouverais... et que je pourrrais dire à mon frére : « Tiens, Georges... voilà mon sauveur... » et il vous ouvrira les bras, et il vous appellera son frère...
OLIVIER
Oh! par pitié... par grâce... ne lui dites rien... cachez-lui que c'est moi qui suis venu à votre aide...
LOUISE
Le lui cacher!... mais pourquoi?...
OLIVIER
Pourquoi?... C'est que si vous me gardez le secret de votre salut... je pourrai emporter avec moi le souvenir de votre reconnaissance... c'est que je pourrai médire, dans l'exil où je vaisalier: « Il y a un cœur qui me plaint, une bouche qui prie pour moi, un ange qui ne s'est pas détourné de moi avec horreur... »
LOUISE
Mais qui ètes-vous donc?
OLIVIER
Oh! ne me le demandez pas... Je vous en supplie, ne cherchez jamais à le savoir... Est-ce trop exiger de vous? ..
LOUISE
Mais ce nom que vous voulez que j'ignore, lorsque vous m'avez déposée là. mourante, ctsauvée par vous... vous me l'avez dit... vous avez dit : « Souvenez-vous que le pauvre étudiant qui vûusasauvéc, s'appelle...» Hélas! ma faiblesse l'a emporté sur ma rcconn;iissance... ou plutôt, ma joie en vous voyant, m'a tellement serré le cœur, que je me suis évanouie... Et quand je suis revenue à moi... vous n'étiez plus là. . et personne ne pouvait me dire qui vous étiez, ni où vous étiez... car vous avez fui, après votre noble action, comme fuit un coupable après son crime...
OLIVIER
Et j'ai eu raison de fuir... et je n'aurais pas dû revenir... je n'aurais jamais dû vous revoir... Encore une fois, sila viequcjevoiisai conservée vous est précieuse pour le bonheur de votre frére... ou d'un autre qui vous aimera aussi... ne me dites rien... ne me demandez rien... Et si jamais vous devez me rencontrer, ne me regardez pas .. passez devant le maudit sans le reconnaître... vous ne voudriez pas l'insulter...
LOUISE
Moi vous insulter !
OLIVIER
Encore une fois, ne dites jamais à personne que c'est moi qui vous ai sauvée, à votre frère moins qu'à un autre... Me le promettez-vous?... et suis-je tellement voué au malheur, que je ne pui.sse obtenir de vous cette dernière gràce'^..
LOUISE
VousIcNoulez... Ehbicu! soit... (Ils se saluent t;