SCÈNE III
Les Mêmes, FORBACU, le Nkgrk, Laquais, Invités.
FORBACU.
.Te vous suis obligé, mes bons compalriotes, de laccucil que vous faites à moi et à mes millions. Je suis parli pauvre et seul; je reviens riche, et la compagnie ne me manque pas... c'est juste... Vous avez accepté ma fête... je vais vous dire pourquoi je l'ai donnée... Voilà quinze ans que je fais la Ruerrc dans Ilnde... on peut y faire fortune, mais ce n'esl pas là qu'on apprend les belles manières... Je suis un loup de mer, mais je veux vivre en bonne intelligence avec mes voisins... J'aimerai qui m'aimera... je haïrai qui me haïra... (Rires.) Et si quelqu'un se moquait de moi, il me reste un sabre et des pistolets pour lui apprendre la politesse que je ne sais pas... Voilà! ^Maintenant, mes bons amis, vous savez que je n'ai pas encore vu ma fdlc... ainsi donc...
cxnrsiAy.
C'est Irop jr.sLc... Relirons-nous... il est rare
que les reconnaissances de famille n'aient pas
besoin de mystère. (On se retiie.)
CLINTOX, à Cavalier.
Que pcnscs-tu de cet homme?
CAVALIER
Du co'iragc... Gaspard, du courage.
(Ils saluent et soilcnl.) FOiiD.vcH , au nègre, montrant Clinion.
Cal celui-là ?
LE riKGUE.
Oui... li!
foubacii.
Assez... fais aveMir ma fille. (.\près que Clinton et les auircs sont .'orils.) J'y mettrai bon ordre... Ail 1 à peine arrivé, un obstacle!... di' par l'enfer, je le briserai!
SCKXE IV.
FORBACH, META, VERDURETTE, qni se relire.
VEnDOnETTE, conduisant Meta.
Allons donc! ne tremblez pas comme ça.
(Elle sort.) roiiBACn, à part.
La voilà .. Ohl clic est belle.
META, avec liCsidiiion.
FOKBACII.
Ma Bile. . ma fille... avez-vousdonc peur d'embrasser votre père?... damnation!
•MLTA, (le même.
Non, sans doute... mais...
ror.iiACH.
Oui, vous avez raison, vous ne me connaissez pas... et je cumprends (pie, élevée dans un couvent, l'aspect d'un vieux soldat que le soleil des tropiques et la puudre ont noirci pei'dant quinze ans, vous épouvante; mais vous m'aimerez... je le veux.
MLTA, avec crainte.
Mon père!
FOlîIÎACII.
Oui, quand vous saurez ce que je veux faire pour vous... quand, au lieu de la misérable vie que vous menez depuis votre naissance, vous aurez l'existence d'une reine... au milieu des plaisirs, des félcs, des bal.», des parures... vous m'aimerez un peu, n'est-ce pas?... vous m'aimerez?...
META
C'est mon devoir.
FOKBACII, ;\ part.
Oh ! oui, elle est belle. Monsieur Clinton a bon goût.
MLTA, ;i part.
O mon Dieu... ayez pitié de moi !
FORBACU.
Vous pleurez ?
META
Non, mon père... non; mais...
FOUBACII.
Oui, je comprends... vous regrettez sans doute la pauvreté et la liberté où vous viviez... les yeux d'tin père y voient mieux que ceux de vingt bigotlcs .. et peut-être vous attendrissez-vous sur quelque amoureux sentimental et pauvre, qu'il faut oublier désormais. Vous rougissez...
META
Mon père, puisque vous lisez si bien dans mon cœur, je ne voits le cacherai pas. . Pourquoi rougirais-je d'un amour pur cl irréprochable?... J'aime...
Foiui.icn.
Quelque misérable arlisan?
HIF.TA.
Monsieur Gaspard Clinlon esl d'une noble famille.
FOUBACII, ;\ ]n\t.
Exécration!... Akabila ne m'avait pas trompé.
META
Et, si la fortune esl un mérite ù vos yeux, il est riche.
FORBACU.
Riche pour vous, qui étiez pauvre... pauvre pour moi, qui ai conquis une fortune royale.
META
\iu<^\ donc, mon [.ère!'...
actiî: j, sŒm V.
voRnxcn.
Kcoiilez, Meta.., il vaut inictix, ûés le picmier jour, savoir à quoi vous en tenir sur mes desseins... Je vous aime... je vous ;iiinc comme un Itère... Vous serez riche, assez rii-hc pour que je ne veuille pas vous marier au dernier rejeton d'une fiimilie que je hn's.
MFTA.
Que diles-vous, mon pérc ?
FOUBACH.
Vous l'aimez... Eh liienl si vous l'aimez, dloignez-lepour toujours de vous el de moi... Pour des raisons que je ne puis vous dire, ce jeune homme me déplaît.
MhT\.
Mais vous ne le connai>sc/' pas.
FOKn.\€U.
C'est un Clinton... cela .sufiit i)our que je le déleste; mais, s'il osait vous poursuivre el si vous osiez l'aimer, ce serait assez pour que ma haine sût l'atteindre... et malheur à lui!...
Jîi.i A.
Que dites-vous?
l'OUBACU.
Il Oît là .. je le sais... vous le savez aussi... Vous lui avez parié...
META
Mon péro...
FORltACH.
Vous ne connaissiez pas mes inteniions, et je vons le pardonne... Mais, maintenant que vous les savez , songez que si vous ne dclrnisez pas loules ses espérances. ..sa mort les détruira... Allez... on va revenir, et je ne veux pas que l'on voie vos larmes.
META
Mon Dieu ! quelle faute ai-jc donc commise que vous m'envoyez le mallieur? (l'.lle son.)
SnÈNE V.
rOllBACH, PETRUS.
FORBACll, se croyaul seul.
Oh ! oui, elle est belle 1 mais faut-il qu'elle aime ce Clinton!... N'est-ce pas une fatalité, n'est-ce pas une de ces prédestinations attachées a cette race de maudits qui m'a perdu?... Oh! l'aspect de ce jeune honmie a réveillé en moi des sentimens que quinze ans de guerre, de pillage et de crimes eussent du étouffer... Oh : non, non, ((u'il n'espérc pas oblenir Meta... qu'il s'éloigne .. Je le sens... si je devais le rencontrer sur ma rou'.e, je le tuerais.
PExnus, (l'i fon.l (lu i!;Oàirc.
Tu ne tueras personne.
r()U!!A(.IÎ.
Massacre et malcdiclion! qui ose me pailcr ainsi ?
l'ETRUS, S"avaii(,-aiil.
Moi !
Petrus !
roiiBACu.
PETRUS
Moi-même... Quinze ans ne m'ont pas assez changé, à ce qu'il parait, pour que lu ne reconnaisses ton ancien compagnon de meurtre el d'incendie ?
FOKBACn.
Tais-toi, niisérahle... lais-loi!
PETRIS.
Je me tairai, mais à une condition.
FOR BACH
Laquelle?
PETÎUS.
La voici I... Dans la nuit de rir.ccndie du château de ClinloM el du massacre de ses hahitans. .. j'arrivai dans une chambre où se mourait une fournie frappée de deux coups de poignard; elle s'était traînée jusqu'à un berceau que l'assassin n'avait pas vu...
FOR BACH
C'est vrai.
PETiîllS.
Là, était un enfasit que sa mère expirante voulait vainement altcindrc... Cette femme, c'était la comtesse de Clinton, cet enfant, c'était ce jeune Gaspard Clinton que tu veux tuer.
FORBACH
Et que tu sauvas alors, je ne sais trop pourquoi...
PETKL's.
Je vais (e le dire: Un jour, que j'étais resté mourant dans le bois de Rhones, après une lutle avec les gendarmes qui nous poursuivaient, je fus rencontré par une femme jeune et belle... Elle devait savoir qui j'étais... elle l'oublia à l'aspect de ma soulTrance... Elle s'approcha de moi, étancha le sang de mes blessures... m'aida à me traîner jusqu'à une caverne où je pus me cacher, et ne me quitta qu'après m'avoir donné sa bourse, en me disant ; « Voilà de quoi être un honnête homme. »
FORBACH
Tu as bie.'i profité du conseil...
PETRUS
Non, car je t'ai retrouvé le lendemain, car doux jours après tu m'as parlé des trésors que renfermait le château de Clinton et de cet horrible projet de meurtre dont l'incendie a fait disparaître les traces. Je le suivis. . cl sais-tu quelle était la femme que je trouvai là... mourante, assassinée cl que je reconnus aussitôt ?
FORBACH
La comlcssc de Clinton... celle qui l'avaiî sauvé.
LES TALISMANS
PEIRLS.
Elle me rccon mil aussi, el rciïioi lui rendant ^e» forces, elle s'empara de son enfant... C'est alors qnY'ponvnnlé, je lui criai : Je le sauverai! je le sauverai!... Dieu inspire le cœur dos mères... Elle n'hésita pas... Au brigand armé cl sanglant qui était devant elle, la pauvre femme tendit courageusement son enfant... et tomba morte... Vuilà pourquoi j'ai sauvé Gaspard... el pourquoi je le dis que lu ne l'assassineras pas!...
FORBACn.
Il n'y a pas besoin de l'assassiner pour le tuer.
PETRUS
Oh ! je sais que tu es brave, et qu'un coup d'épée ne te coûte pas plus à donner qu'un coup de poignard... mais, je ne veux pas que d'aucune façon tu attentes à la vie de ce jeune homme.
FORBACU.
Mais s'il veut séduire ma fille?
PETKUS.
Tu la surveilleras.
FORBACU.
S'il m'insulte?
PETRCS.
Tu le souffriras.
FORBACU.
El tu crois...
PETRUS
Ecoute... voici à quoi je suis résolu... Si tu touches un cheveu de Gaspard... je dis la vérité sur l'incendie du château de Clinton.
FORBACU.
de serait te perdre.
PETRIjS.
Peut-être irai-je à l'échafaud... mais nous irons ensemble.
FORBACU.
Eh bien! suit... Mais, où te vcrrai-je... que fais-tu ?...
PETRUS
Tu me reverras quand je voudrai... Ce quejn fais? je fais conmie tous ceu\ qui ont commencé par le crime... je continue... Et toi '!...
FORBACn.
J'ai fait fortune dans l'Inde.
PETRUS
CommonI ?
FORBACU.
De matelot, je suis devenu capitaine.
PETRUS
A service de qui?
FORBACU,
Au mien.
PETRUS
Ah : de voleur, lu l'es fait forban.
FORBACU.
La Compagnie des Indes est si riche/...
PETRCS.
Tu as bien fait. Et tu reviens pour faire la fortune et le bonheur de la fille?
FORBACU.
Oui!
PETRUS
Et tu la refuses à Gaspard?
FORBACU.
Oui!
PETRUS
Tu as raison ; le fils de la victime marié à la fille de l'assassin, ce serait affreux... Tu fais bien; mais songe à ce que je t'ai dit.
FORBACU.
Je ne l'oublierai jias.
PETRUS
Prêle-moi cent francs.
FOBBACH.
Tiens, voilà cent louis. Adieu.
PETRCS,
Cent louis... Au revoir! (Il sort.)
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