ACTE 1, SCEiNE II
STEINBERG
Oiie votre règiu; est beau, sublime, i^iaudiose.
christim:.
Oh ! que c'est faliganl, toujours la même chose !... 11 semble pour louer qu'ils ont tous même voix. Descaries, asseyez-vous, vous souffrez, je le vois. Et notre frère Louis ?
STEiMJtnr.
Oh ! conlrc la régence D'Anne (l'Autriche, tout parait crinlelligence ; Par qui doit l'étouffer le trouble est fécondé. C'est toujours ^lazaiin, et c'est toujours Condé, Disputant le pouvoir aux deux côtés du trône Et sur le front du roi tiraillant sa couronne. Contre le Mazarin aujourd'hui de retour, Condc, le roi d'hier, et l'exilé du jour, llamène l'Espagnol qu'il combattit naguère.
CHRISTINE
(londé fait une tache à son harnais de guerre. Ah ! que si la régente avait, en temps et lieu. Su frapper et punir !... Et pourtant Richelieu, Ministre à robe rouge et prêtre au cœur de bronze. Pour Louis quatorze avait continué Louis onze. Il comprenait le trône, et que ses quatre pieds Au front des grands vassaux se trouvant appuyés. Mal assortir leur taille était puissantes fautes ; C'est pour ce qu'il passa sur les têtes trop hautes La hache du bourreau comme un niveau de plomb. Il fit gitcr le trône en le mettant d'aplomb.
(Se levant.) Que si j'avais été la régente de France, Dès que j'eusse des grands soupçonné l'espérance, Eu appelant contre eux à mon peuple loyal, J'aurais conduit le roi sur son balcon royal ; Puis, ramenant à moi ma puissance usurpée, Couvrant mon noble enfant d'une lame d'épée. En nous montrant tous deux, j'aurais dit sans effroi : Celle-ci c'est la reine, et celui-là le roi.
(S'asseyant.) A tout prendre, échappant à la guerre civile. Quand le bruit du tocsin décroît dans cha((ue ville , Un peuple est bien heureux, car après cet effort, Son siècle va marcher et plus large et plus fort. Le baptême de pleurs a rajeuni sa tête : C'est pour épurer l'air que gronde la tempête, Et quelque homme toujours magnifique et puissant ISaîl sur un sol fumé par un engrais de sang. Continuez, monsieur, mais changeons la nature De l'entretien. Que fait votre littérature ?
STEINBERC.
Les comédiens du roi donnaient le mois dernier
(Cherchant.) Un drame de Corneille ou, je crois, de Garnicr ; Non, c'était de Corneille.
CHRISTINF.
Et son titre est?...
STEI.VBEKC.
Horace.
CHRISTINE
Qu'en dit-on ?
STEIMIERC, avec conviciiori.
Que l'auteur n'a pas suivi la trace Des grands maîtres ; qu'il est et trivial et bas ; Que ce n'est point ainsi que parlent Dubartas, Desmarets, Saint-Sorlin, Rois-P.oberl et Jodelle, Qui du suprême goût ont offert le modèle.
CHRISTINE
Et qui donc dit cela ?
STEINBERC.
L'Académie.
CHRISTINE
Encor !
STEINBERC.
Oui, votre majesté, ses membres sont d'accord, Que c'est im novateur dont le culte idolâtre Sacrifie à Baal et perd le beau théâtre.
CHRISTINE
Oh ! lorsqu'il est écrit sur le livre du sort Qu'un homme vient de naître au front large , au
[cœur fort, Et que Dieu sur son front , qu'il a pris pour victime, A mis du bout du doigt une flamme sublime. Au dessous de ces mots la même main écrit : Tu seras malheureux si tu n'es pas proscrit ! Car à ses premiers pas sur la terre où nous sommes. Son regard dédaigneux prend en mépris les hom-
[mes ; Comme il est plus grand qu'eux , il voit avec ennui Qu'il faut vers eux descendre , ou les hausser vers Alors dans son sentier profond et solitaire, [lui. Passant sans se mêler aux enfans de la terre. Il dit aux vents, aux flots, aux étoiles, aux bois, Les chants de sa grande ame avec sa forte voix ; La foule entend ses chants, elle crie au délire. Et, ne comprenant pas, elle se prend à rire. IMais à pas de géant sur un pic élevé. Après de longs efforts, lorsqu'il est arrivé, Reconnaissant sa sphère en ces zones nouvelles, Et sentant assez d'air pour ses puissantes ailes. Il part majestueux, et qui le voit d'en bas, Qui lente de le suivre, et qui ne le peut pas. Le voyant échapper à son regard qu'il lève, Pense qu'il diminue à cause qu'il s'élève ! Croit qu'il doit s'arrêter où le perd son adieu, Cherche dans la nuée... il est aux pieds de Dieu. Notre terre du Nord est une rude mère, Steinberg, et nous n'avons point encor eu d'Homè- De Virgile. Pour nous, à peine l'alphabet [rc.
De science est ouvert. Ma sœur Elisabeth Fut plus grande que moi, non pas que je la craigne ! Mais elle avait Shakspear pour élargir son règne ; Les heureux Médicis ont eu Machiavel, [vvell.
Corneille est près de Louis , Millon près de Crom- (Se retournant et apercevant les quatre vieillards tuteurs
du royaume.) Mais ce que n'ont poinl France, Italie, AngleleiTc,
CHRISTirvJÎ A FONi AirsEBLEAU.
Voyez, Steiubcrg, ce sont , à la démarche austère, Ces quatre prends vieillards qui s'avancent vers moi, Qui me prirent enfant et me laissèrent roi, A qui le sol du INord a cédé de sa force. Et dont le cœur est beau sous cette rude écorcc. Regardez-les, Steinberg, ne penseriez-vous pas Voir s'avancer les dieux de nos âpres climats? Comme nos vieux cyprès que la tempête assiège. Les ouragans des cours les ont couverts de neige. Et sans cesse contre eux déchaînés et soufflans ,
[ blancs !
Ont fait leur barbe grise et puis leurs cheveux
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