SCÈNE III
CHRISTINE, MONALDESCIII.
Majesté I me voici, prêt à suivre ou Iransnieltre Vos ordres.
CHRISTINE
Ce n'est point cela : venez vous mellre Ici. Pour vous parler j'ai de fortes raisons. Asseyez-vous, marquis, sur ce siège, et causons.
MONALDESCHI, regardant autour de lui.
Madame...
CHRISTINE
Nul ne peut nous voir ni nous surprendre, Quittez donc l'étiquette.
MONALDESCHI
Oh ! si j'ose comprendre, Vous daignez m'accorder un de ces doux momens Qui me feraient sourire au milieu des tourmens Les plus affreux.
CHRISTINE
Marquis, toujours je vous écoute Avec joie, et pourtant le ciel sait que je doute...
MONALDESCHI
Vous doutez I 0 mon Dieu 1 dis-moi, pour rassurer Le cœur aimé qui craint, par quoi faut-il jurer ? Quel est le saint puissant, la puissante madone. Qui lorsqu'on jure en vain jamais ne le pardonne ! Dis-moi leurs noms, mon Dieu, car je veux aujour- Pour rassurer son cœur, jurer par elle et lui ! [d'hui, CHRISTINE.
Point de sermens, marquis ; l'éclat qui m'environne. Le feu des diamans que jette ma couronne, N'a-t-il pas, dis-le-moi, de ton esprit vainqueur. Plus ébloui tes yeux, que moi séduit ton cœur ?
O Christine ! pourquoi me faire cette injure ? Moi t'aimer pour ton rang ? Oh I non , je te le jure Que, quel que fût le rang que le ciel t'eut donné. J'aurais aimé ton front même découronné. Partout... oui, si j'avais vu dans l'Andalousie Tes yeux noirs à travers la verte jalousie, J'aurais aimé tes yeux I le théorbe à la main. Assise au fût brisé d'un vieux tombeau romain, Chantant un chant d'amour, si je t'avais trouvée, J'aurais aimé ton chant, car je t'avais rêvée ! Et, de mon vague amour éprouvant le pouvoir, Je croyais te connaître avant que de te voir. Oh 1 oui, j'avais osé, dans mes songes de l'ame, Créer un ange à moi sous des formes de femme ; Il avait ce regard et ce sourire-lù.
Et lorsque je te vis, je dis : Oh ! le voilà !
CHRISTINE
Que les yeux du Seigneur regardent dans ton ame Si tu dis vrai, marquis; car jamais une femme, Dans son amour ^nli^sanl, ne fera pour un roi
Ce que, reine aujourd'hui, je vais faire pour toi ! Qu'on ouvre.
(On ouvre, tous les courtisans entrent.) Je reviens avec sceptre et couronne.
Attendez-moi, marquis.
MONALDESCHI
Où, reine?
CHRISTINE
Au pied du trône.
(Etie rentre, le marquis lui baise la main et va se placer le pied sur la première marche du trône.)
tOOOOOOOOOOOùOOOOÛOOOOO&OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOl»
SCKNE IV.
MONALDESCHI , tous les CouRTiSANS.
LA GARDIE entre avec le baron de Steinberg. Avez-vous vu baron ? il vient de déposer, Devant nous, sur la main de la reine un baiser : II ne se cache plus ; sa victoire est complète. Un baiser sur la main !...
LE BARON
Ce n'est pas d'étiquette, J'en conviens.
LA GARDIE, à Sentinelli.
Vous l'avez peut-être aussi vu, vous?
SENTINELLI , d'un air sombre.
Oui.