‹ [Magasin théâtralChapitre 88 sur 1545 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE, CAïHEKINE.

Au lever du rideau Catherine est assise près d'une table, en train d'écrire.

LE COMTE. J'ai envoyé chez lui dix fois encore, et toujours, toujours inutilement, et n'oser y ader moi-même! O mon Dieu! mon Dieu !

CATHERINE. Vous ètes bien inquiet, monsieur le comie?

LE COMTE. Oui, Catherine, oui... je ne sais qu-ls irisies pressentiments m'agitent... me bouleversent... mais ce qui se passe est si éiraiige. ..

CATHERINE. Que voulez-vous dire?

LE COMTE. Je parie de ce jeune homme.

CATHERINE. Ce jeune homme?

LE COMTE. Frédéric, m;)nsieur Frédéric... qui n'a pas reparu... nous lui avons témoigné cependant assez d'inté'êt, assez de bienveillance pour qu'd ne craignît p-s de nous importuner par ses visites.

CATHERINE. Il lous savait malade, et il a peut-être pensé que par conveeance \ devait pour quelque temps s'éloigner de vot' maison, lui qui n'est qu'un étranger...

LE COMTE. Un éttanger... en effet... il a pu penser ainsi... mais comment se fait-il qu'il ne soit pas rentré à son hôtel depuis deux jours?... Il y h dans Paris tant de pièges et de péiils pour un jeune homme... que malgré moi je tremble, j'ai peur...

Il approche un fauteuil.

CATntRiNE. Il VOUS intéresse beaucoup, je comprends ça.

LE COMTK. Vous-même, Catherine, vous lui avez fait un accueil plus bienveillant qu'aux autres.

CATHERINE. Oui... (l'abord.

LE COMTE. Vous vous êtes sentie prévenue en sa favetn...

CATHERINE. Oui...

LE COMTK. Il a l'air si intéressant, il est si bien, n'est-ce pas?...

CATHERINE. Oui...

LE COMTE. Tenez, Catherine, j'ai toujours eu confianre en vous...

CATHERINE. ToUJOUrS !

TE COMTE. Mais aujourd'hui plus encore que les autres fois.

CATHERINE. Aujourd'hui! pourquoi?

LE COMTE. C'est qu'aujourd hui vous êtes .seule, livrée à vous-même, loin de vos neveux enfin, et abandonnée tout entière aux inspirations de votre cœur, qui est bon... je le sais...

CATHERINE , impalientée et se levant.

Ah ! ne me dites pas d'ces choses-là, monsieur le comte, j'aime pas ({u'on me flatte.

LE COMTE. Non, non, Cythorine, je ne vous flatte pas... et dans le trouble, dans l'inquiétude où je suis, il me semble que je ferais bien de vous dire tout entier ce secret qui me dévore...

CATHERINE. Un secret...

LE COMTE. Oui, oui, Catherine ; en face d'une nature énergique, comme la vôiro, la confiance vaut mieux que le mystère, et puis, ce pauvre enfant, si son absence se prolonge, vous uï'aiderez à le retrouver. (5e levant ) Si quelque danger le menace, vous m'aiderez à le sauver ..

CATHERINE. i\Ioi... eli bcu... eh ben, oui, dites... et tenez, je crois que vous ne vous lepentirez pas de m'avoir parlé à cœur ouvert...

LE COMTE. Apprenez donc, Catherine. ..

MANOLRY, cnirant vivement. Lue lettre très-pre.s>ée pour madau)e.

CATHEitJNE. Pour Mioi... {lief/itrdant Vadresse.) C'est .lacques qu'a écrit ça... qu'estce (|ui l'aapponée?

MANOi uv. lue espèce de paysan qui est repjrii ausMtôt.

CATHERINE. C'est bien, allez . . {^fanoury «or/. ) Qu'e.st-ce qu'ils peuvent avoir à m'écrire?...

LE COMTE. Voyons, asseyez-vous là et éfoutoz-moi.

CATHERINE, distraite. 0"i, o'ii. .. j'vous é.'ii'f.. (,'(st (Im"i|<', j'ai |teni- d'oiM? ir r'ie I.îiie

LE C(jmTK (uil fiijiie à (iiihcinir, (jui VA ioêiioir prii d* iu*. Ma buone Caihetlue^

j'ai bien dos toris de jeunesse à expier, bien des fautes à réparer...

CATHERINE, avecénergic. Ben des fautes... oui, je vous crois...

Elle ouvre la lettre.

LE COMTE. Mais la plus grande de toutes, celle dont le souvenir me poursuit sans cesse. ..

CATHERINE, qui a lu. Ou'ai-je lu!...

comment! ils oseraient ..

LE COMTE. Qu'avez- vous, Catherine?...

CATHERINE, se levant. Les malheureux...

non, non, je ne veux pas... je ne veux pas, moi. . .

LE COMTE, se levant. Repondez... qu'avezvous?. ..

CATHERINE, sans Vécouter. L'éloignf-r... oui, les séparer... oui. mais une infamie, mais un crime... Je ne veux pas... je ne veux pas...

LE COMTE. Mais qu'avez-vous donc? parlez!

CATHERINE, le regardant en face. Ce que j'ai, ce que j'ai!... pauvre homme va, pauvre homme.. . ce n'est rien; atiendez-moi;j'sors.. .

Elle va pour sortir; on entend des cris au dehors et la voix de Pascal.

PASCAL, en dehors. Il faut que j'entre; il faut que je le voiel CATHERINE. Tascall...

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