‹ [Magasin théâtralChapitre 950 sur 1545 · SCENE r · texte numérisé non relu

SCENE r

DESCARTES , STEINBERG , entrant ensemble.

STEINBERG

CherDesrarles!... je suis lieuroux, stu- ma parole, De Paris ù <^tofkliolm, je ne viens pas, je vole.

J'achève en quinze jours, sans le moindre accident, Un voyage éternel, et lorsqu'en descendant, Pauvre élranger perdu, d'une voix eu détresse De mon oncle à chacun je demande l'adresse, .Te vous rencontre... vous!... vrai Dieu! j'hésiterais Prosqu'à vous reronnaître. Au niilion des marais.

Je vous croyais encore au fond de la Hollande, Cherchant quelque problème, errant gnr quelque DESCARTES. [lande,

\insi faisai<;-jp- ^^^^^ Christine m'écrivit Qu'elle voulait me voir ; je vins, elle me vit. En phvsique avec moi soutint un docte thème, r.eçut le philosophe et railla le système.

STEINBERG

Comment: vos tourbillons, vos atomes crochus,

DESCARTES

Du droit de bourgeoisie à Stockholm sont déchus. En échang;e j'habite un beau palais gothique, Là bas... entre le lac Maëlard et la Baltique,

STEl\BEHf:.

Et vous êtes heureux '.*

DESCARTES

Heureux!... du moinscontent.

Pour combler mes désirs il ne fallait pas tant. Hors sou pays est-il un endroit qu'on préfère!' Et pourvu qu'on me donne un compas, une sphère, Pendant de longues nuits un ciel bien étoile , Fussé-je malheureux, je serais consolé.

STEINBERG

Vous soupirez pourtant.

DESCARTES

Oui, quelquefois peut-être :

Car de sombres pensers je ne suis pas le maître ; Je sens qu'il me faudrait un air plus attiédi. Combien de fois, Steinberg, tourné \ers le midi, Lorsqu'un souffle d'été passait sur la falaise, Je sentis que mon sein respirait plus à l'aise I Alors je me couchais et, sans plus rien penser, Riais aux souvenirs qui me venaient bercer. L'aile du souvenir bien vite nous entraine : Je retrouvais les champs de ma belle Touraine, Comme \me vision je voyais s'approcher Tours et ses vieux remparts,Bloiset son haul clocher. Je croyais m'eudormir à ce bruit monotone De la Loire roulant son flot tranquille et jaune; El puis je m'écriais à mon réveil fatal : Ohl que le songe est doux de sou pays natal ! Mais vous, mon cher Steinberg, quelle est votre es-

[pérance i' Et pour ce froid pays pourquoi quitter la France ?

STEINBERG

De mes nobles aïeux héritier sans renom. Triste, j'y languissais écrasé par mon nom. De ce nom, deux encor soutenaient la mémoire Et m'enlevaient ma part de fortune et de gloire. Mon père un beau matin me déclara tout net Qu'il fallait devenir ou moine ou lansquenet. Confiant dans le sort que le ciel me desline, Je me souvins d'un oncle à la cour de Christine. Mon oncle à cette cour est, dit-on, tout puissant , Nous verrons aujonrd'liui s'il reconnail son sang. Car je ne l'ai pas vu depuis dix ans : en somme, (')uel lionuur esl-ce, \n\nns.'

CHRISTINE A FO-MAIMiBLEAU.

DESC-UITES.

C'est un excellent homme.

Chez lui, vous le savez, pour l'intellectuel La nature a peu fait, mais pour le ponctuel, En le créant, mon cher, elle s'est ruinée ; Votre oncle, il m'a fait croire à l'étiquette innée. La reine l'a nommé son grand introducteur. Qu'on emploie avec lui flatterie ou hauteur. Rien ne l'émeut , il faut qu'à son tour chacun passe. Il connaît ce qu'entre eux doivent garder d'espace Le comte et le baron, le duc et le marquis, Les titres mérités et les titres acquis, Ceux pour qui deux battans s'ouvrent avec mesure, Ceux qui doivent passer au Irou de la serrure. Peut-être avez-vous cru qu'en arrivant ici, A la reine il allait vous présenter ainsi?

STEINBERG

Sans Houte.

DESCARTES

Erreur, mon cher, ce n'est point l'éliquel I e. Il vous faut adresser une longue requête Au grand intioducteur : ce soir il vous verra Sans vous en dire un mot ; demain vous répondra, El dans cette réponse écrite avec science. Vous verrez pour quel jour vous avez audience. Voulez-vous réussir, mon cher Steinberg, voilà

Ce qu'il faut faire

STEINBERG

Eh bien, j'ai fait mieux que cela.

DESCARTES

Qu'avez-vous fait,.", voyons?

STEINBERG

Dans la voûte azurée Vous qui lisez, mon cher, comme moi dans l'Astréc, Vous à moitié sorcier, aux trois quarts negramanl. Je vous donne en cent mille à deviner comment J'ai sans introducteur, sans lettre d'audience, Avec sa majesté déjà fait connaissance.

Prenez votre lunette et regardez en l'air.

DESCARTES

Ou vous êtes-vous donc rencontrés ?

STEINBERG

Dans la mer Où de sa barque, ainsi qu'une simple mortelle. Elle venait de choir. Saviez-vous la nouvelle?

DESCARTES

Sans doute, et voiis voyez qu'à l'instant j'accourais Pour la féliciter ; mais ce que j'ignorais. C'est que cet étranger, en ce danger supr/'me Envoyé par le ciel...

STEINBERG

Mon cher, c'était moi-même ; La preuve est qu'avec elle aussi j'ai repéché Je ne sais quel marquis à sa robe aaroché... Que vous devez connaître., attende/.... il senomme..

DESCARTES

Monaldeschi.

STEINBERG

Irnsbien... ps|-ceunbon gentilhomme?

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