‹ [Magasin théâtralChapitre 977 sur 1545 · CHRISTINE , SENTINELLI · texte numérisé non relu

CHRISTINE , SENTINELLI

CHRISTINE

D'exilé le titre est donc bien doux, Comte ?

SENTIXELLI.

Pourquoi ?

QIPISTIXE.

Dès lors qu'on offre de le prendre.

C'est qu'en sa conscience on a droit d'y prétendre; Et que d'un jugement calculant le péril, Ainsi qu'une faveur on recevrait l'exil. SEXTIXELLI.

J'ai droit, quelle que soit la faveur qu'on m'impose. Avant de l'accepter, d'en connaîUe la cause, Madame ; et dans mon cœur je sens trop de fierté Pour que j'accepte moins que je n'ai mérité.

CHRISTINE

Nous serons juste alors ; mais je ne sais encore Tout le prix que je dois à des soins que j'ignore. Ce billet seulement, en mes mains-parvenu, Me fixerait sur lui, si de son contenu Vous vouliez bien, monsieur, me faire confidence.

SENTINELLI

Eh ! pourquoi donc la reine, en sa haute prudence, De mon consentement tiendrait-elle à savoir Ce que d'apprendre seule elle avait le pouvoir ? Cette lettre par elle avait été surprise : Il lui fallait l'ouvrir.

CHRISTINE

Vous m'aviez mal comprise.

Monsieur, si vous pensiez que mes yeux indiscrets Sous le cachet sacré poursuivaient vos secrets. Vainement mon regard avec quelques alaïunes Du traître La Gardie a reconnu les armes ; Vainement mon esprit se dit, non sans raison, Que cette seule lettre est une Iraiiison : C'était par vous, dussé-je en attendre ma perle, Que j'avais décidé qu'elle serait ouverte. Ouvrez-la donc, monsiein-, et lisez à loisir, Puis, eu nous la passant, vous nous ferez plaisir.

SENTI NELLI.

En effet, elle annonce une étrange nouvelle ; Vous ne vous trompiez pas, madame; on y révèle l n complot contre vous: mais votre jugement Au nom de son auteur s'est mépris seulement. Lisez.

CHRISTINE

Monaldesrlii !... N'est-ce point une ruse Que, pour perdre un rival...

SEVTINEI.U.

Lisez; lui seul s'accuse :

\n cnnilr La (J.irflic.

CHRISTINE

« Monsieur le comte,

» D'impérieux motifs me forcent à quitter le service de la reine Christine, et à me retirer eu Suède sous la protection du roi Charles-Gustave ; j'ai pensé que le meilleur moyen de me l'assurer était de lui révéler le complot qu'elle trame contre lui ; veuillez mettre sous ses yeux les lettres cijointes ; ce sont des copies de celles qu'elle a écrites aux difTérens princes qui doivent la seconder dans ce projet. — Si je connaissais un homme qui eût plus à se plaindre d'elle que vous, c'est à lui que je me serais adressé.

» Comme un courrier peut être indiscret ou une lettre décachetée , je crois que le moyen le plus sur est d'écrire à Christine pour accuser de la révélation que je vous fais , notre ennemi commun, le comte Sentinelli. — Au premier mot que m'en dira la reine, je saurai ((u'il est temps de me retirer sous la protection de notre auguste maître, le roi Charles-Gustave.

» Le marquis Jean de Monaldeschi.

» Fontainebleau, 5 octobre 1657.»

Et c'est mon ennemi Qui me livre un complot tramé par mon ami ! Celui que j'exilai me sauve I... Ce mystère, Il avait intérêt pourtant à me le taire : Charles-Gustave auprès de lui l'avait placé.

SENTINELLI

Mais Gustave se meurt, madame, il s'est blessé En tombant de cheval. Cette lettre l'annonce ; A celle du marquis c'est, je crois, la réponse : Elle m'est adressée.

(Lisant.) « Je vous envoie, monsieur le comte, la preu\e d'un horrible complot ourdi contre notre reine et contre vous , qui êtes un de ses plus fidèles serviteurs. Je ne réclame de vous , pour seule récompense, que de lui faire connaître que c'est à moi qu'elle doit cette révélation ; peut-être y puiserat-elle la conviction de l'éternel regret que j'ai d'avoir encouru sa disgrâce. — Quant au moment, elle n'en pouvait choisir lui plus favorable. Le roi s'est cassé la jambe en tombant de cheval, et les médecins désespèrent de sa vie.

i> Le comte Magnus de La Gardie.

n 20 octobre 1657.»

CHRISTINE

Ah ! je comprends enfin :

Magnus du roi qu'il sert voit approcher la fin ; Mais en bon courtisan soutenant l'aventiue. Il est déjà fidèle à sa reine future.

Le soleil de Gusta\e atteint son horizon, Du soleil de Christine il espère un rayon, l'avori par étal, flallcur par habitude. Il ne peut respirer qu'un air de ser\iliule.

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