SCENE vu
Les mêmes, PASCAL, qui a descendu.
PASCAL. Serviteur de tout mon cœur.
TOUS. Pascal !
PASCAL. Oui , messieurs , oui , c'est Pascal...
FRÉDÉRIC. Vous ici, moti clier ami... Je craignais de ne plus "^ous revoir.
PA.^CAL. .Ma foi, moi deu)êuic... etrependani ce n'était pasTiuiede honue volonlé de iiia part. . mais une vo'oiitc h'oii dilVén^ite de la mieunc. . sr iiMail prendre à tâche de nous séparer toujours....
FRliDtlllC. C()MUn(>nt?. ..
JACQUES Eh (|UHi! monsieur l*ascal, vous couriez après nous?...
l'ASCAi,. Oui... oui... et mes jambes sont moins bonnes que les vôtres...
LAZARE. Ah! si nous ravn)nssu...
PASCAL. Je n'en doute pas!... (,l Frédéric.) Maisentin nous voilà réunis; et peines, fatigues, craintes, tout est oublié!
FRÉDÉRIC. De.-, craintes?...
JACQUts, bas à Lazare. Il va toul apprendre!
FRÉDÉRIC, d Pascal, qui a semblé réfléchir. .Mai»qu'\ a i-il donc, mon ami?... vous paraissez bien ému.
PASCAL. Ce qu'il y aî... {Jetant les yeux sur les trois frères.) Il y a que je suis bien
étonné et bien triste de vous trouver ici, vous, en irain de vous Minii'^er et de boire, quand ces messieurs, \()s bons amis, ont dû vous apprendre un secret.
FRÉDÉRIC, Un secret!
LAZ >Ri:, à part. Nous y voilà !
FRÉDÉRIC. Que voulez- Vt;us dire, monsieur Pascal?
Pascal. On ne vous a rien appris, rien dévoilé?
FRÉDÉRIC Non, sans doute.
PASCAL. Comnieiit, messieurs... Ah! bon, j'y suis... [A Frédéric.) Leurauutiéa vouiu vous accaparer tout entier... Us sentaient bien qu'une fois C'^ secret découvert , vous seriez p< r u pour eux.
LAZARE. (Comment?...
PASCAL .Je veux dire perdu pour le plaisir .. Madame Renaud leur avait tant commandé lie vous distraire, de vous anmscr. .. N'est-ce pas que c'<stcela, mes.vieurs?. .. [Montrant à Frédéric , Lazare et Jacques qui le menacent des yeux.) Tenez, lenez, voyez les sourire!... Je >avais bien (|ue c'était une surprise qu'on avait voulu vous ménager... sans cela ils n'auraient pas été assez cruels puur \oiis tenir ainsi éloigné de monsieur de Clamarins, de ce noble vieillard que vous avez (|uitté presque mourant.
FRÉDÉRIC. Monsieur de Cl.unarins!
PASCAL. De mon vieux maîtie, qui vous appelle de tous ses xœux, de tuutes srs larme.s... Mais vous allez le levoir, vous allez le r« ndre au bonheur, à la vie. ..
FRÉDÉRIC. Moi! ..
PASCAL. Oui, vous!... Venez, Frédéric, monsieur Frédéiicde C'amarins!
FUÉ .ÉRIC. Qu'entends-je?...
PASCAL. Venez., il est temps de rendre un lil.s à so- père !...
FRÉDÉRIC Mo'i |ière 1...
Laz VUE, à part. iMisérable Pascal !
FjiÉiiÉiilc. Monsieur de (liamarlns, mon père!... Ce mystère vous était connu, messieurs... el vous enchaîniez mes pas loin de lui!... >a\ez vous bien , messieurs, si je ne faisais l;iire mes souvenirs, si j'écoulais mes soupçons. ..
JACQUES. Que diriez-vous, que feriez-vous, monsieur?.. .
PASCAL. Rien, absolument rien , pour le moineni sm'iouU.. Partes, jeune homme; je voudrais pouvoir vous aceon»|)ac;ner, mai.> un devoir sacré... Pariez, monsieur Frédéric, votre père vous attend!...
JACQUES. Arrêtez!...
LAZAhE. Oui, un inslanL.. Monsieur restera... il voudra bien nous explicpier avauL..
PIERRE, ùrc, se levant de la lable. Rien du tout!...
LA2ARÉ, à part. Pierre!,..
PARI 5 ET LA IîAlNLIEI E
JACQUES, àpart. Ivieî...
PiEiuiE. El il va s'en aller...
JACQUES et LAZARE. Comment! que ditil?...
PIERRE. Son père le réclame, ce jeune homme... et la paternité, c'est sacré... {Criant.) C'est sacré, la paterniiél...
JACQUES , bas à Pierre. Mais , nialbeureux!...
PIERRE. Malheureux toi-même, entends tu... Je ne suis jamnis malheureux quand j'ai bu... Jeune homme, ne vous impatientez pas, jeune homme, vous allez embrasser papa .. Hola, eh I rocher... {Lazare [ail un mouvement vers Pierre.) Je fais avancer la voiture. .
LAZARE, bas à Pierre. Mais, misérable, écoute donc, je te dis...
PIERRE. Et moi je te répète que je veux qu'il sans aille... Je respecte la paternité... elle est sacrée.. . la paternité... {Il va à la porte.) Eh! cocher!... Jean Martin.
Il disparaît un moment.
V^SCkL, à part. Celui-là du moins aie vin bon.
FRÉDÉRIC. Plus tard, messieurs, si vous le désirez encore , nous pourrons nous retrouver.
PASCAL. Oui, plus tard; mais en ce moment vous n'avez pas un instant à perdre, et quand je pense que vous allez revoir votre père et que je ne serai pas là...
PlEïiwE, revenant. Voilà la voiture...
PASCAL. La voiture... ah I ma foi tant pis, je pars avec vou>^.
PIERRE. Hein!
PASCAL. Mais non , il faut que je vous
quitte dans votre intérêt. .. pour vous , monsieur Frédéric, il le faut... Ah ! uja valise que j'allais oublier... {À Frédéric.) Montez toujours en voiture .. mais nous nous reverrons à Paris... j'y serai en même temps que vous... {Aux frères.) Messieurs, votre serviteur de tout mon cœur.
Il sort et monte en bayt du moulin.
FiiÉDÉRic. Demain, messieurs, je vous attends à l'hôtt^l de Clamarins.
PIERRE. Bon voyage, monsieur Frédéric,
Frédéric sort.
JACQUES. Parti !...
LAZARE. Il nous échappe!...
JACQUES, à Pierre. El c'est grâce à toi , misérable ivrogne.
PIERRE, fiasan l descendre Jacques àV avant scène et gravement. Jacques, si l'amour ne le rcîud pas plus fou quf le vin ne me rend ivre, prends une plume et écris...
LAZARE. Hein? comment...
JACQUES. Ecrire, et à qui?...
PIERRE. A madame Renaud , écri«, te disje!... {Jacques va à la table, prend une plurne et s'assied.) {Dictant:) « Frédéric » nous échappait; éclaiié sur sa naissance, » il voulait retourner près de son père... »
PASCAL, en haut. Ah! la voilà...
PiERRE, continuant. « Pour l'en empê- » cher, il nous a fallu joindre la violence à la » rose. »
PASCAL, qui a pris sa valise. Fils de monsieur de (.lamarins, demain Usera riche, heureux...
PIERRE, dictant toujours. « Dans deux » heures, il sera mort! »
JACQUES et LAZARE. Mortl...
^^uitime lî^ûbleau.
Un salon riche chez M. de Clamarins , à Grenelle ; beaux meubles. Grande porte au fond.