‹ [Magasin théâtralChapitre 951 sur 1545 · ACTE 1, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE I

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DESCARl'ES.

11 est mieux que cela...

STEINBERG

Mieux que rcla, tommenl?

UESCARTES.

Ce qu'il esl ? devinez à voire loui .

STEINBERC.

Vraiinenl !...

Voyez la calomnie. Ou m'avait dit en France Que c'était un certain Senlinelli.

DESCARTES

Silence !

C'eslun nom maintenant qu'on ne dit plus tout haut.

STELVBERG.

Allez, mon cher ami, j'entends à demi-mot.

DESCARTES

Que voulez-v ous savoir ?

STEINBERG

Parlez-moi de Christine.

DESCARTES

Christine, elle s'amuse à la guerre intestine Que rallument toujours tant d'intérêts divers, Henverse des complots en rimant quelques vers, Sous le dais ou la tente est toujours à son aise , Laisse là le conseil pour aller voir Saumaise, Quand les fonds épuisés manquent à son trésor, Se mêle du grand œuvre, et veut faire de l'or ; En dépit des docteurs qui la traitent d'impie, Écrit à son cousin le roi d'iïltbiopie. Déclare que Bragauce est un usurpateur.

Et qu'elle reconnaît Croniwell lord prolecteur. Puis lorsque les états lui viennent d'un air grave Pour maître et pour époux offrir Charles-Gustave, Leurs discours pour réponse obtient un non bien sec. En russe, italien, français, latin ou grec.

STEINBERG. [chc.

Mais si j'ai bien compris cependant, moins farou- Un non n'est pas toujours ce que répond sa bouche. Et si du mariage elle craint les liens... 11 en est de plus doux... ces deux Italiens...

DESCARTES , avec tristesse.

Celaient de vieux amis, un caprice de reine. De leur vieille amitié fil une jeune haine. D'un seul mol leur pouvoir peut être apprécié : L'un esl rival heureux, l'autre disgracié. Le premier seulement esldonc vraiment à craindre. Occupons-nous de lui, laissons l'autre se plaindre.

(Il se rapproche de Steinherget lui parle plus bas.) Monaldeschi n'est point un de ces courtisans Qui n'exigent pour prix de leurs soins complaisans Qu'un titre, une faveur, un cordon, une place; Pour avancer d'un pas nul dégoût ne le lasse; Du trône. chaque jour on le voit s'approc^ier. Car il rampe aussitôt qu'il ne peut plus marcher. Pour se mieux assurer la puissance suprême. Ce qu'il veut de Christine esl Christine elle-même. Nul ne sait mieux des cours ce magique al(»liabet Qui nous conduit au trône ou nous mène au gibet.

11 n'a qu'un seul ami, (piuii euulidunt, un pai^o Qui ne parle qu'à lui dans un autre langage. Si nous le rencontrons, je vous le ferai voir, [noir, C'est un jeune honmic triste, au teint pâle, à l'œil El toujours près de lui l'on voit ce page étrange. Comme près d'un démon Dieu placerait un ange.

STEINBERG

C'est bien, je les connais maintenant tous les deux

Comme si j'avais fait garnison avec eux.

Mais qu'est-ce qu'un certain Magiius de La Gardie?

DESCARTES

Hélas ! il eul aussi la démarche hardie.

Le front dur, les yeux secs et le parler hautain :

11 n'a plus maintenant qu'un aspect incertain,

C'est un type vieilli ; son crédit qui s'efface

A de ses traits heurtés arrondi la surface ;

Sa chute se trahit à tout œil vigilant.

Car depuis quinze jours il est moins insolent.

Or, tout bon courtisan peut, quand il esl de race.

D'avance quinze jours flairer une disgrâce.

(On commence à entrer.) La science est sûre.

STEINBERG

Bien.

DESCVRTES, lui nionlraiit une jeune fille qui traverse le théâtre et qui entre chez la reine.

Regardez cet en font Que du poison des cours l'innocence défend. De sa jeune beauté son jeune front se pare: Cette enfant c'est Ebba, la comtesse de Sparre. Dieu laisse quelquefois échapper de ses mains Des anges qu'il oublie au bord de nos chemins. Pour que les malheureux qu'un trop lourd fardeau

[lasse S'arrêtent consolés quand devant eux il passe.

STEINBERG , lui montrant un homme qui prend des notes sur une tablette.

El cet homme vêtu de noir?

DESCARTES

C'est un savant.

Qui, ne parlant jamais, va toujours écrivant, [me, Tous les mots qu'il a ù\is font le quart d'un volu- C'esl un monosyllabe à deux pieds et sans plume; Mais sur la danse grecque il vient incognito D'imprimer à ses frais cinq tomes in quarto.

STEINBERG

C'est fort aimable à lui.

DESCARTES

Chut!

STEINBERG

Quoi ?

DESCARTES

La porle s'ouvre.

DEVX PAGES.

La reine !

DESCARTES

A lions, mon cher, souvenez-ujus du Louvre.

CHRISTINE A FONTAINEBLEAU

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