‹ [Magasin théâtralChapitre 829 sur 1545 · ROYER, OLIVIER · texte numérisé non relu

ROYER, OLIVIER

ROYER

Monsieur, j'ai entendu sortir de votre bouche deux mots qui n'out pas coutume de se heurter l'un à l'autre.

OLIVIER

Et quels sont ces mots ?

ROYER

Vous avez prononcé le nom de Royer, el vous avez parlé de lâcheté.

OLIVIER

C'est vrai.

Et ces deux mots s'unissaient dans votre pensée?

OLIVIER

Oui , monsieur.

ROYER

Misérable!... Mais tu ne sais donc pas que c'est...

OLIVIER

Un duel...

ROYER

Non, pas un duel... mais la mort...

OLIVIER

Si c'est la mort... tant mieux...

ROYER

Oh ! pas de ces comédies dédaigneuses, monsieur... L'homme qui m'a appelé lâche, je le lue rai, je vous le jure... je le tuerai I

OLIVIER

Eh bien ! je vous l'ai dit, tant mieux !... ROYER , après un silence.

Écoutez, monsieur; je ne vous connais pas... c'est aujourd'hui la première fois que vous me rencontrez... Si, ce malin, je vous ai blessé par une demande indiscrète, je vous en ai fait mes excuses...

OLIVIER

El VOUS m'avez dit qui vous étiez...

Oui, je vous ai dit que j'étais le fils du comte d'Orilly... Mais ce que vous ne savez pas, c'est qu'une fatalité cruelle a trop souvent dirigé ma main. Oh ! ce n'est pas de la fanfaronnade, croyezmoi, c'est du regret, peut-être du remords... et, lorsque après la vengeance, on a vu passer prés de soi... la sœur en larmes... la mère en deuil, le père désolé... de celui qu'on a puni... même justement... on doute, monsieur, on se repent... on voudrait arracher de la tombe le jeune homme tué dans sa fleur... on voudrait relever ce cadavre couché par terre. La colère la plus juste s'éteint

LES ETUDIANS,

vite dans le sang versé... Vous êtes jeune et plein d'avenir... pourquoi aurais-je soifdu vôtre... pour quelques paroles échappées à un sentiment exagéré, mais peut-être juste, pour une injure dictée par la jalousie peut-être; peut-être aussi par le ressentiment d'un long malheur?... Ah ! si le duel est encore un combat honorable... c'est lorsqu'il venge des senlimens honorables aussi... Qu'on se batte pour sa sœur déshonorée, pour son père vendu, c'est un droit, c'est plus, c'est un devoir... Tenez, monsieur, nous sommes seuls, dites-moi que vous regrettez ces paroles, et je les oublierai...

OLIVIER

Mais moi, je ne puis pas oublier...

ROYER

Ah ! quand vous les avez prononcées, vous ne me connaissiez pas !

OLIVIER

Oh I je vous connais... Je sais que vous êtes le duelliste le plus terrible de l'école... Je sais que votre balle ne manque jamais son but... Je sais que votre épée entre dans le cœur à la juste mesure que vous voulez... et je sais aussi, qu'à rencontre de tant d'autres spadassins, vous êtes brave.

ROYER

Des railleries, monsieur... Ah! prenez garde... prenez garde !

OLIVIER

Mais il y a ici un homme plus brave que vous, monsieur Royer d'Oriliy : c'est celui qui, sûr d'aller à la mort dans un duel avec vous, y va plus calme que vous ne l'êtes vous-même.

ROYER

En ce cas, monsieur, vous êtes fou.

OLIVIER

Oh! non, non... Et s'il faut, pour vous convaincre du contraire, vous expliquer les paroles qui vous ont fait me provoquer, je vous dirai encore : que profiter de l'abandon d'une pauvre femme pour lui parler d'amour... que spéculer sur la pauvreté pour arriver au déshonneur do la fille et au désespoir de la mère... s'appelàt-on Royer d'Oriliy, c'est une làchclé !

ROVER, le saisissant avec fureur.

Ah! tu te tairas!

OLIVIER

Et s'il arrivait que monsieur Royer d'Oriliy, fier de sa force d'athlète, employât d'autres armes que celle des gens d'honneur... je dirais encore que c'est une lâcheté.

Mais il y a quelque chose qui vous pousse à m'insullcr.sans doute! Espérez-vous sauver ainsi celle femmedemon amour?.. Ne savez-vous donc p.is que la pilié qu'elle eût pu m'inspirer se taira au souvenir de votre injure?... Ne savcz-vous

donc pas qu'une menace peut me pousser à tout!...

OLIVIER

Même à un crime!... Et qui vous a dit, monsieur, que je ne veuille pas, moi , qu'il y ait une tache sur ce nom dont vous êtes si Oerî... que je ne veuille pas qu'il soit dit que le fils du comte d'Oriliy a fait une infamie, comme il sera dit peut-être que le fils du baron de Mortagne, que cherche votre haine... n'est pas un traître et un lâche !

ROYER

Moitagne!... Ah! quel démon vous a poussé i prononcer ce nom ?

OLIVIER

Celui qui pousse les hommes à leur perle et à

leur salut.

ROYER

Mais qui êtes-vous donc, vous qui cherchez la mort avec tant d'empressement?

OLIVIER

Monsieur Royer d'Oriliy, le brave étudiant, l'intrépide duelliste, puisque vous êtes sûr de votre adresse, mesurez bien les coups que vous me porterez... faites que celui qui doit me tuer ne soit pas si rapide que je ne puisse encore prononcer quelques paroles... Et alors... je vous dirai qui je suis... je vous dirai mon nom... je vous dirai pourquoi j'ai voulu mourir.

ROYER

Eb bien 1 soit... à demain.

OLIVIER

A demain.

BOYER, à part.

Qu'est-ce que j'ai?... Je ne sais... mais le regard de ce malheureux m'a troublé... Oh ! non, non, il a osé m'insulter... il a parlé de lûcheté... Nul homme ne dira deux fois ce mot au fils de mon père... je le tuerai! (Haut.) A demain.

(Il sort.)

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