‹ [Magasin théâtralChapitre 970 sur 1545 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MONALDESCHI , sortant de l'appartement de la reine. PAULA , debout, appuyée contre la porte de l'appartement de Monaldeschi.

MONALDESCHI

Encor?

PAULA

Toujours.

MONALDESCHI

Paula?

PAULA

Monaldeschi !

MONALDESCHI

Pourquoi Me poursuivre ainsi... dis... que veux-tu donc de Parle. moi ?

P Ali LA.

Je ne veux rien, seulement je suis l'ombre Que le ciel à ton jour mêle pour qu'il soit sombre, Le songe qui la nuit tourmente ton sommeil, El la voix qui le dit : «Malheur !... » à ton réveil.

MONALDESCHI

PauIa, depuis trois ans je souffre ta démence, C'est assez.

C'est assez ! de sa parole immense.

Au jour du jugement, où tu criras merci , Quand Dieu t'appellera, je dirai : Me voici. C'est assez ! oh ! non , non...

MONALDESCHI , réfléchissant un moment , puis allant à elle.

Eh bien 1 encor peut-être.

Si vous voulez, Paula, je puis faire renaître Le bonheur dans les jours qui vous sont réservés. Voulez-vous être heureuse encor? vous le pouvez.

PAULA

Serait-ce de ta bouche une ironie affreuse, [reuse ? » Que de me dire à moi : « Voulez-vous être heu- Sous le poids des douleurs j'ai si long-temps plié, Que pour moi le bonheur est un mot oublié. Quand la lenle inforliinc .1 cronsé noire jour,

St

Sillonné notre cœur, crois-tu qu'on la secoue. Comme le voyageur, de son chemin lassé. Ferait d'un peu de poudre à ses pieds amassé? Dis, cependant.

MONALDESCHI

Paula, je hais mon esclavage.

Porter toujours un masque, et jamais un visage , Me gêne ; et l'avenir, que d'ici j'entrevois. Déjà sur mon présent pèse de tout son poids. Lasse de son repos, Christine, qui conspire. Sur elle ne me peut pardonner mon empire ; Toujours un mot amer, un regard courroucé, Soulèvent de son cœur mon amour repoussé ; Et , pour se dérober à son propre anathème, Elle verse sur moi le mépris d'elle-même. Pour oublier les siens elle me fait des torts. Il lui faut toujours là quelqu'un pour ses remords. Le vieillard l'avait dit de sa voix solennelle, Que l'heure du regret arriverait pour elle; [vain. Que manqueraient un jour, cherchés par elle en La couronne à son front, et le sceptre à sa main. Aussi dans son ennui maintenant que fait-elle ? Souillant son avenir d'une tache immortelle. Pour ressaisir »ui sceptre imprudemment quitté, Christine sourdement conspire.

PAULA , avec indifférence.

En vérité , Je ne sais pas, marquis, ce que vous voulez dire. Eh ! que me font à moi les débals d'un empire ?

MONALDESCHI

Mais ce n'est point à moi qu'ils importent si peu. Tous ces débats de roi ne me sont point un jeu. Qu'en leurs destins divers mon regard accompagne, Sans qu'il soit inquiet de qui perd ou qui gagne. Je vis et je touchai le trône de trop près , Pour m'en être éloigné sans d'éternels regrets.

PAULA

Eh bien ! i\Ionaldeschi, puisque Christine tente D'y remonter, ton ame est, j'espère, contente?

MONALDESCHI

Deux choses advicndront : ou Gustave saura Qu'on conspire, rt dès lors le romplol érhoiira,

CHRIS'JiM' A FONTAlAKBLEAlJ

On, conduit avec lait que Christine possède ,

Il la replacera sur le trône de Suède.

Si Gustave est \aiuqucur, comme j'ai conspire^,

D'un exil éternel je puis être assuré.

Si Christine triomphe, à me perdre enhardie.

Je devine pour moi le sort de La Gardie :

•l'ai tout prévu. Maf^ius ne doit point à demi,

De qui l'humilia s'être fait l'ennemi.

l'ne lettre par moi lui vient d'être adressée ;

J'y dénonce en détail l'espérance insensée

Que Christine a conçue, et j'y demande au roi,

A la cour de Stockholm un refuge pour moi.

Pour tant de dévoùment, le moins qu'il puisse faire

Est de me replacer dans mon ancienne sphère ;

La Gardie est chargé de régler avec lui

Ce que nous demandons tous les deux ; aujourd'hui

Ou demain je reçois sa réponse peut-être.

PAU LA

Vous avez oublié qu'on lit dans une lettre Sans la décacheter. Vous disiez vrai, l'enjeu Est important, marquis, votre tête est au jeu.

MONALDESCHI

Mes mesures, je crois, ont été trop bien prises Pour que je me fatigue à craindre des surprises. Adressée à Christine, une lettre viendra : Mais c'est Sentinelli qu'elle dénoncera.

Lors de Fontainebleau je m'éloigne sur l'heure ; Puis, une fois parti, que Sentinelli meure Ou vive, peu m'importe.

PAULA

Et dans quel intérêt Me mettez-vous, marquis, d'un aussi grand secret? MONALDESCHi. [prenne,

J'ai besoin de quelqu'un qui d'un mot me com- Lorsqu'il en sera temps, qui sorte et qui m'amène Les chevaux qui d'ici me doivent emporter. Sans que sa longue absence ait droit d'inquiéter ; Alors nous partirons, et hors de sa présence Une fois, mon amour et ma reconnaissance, Ma Paula, te feront oublier tes tourmens. Tu me retrouveras tel qu'autrefois.

PAULA , le regardant.

Tu mens !...

N'importe, l'on ne peut trahir sa destinée , La mienne est à la tienne à jamais enchaînée. Compte sur moi.

MONALDESCIII , avec joie.

Paula, de mes biens la moitié Est à loi, ma Paula.

PAULA, le repoussant.

Vous me faites pi lié.

SCÈÎNE II.

Les MÊMES, STEINBERG et EBBA , entrant d'un côté, appuyés sur le bras l'un de l'aiUre; SENTI- NELLI entre du côté opposé.

SENTINELLI

Ah ! monsieur de Steinberg, suis-je en retard? la M'a-l-elle demandé? [reine

STEINBERG

Non.

EBBA

Notre souveraine Repose encore ; hier, vous vous souvenez-bien Que d'un double savant, grand théologien , Elle a dans la soirée accueilli les hommages. Ils ont sur le saniscril et le culte des mages Argumenté jusqu'à deux heures du matin.

MONALDESCHI

C'était fort amusant.

EBBA

Oui, l'on parlait lalin, MONALDESCHI.

Pour moi, j'ai de la reine admiré la harangue.

EBBA

Je ne vous savais pas si fort sur cette langue.

SENTINELLI

Un courtisan! madame ; eh ! que dites-vous donc? Des langues en naissant ces messieurs ont le don. Et lorsque par hasard quelquefois il arrive Que des mots prononcés d'une façon plus vive Intimident l'un d'eux au point que vainement Il cherche quelle langue on parle en ce moment. En efforts maladroits bien loin de se confondre, Ils s'incline plus bas, et c'est encor répondre.

MONALDESCHI

Dun tel propos, monsiein-, je puis me plaindre.

SENTINELLI

A qui?

MONALDESCHI

A In reine, monsieur...

Seigneur Monaldescbi , J'ai, d'un propos amer quand mon ame est frappée. Ma cnnlidente aussi.

MONALDESCHI

Laquelle?

SENTINELLI

Mon épée.

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