‹ [Magasin théâtralChapitre 843 sur 1545 · ROYER, MARIE · texte numérisé non relu

ROYER, MARIE

ROYER

Ah! pardon, Marie... c'est vous... pardon... mais si vous saviez...

MAnie.

Oui... votre sœur.

ROYER

Ma sœur... oh! je cours prés d'elle... je l'interrogerai... je la ferai parler... Elle est innocente... elle doit l'être... elle n'a pas dé-ihonoré le nom de son père... le nom du proscrit vendu et assassiné.

MARIE

Le nom de Royer d'Orilly, n'est-ce pas?

ROYEY.

D'où le savez-vous?

MARIE

Et vous êtes le fils de ce proscrit vendu et assassiné?

ROYER

Oui, moi... moi, qui voudrais vous mieux consoler... qui voudrais aller avec vous prés de votre mère... Mais je ne puis pas... Tenez, vous êtes pauvre... voilà de l'argent... prenez...

HAItlE.

De l'argent... de l'argent de vous... Jamais!... jamais!...

Pourquoi ce refus, Marie ? Oubliez que je vous ai outragée... oubliez que je vous ai méconnue. Si j'avais su quelle était la noblesse de vos sentimens... si j'avais pu soupçonner tout le malheur de votre existence... jamais, jamais, je vous le jure, je ne vous aurais osé parler d'un amour coupable... Tenez... prenez.

MARIE

Jamais! jamais!...

ROYER

Mais votre mère se meurt.

MARIE

Nous mourrons ensemble.

ROYER

Mais pourquoi , lorsque je repousse une outrageante espérance... pourquoi, lorsque je maudis des paroles qui vous ont insultée... pourquoi me refuser ?

MARIE

Pourquoi, monsieur ?.. parce que Dieu a voulu que la malédiction qui pèse sur moi s'accomplisse tout entière... parce qu'il a dit que le traître serait maudit dans toute sa race... parce que je ne peux accepter du pain du fils du comte d'Orilly, vendu et assassiné par mon père, monsieur !

ROYER

Votre père, malheureuse!

Appelfz-moi maudite, c'est le nom qui convient à la fille du baron de Mortagne.

ROYER

Vous, la fille de Mortagne!... Oh ! maudite en effet... vouée à la misère, aux larmes !...

MARIE

Et que vous auriez vouée au déshonneur, Ei Dieu ne m'avait pas éveillée de ce vertige qui me poussait à ma perle.

ROYER

Oh ! elle a raison... Elle était là tout à l'heure, tremblante, résignée. Etdemain, j'aurais dit tout haut et à tous : « La fille de ce Mortagne, la fille du misérable qui a vendu mon père, elle est à moi. Il manquait un déshonneur à ce nom, je le lui ai jeté... Ecoulez, et que ma voix descende jnsque dans l'ombre où se cache le traître... C'est Marie de Mortagne, perdue, déshonorée,, . Je lai prise dans la boue de la misère, et je la jette à la fange du vice!... » Ah! cette joie, cette vengeance, je l'ai perdue... misérable fou que je suis!...

MARIE

La joie qui rit sur l'honneur mort d'une pauvre fille n'est pas d'un honnête homme.

ROYER

C'est que maintenant je pense à mon père, moi.

LiILO TjI UlLilr\i>.^

Ccsl (jiie vous oubliez votre sœur, monsieur.

ROYEH.

Ma sœur... ma sœur... et c'est vous, vous qui me jelez celte injure à la face... vous, la fille du baron deMorlagne, vous insultez la fille du comte

d'Orilly !

HAUIE.

Vous m'avez rappelé mon devoir, je vous rappelle le vôtre.

ROYER

O ma sœur ! aurons-nous à rougir devant eux ?

MARIE

Ah ! Dieu n'a pas mis toute la vertu dun côté et toute l'infamie de l'antre... Dieu abaisse les orgueilleux... Dieu soutient les misérables.

ROYER

Qu'il vous protège donc maintenant, puisqu'il m'a donné ma part de malheur... puisque vous en appelez à sa justice.

scÉNK vni.

MARIE, si-uie.

Merci, merci. Seigneur.,, je mourrai... Oh! celte fois personne ne me sauvera... Cet liomme me l'a dit ce matin: la tombe est toujours ouverte à qui o>.e s'y précipiter... Mourirl... mouiir!.. toujours ce mot fatal... au bout de chaque cn'orl, de chaque espoir... mourir ;... Oh! je n'ose plus... j'ai eu froid... j'ai eu peur.. Insensée!., mais la misère est là... elle viendra prendre sa proie... la faim lue... Est-ce donc vrai, mon Dieu: qu'il nie faut mourir ainsi?... est-ce donc vrai que ni courage, ni vertu, ni résignation, rien ne vous louche lorsque vous avez prononcé larrét fatal?... Fautil que je meure et ma mère aussi, parce qu'elle a eu horreur du crime de son épou\?.. Parce qu'elle ne s'est pas senti la force de partager le poids de sa honte, vous la condamnez aussi!... Non, non, elle ne mourra pas!.. Oh ! la force m'abandonne!.. Oh ! ne m'envoyez pas la mort avant que je n'aie embrassé ma mère... 0 mou Dieu! par grâce... laissez-nous mourir ensemble... Mon Dieu ! mon Dieu! soutenez-moi... (Kilo lonibc accablée.)

SCÈNl') IX.

MARIE, i. (Icinl couchéo si)r If pa^é, i.k<;IIIF- F0>NIEU.

LE CIIIFFO^NIEII.

Jf l'ai retrouvé. Burhol... il m'a dit la \érité. Demain. . demain, Olivier se bal a\ec ce Uoyci

d'Orilly... Oh ! je le trouverai... je l'allendrai, cet homme... Il faut une victime à sa vengeance... eh bien ! me voilà, qu'il me prenne, qu'il me tue, qu'il me soufflette devant tous... mais qu'il ne tue pas mon fils... mon pauvre fils... C'est de ce côlé qu'il demeure... allons... (Il va pour sortir et se heurte ù Marie.) Qu'est cela ?...

MARIE

La charité, la charité, s'il vous plaît!

LE CHIFFONNIER

Une jeune fille en habit de fcte... mourante!...

MARIE

Pitié !... j'ai faim !... j'ai froid !...

Malheureuse!... oui... oui... tout à l'heure... je voudrais... (Une heure sonne.) Une heure!... Oh! il faut que je voie cet homme!... Si j'en crois Buchot, il ne connaît point Olivier... Eh bien ! alors, je le sauverai... Il n'hésitera pas entre le pauvre étudiant inconnu... et l'ennemi qu'il cherche depuis si long-temps... Ah! il veut punir le délateur de son père... eh bien! c'est moi!... Il veut traîner dans la boue le nom du traître... eh bien ! moi seul le porte encore... Femme, enfans, ils l'ont tous renié !... Royer d'Orilly, si tu cherches le baron de Mortagne, le voici!... voici le traître!...

MARIE , qui s'est relexée lentement.

Qui a parlé de traître?

LE CHIFFONNIER

Grand Dieu !

MARIE

Qui a maudit encore le nom si maudit de Mortagne?

LI'] CHIFFONNIER

Que parlez-vous deMorlagne?

MARIE

Qui vous a dit que c'était mon nom ?

LE CHIFFONNIER

Voire nom... à vous?

MARIE

Oui.

LE CHIFI-'0>'NIEI{, nbCUlant.

O tiii.sére !...

MARIE

Et, comme tous ceux qui l'entendent, vous reculez épouvanté !

LE CHIFFONNIER

Moi!'...

MARIE

Oui, car c'est un nom infâme et honteux!... Si honteux, si infâme, que si je vous tendais la main en vous criant : Pitié, j'ai faim !... vous voub éloigneriez en me maudissant, comme il \ienl de le faire, lui !...

LE CHIFFONNIER

Mais (le qui parlez-vous?

MARIE

De lui, qui m'a dit : « llnfant d'un père maudit, suis maudite! »

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