ACTE 111, SCÈNE IV
Me dire d'eiUre vous, messieurs, Tlieure qu'il est, STEINBERG.
Neuf heures.
CHRISTINE
Se peut-il que si tard on demeure Dans un lit loin du jour? Mieux vaut, je crois, qu'on Que de cette manière exister à moitié. [meure,
MONALDESCHI
Mais nous avons besoin...
Mais nous faisons pitié.
MONALDESCHI
Madame, vous dormiez du sommeil de la gloire , Et le repos est doux après une victoire.
CHRISTINE
Que dit notre écuyer ?
MONALDESCHI
Il fait allusion A vos combats d'hier, à la confusion Du savant qui vous vit résoudre ce problême, Qu'il pouvait rencontrer pins savant que lui-même.
CHRISTINE
IMon ennemi n'était rien moins que confondu , Et mon latin, je crois, est du latin perdu. Je n'ai pu du vrai texte entendre une syllabe; Au lieu de ce latin, si j'avais su l'aralie... Mais ce n'est point ici l'heure de discuter. Avez-vous ce matin quelqu'un à présenter, Marquis ?
MONALDESCHI
Oui, deux Français, l'un fat, l'autre poète.
CHRISTINE
Eh bien I prévenez-les que pendant sa toilelle
Christine jugera de leurs talens divers,
Et que nous causerons de modes et de vers.
(Monaldeschl sort.) (A Scnlinclli.)
Monsieur le commandant de notre grande armée. Qui de douze soldats pour l'instant est formée, A notre grand-lever nous recevrons encor Les deux ofliciers qui font l'élat-major.
(Scntinelli sort.) Quant à toi, chère Ebba, je te garde la peine De charger de bijoux le front de ton ex-reine. Choisis ceux qu'elle doit supporter aujourd'hui ; Tous ces détails pour moi sont d'un mortel ennui.
EBBA
Us ont trouvé parfois votre anie moins rebelle : A votre majesté souffrez que je rappelle Les soins qu'à sa toilette elle-même donna. Lorsqu'elle prit le nom du comte de Dohna. CHRISTINE.
Ce n'étaient plus alors des vêtemens de fennne. Dieu pour un autre sexe avait créé mon ame ; Je sentais, sous l'habit d'un jeune cavalier. Ma volonté plus libre et mon cœiu- plus allier. Ainsi qu'à moi, Slcinberg, il vous souvient peut-
[ être Du plaisir qu'à mes yeux vous avez vu paraître,
Lorsque, pour retomber sur le sol étranger. Je franchissais joyeuse, et d'un pied plus léger. Le ruisseau dont le cours a marqué la limite Qu'au Danemarck jadis la Suède avait prescrite ; El que dans un transport soudain je m'écriais : A tout jamais adieu, lerre et ciel que je hais ! Eh bien ! sous le ciel pur de France et d'Italie , J'ai souvent regretté, dans ma mélancolie. Cet air froid, ce ciel dur, ces horizons glacés. Où s'effacent des monts l'un sur l'autre entassés; Ces vieux ifs que l'hiver de ses frimas assiège, Géans enveloppés dans leurs manteaux de neige ; Et ces légers traîneaux , qu'en mon illusion Je vois glisser encor comme une vision. [drie
Oh ! c'est qu'ils sont puissans sur notre ame atten- Ces souvenirs lointains d'enfance et de patrie. (Elle toml)e dans une profonde râverie, et en sort tout à coup.)
Mais nous la reverrons bientôt, rassurez-vous. En attendant, Ebba, demande mes bijoux.
Nos courtisans sont là ; pour leur troupe frivole Le temple va s'ouvrir, il faut parer l'idole. Venez ici, Steinberg, vous qui m'avez parfois. Par votre dévoùment, rappelé mes Suédois.
ooooooooooooooooocoooooo.oooooooooooooouooooooooooo