‹ [Magasin théâtralChapitre 956 sur 1545 · P\UI.A · texte numérisé non relu

P\UI.A

Anatlième !...

Si je ne l'aimais plus! Oui , mon soigneur... je

[ t'aime

Comme au jour où mon cœur , cédant à tous tes

[ vœux , Se fondit en amour dans mes premiers aveux , Comme au jour où, glissant de ta lèvre à mon ame, Ton baiser dévorant passa comme une flamme ; Comme au jour où, pour toi désertant mon pays, Ma mère et mon devoir furent tous deux trahis. Eh bien ! souffrant par toi, pour toi , quelquefois

[ ai-je , Sous ce ciel nébuleux et sur ce sol de neige , Ai-je, par un soupir, par un mot, regretté Mon ciel brillant et pur et mon sol enchanté? Suis-je, lorsque j'appris qu'aux anges réunie. Ma mère, dont j'avais fait la longue agonie. Était, dans sa douleur et dans son abandon, Morte sans prononcer sur moi le mot pardon, Suis-je venue en pleurs et d'une voix amère Te dire : Tu m'as fait maudire de ma mère?...

MONALDESCHI

Non, lu fus bonne et douce.

PAULA

Et lorsque de ta main Je reçus ces habits, et que, sans examen, .le les mis, t'ai-je dit ce que souffrait mon ame? Que je devinais tout ; qu'aux regards d'une femme C'était pour me cacher que ton soin déguisait Mon sexe ? et dans mon cœur l'enfer me le disait Pourtant ! Non, dans ce cœur palpitaient mes bles- Et le sourire encor recouvrait mes tortures, [sures, Et mes accens joyeux te dérobaient mes maux. Quand j'aurais tout donné pour pleurer à sanglots! Mon Dieu!...

MONALDESCni.

Je t'aimais, oui, Paula, je t'aime encore! Mais ne comprends-tu pas quel espoir me dévore? Quand à Stockholm, au sein d'une autre nation, J'apportai les projets de mon ambition, J'étais loin d'espérer que jamais souveraine Daignerait m'accueillir sous son manteau de reine: Elle l'a fait ! Sais-tu ce que peut être un jour L'homme qui de Christine aura surpris l'amour ? Cet homme, eh bien? c'est moi : chaque jour en-

[ lacée Dans mes mille replis je la tiens plus pressée ; Un pas encore, et maître et roi publiquement, Je m'assieds sur le trône à ma place d'amant. N'as-tu pas entendu ? maintenant elle implore La grâce du Seigneur ; mais le nom qu'elle adore Pour elle vibrera jusque dans le saint lieu, El la voix de son cœur sera la voix de Dieu. Tu parles de douleur, tu parles de torture : Pour oser en parler, uurnis-ln d'avcnturr

Vu, découvert J» nu le cœur d'un favori , Quand, pendant un long jour à tout il a souri? G mon Dieu ! qu'est-ce donc que le bras qui nous

[pousse ?

Quand notre vie aurait pu passer libre et douce, Marcher dans cet enfer, où des démons rians Nous suivent pas î» pas de leurs yeux flamboyans; Monter aux flancs raidis d'une montagne aride, Sans que rien en chemin nous soutienne et nous Ne s'arrêter jamais qu'afin de ramasser [guide ; Un cordon qu'on ne peut prendre sans se baisser ; Sentir trembler sous soi, de sa fortune esclave. Un sol mouvant pétri de cendres et de lave ; Monter, monter encor, toujours, et n'oser pas Se retourner jamais pour regarder en bas, [mes. De peur qu'épouvanté des hauteurs où nous som- Nous ne relombions nous briser parmi les hom- PAULA. [mes.

Ah ! j'ignorais qu'il fiît des supplices si grands: Oui , tu l'avais bien dit -. C'est affreux ! je com-

[ prends...

Eh bien ! puisque c'est moi qui suis la plus heu- Laisse-moi soutenir ta marche aventureuse, [reuse. Pour te faire oublier les affronts essuyés. Il te faut à ton tour, à fouler à tes pieds Quelqu'un. Ah I garde-moi, je serai ta servante; Tout ce qu'une amour pure ou délirante invente De bonheurs, oui, pour toi je les inventerai ; Quand tu me maudiras, moi je te bénirai ; J'aurai des mots d'amour qui te guériront l'ame. Garde-moi, je consens qu'une autre soit ta femme; Je promets de l'aimer, d'obéir à sa loi.

(Se jetant à son cou.) Mais, par le Dieu vivant, garde-moi, garde-moi!...

MONALDESCHI

Non, la reine t'a vue et peut te voir encore, Apprendre d'un seul mot ce qu'il faut qu'elle igno- Dans un sombre regard, j'ai vu Sentinelli [re. Fixer sur toi ses yeux de tigre : j'ai pâli... Pour que tu restes, non, trop de terreur m'assiège. Si la reine voulait te voir, que lui dirais-je ?

PAULA

Oh ! n'est-ce que cela ? Partout où tu voudras , Ne puis-je me cacher, moi ? Veux-tu ? Tu diras Tout ce que ton esprit inventera. Qu'importe!... Dis que je suis partie en Italie, ou morte , Si c'est mieux. N'as-tu pas, dis-moi, dans ta maison, Quelque coin, quelque tour, quelqu'étroite prison. Sans issue au dehors, obscure, sans fenêtre. Où jamais un rayon du soleil ne pénètre ? J'y resterai toujours, on ne pourra savoir Où je suis, si je vis, nul ne pourra m'y voir Que toi ; tu me diras dans ma sombre demeure, Quand tu seras sorti, si lu veux que je pleure. Ou non, toi seul viendras me donner l'eau, le pain. Et quand tu m'oublîras, j'aurai soif, j'aurai faim !. .

MONALDESCHl.

PauIa...

cHuisiLM-: A l'OM ainebu:ai

PAILA.

Monnldcschi, ^ois mes pleurs sur mes joues. Mes lourniens oubliés, ceux auxquels lu me voues. Avant ces pleurs déjà tant de pleurs sont passés, Que je ne suis plus belle aujourd'hui, je le sais. Tu m'en veux, et pourtant c'est ton amour fatale Qui m'a rendu l'œil sombre et m'a fait le front pâle.

(Se traînant sur ses genoux.)

Mon corps faible en tes bras tant de fois soulevé, A tes pietls se meurtrit, rampant sur le pavé ; Veux-tu mon sang? mes jours? Prends mon sang;, [prends mon ame, Ouvre avec ton poignard ma poitrine de femme. Que j'y sente mon cœur entre tes mains broyé , Et je souffrirai moius que je souffre. Oli 1 pitié i:

Mi1> VLDESCIU , aUpiulri.

Paula!...

pvri V.

Piliél mon Dieu!

MOXALDESCIII, la relevant.

Dis-moi. Voyons, écoute.

Si lu pouvais rester, je le voudrais, sans doute.

PAI'IA, se jeiant dans ses bras.

"\Ionaidesclii...

' On entend la cloche du temple où prie Chistinc. ) MON.VLDESCHI.

Qu"entends-je ! A la reine ! Voilà...

r La repoussant.} Dieu ! qui parle de moi. Vous partirez, Paula.

Page 1