SCÈNE VI
CLAUTER et LANDINI, de chaque côté de la porte ; LE PÈRE LEBEL et GULRICK se présentent à la porte.
CLAUTER.
On n'entre pas.
CULRICK.
Messieurs, j'ai des ordres contraires Pour lui seul.
LANDINI, Alors, soit.
LE PERE LEBEL, entrant cliez la reine.
Dieu vous garde, mes frères!
LANDINI, montrant le père Lehel.
Il en est.
CLAUTER.
Landini, tune te doutais pas Que du ciel aujourd'hui nous tombaient cent ducats,
LANDINI, regardant si Monaldechi est arrêté. Cent ducats ! Il n'>îst pas encor sûr qu'on les tienne.
CLAUTER.
Dis donc... veux-tujouer ta part contre la mienne ? Si je perds, tous mes droits par moi te sont cédés.
LANDINI.
Je veux bien. Mais à quoi joùrons-nous ?
CLAUTER.
J'ai mes dés.
En un seul coup ; veux-tu ?
LANDINI.
Diable ! un seul, c'est bien preste !
L'argent à nous venir n'est pas toujours si leste. Que l'on puisse risquer cent ducats d'un seul coup. En trois coups, si lu veux.
CLAUTER.
Un seul, ou pas du tout ; Nous n'aurions pas le temps, d'ailleurs.
LANDINI.
Eh bien ! commence :
En un seul, soit; j'accepte.
(Clautcr tenant les dés, Landini l'arrête.) Écoute donc : silence !
Je me suis trompé.
CLAUTER.
Cinq. Au diable soit le jeu!
Je te donne le quart et retire l'enjeu.
LANDINI.
Non pas, non pas!...
CLAUTER.
(Landini amène quatre.) Eh bien ! dépéche-toi donc. Quatre i
LANDIM.
Un inr.tant, un instant.
CLAUTER.
Ne vas-tu pas débattre .' Un, deux, trois, quatre.
iUnlSTINE A loNTAINRUI.t.ir.
CHRISTINE A FONTAINEBLEAU
LANDINI.
\on. Ces (i(''s sont donc maudits !
Ccnl lois j'aiiniis fiapné; regarde plulôt. Dix.
CLAUTCn.
Oui, mais il est trop tard, la perte est av(^rée; Une dcUc de jeu, lu le sais, esl sacrée.
LAXDIM.
Ne parle pas si haut. Tu ne liens pas ton or,
i;t j'ai perdu le prix d'iui sang bien chaud encor.
CLAUTEU.
Quant au remboursement, tu sais qu'il me regarde. Mais on vient. Du silence , et tenons-nous en garde. C'est cent ducats, mon cher, que tu me dois. LAXDIM, d'une voix sombre.
Eh bien!
Que maudit soit le jeu 1 Je le tilrai pour rien. Mais, par le ciel , Clautcr, c'est uuc chose infâme Que de frapper pour rien le coup qui perd notre
[àme!...
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scÈNi: VII.
Les "Mêmes , de chaque côl6 de la porte; SENTI- NKLLI, sortant de l'appartement de MonaUloschi.
SENTINELLI
Nous avons en délais coustimé trop de temps, Et le traître esl sorti depuis quelques instans.
(Avec fureur.) Oh ! s'il ne revient pas, comment me vengerai-je ? Malheur ! Mais non ; lui-même a préparé le piège. Afin de s'échapper au moindre événement. Tout est là, tout esl prêt dans son appartement. 11 faudra qu'il y rentre; et pour rentrer, sans doute 11 passe par ici. Je serai sur sa route !... Mes affronts sont restés trop long-temps impunis. Mort et damnation sur loi !...
JE pÈke LEBEL , sortant de clicz la reine. Je vous bénis.
Mon fils.
SENTIXEl.LI, le regardant s'éloigner.
Tu me bénis, vieillard, avant (pi'il meure ; Mais me béniras-tu de môme dans une heure?
(Allant pour le rejoindre.) J'ai des doutes secrets, je veux le consulter.
(Revenant sur ses pas.) [ter.
Mais non, s'il me blâmait ! j'aime encor mieux don- Kt pourtant, j'entends là comme une \oixder;uie Qui redit soiudemcnt : L'assassin est infâme!... Si je le rappelais! Mais snis-je un assassin ? N'esl-ce pas lui pluKM... n'eut-il pas le dessein De rejeter sur moi le soupçon qui l'accable?... Il savail que la nn)rt réser\ée au coupable En passant près de lui frapperait l'innocent ; A-l-il craint de s'offrir poin- répandre mon sang? Non. Il en avait soif; il se chargeait lui-nu-me Du soin d'exécuter la srnience suprême.
Sans remords de son crime il m'aurait fait punir ; Et j'aurais des remords !...
(Regardant à la fenêtre.) Qu'il tarde à revenir!...
D'ailleurs, en le frappant ma main est innocent<'. Elle cède au pouvoir d'une main plus i)uissanle.
(Montrant les soldats.) Et ce n'est pas , comme eux, pour quelques pièces Que je vais le frapper... [d'or
(Regardant de nouveau à la fenêtre.) Il ne vient pas encor !...
Mais pourqjioi chercherais-je à mentir à moi-même? Est-ce bien pour \enger les droits du diadème Que ma main aujourd'hui consent à le frapper ? Non, c'est pour (ju'aux bourreaux il ne puisse échap- C'esl alin d'égaler sa peine à mon offense, [pcr. De lui rendre en un jour mes cinq ans de souffrance. D'opposer au mépris dont l'orgueil m'accabla
(Regardant.) La lame d'un poignard... Le voilà ! Le voilà!... Mais est-ce lui ? Non ; si, si, mon regard se troidjle. C'est bien lui, son cheval de vitesse redouble, Je le vois accourir d'écume blanchissant ; Il se cabre; d'avance a-l-il flairé le sang!... Mais sous Ion éperon plus rapide il s'enqiorte, De ce château fatal tu dépasses la porte. Et lu n'aperçois pas au terme du chemin Un spectre qui t'attend un poignard à la main !
(Regardant.) Eh mais ! qtie fait-il donc? Il hésite, il s'arrête ; M'aurail-il aperçu ? Non, sans doute il s'apprêle... Il va... c'est cela, bien, tu fais ce que je veux : Descends de ton cheval, flatte son coup nerveux ! Ses pieds t'ont ramené d'iuie course rajjide ; Aux mains d'un écuyer abandonne sa bride. Et dis-lui qu'aujourd'hui pour la dernière fois De son maître insolent il a senti le poids ! Son maître, un pas encore !.. enmapuissance il lom- (Sè penchant à la fenêtre.) [be... 11 ^ a toucher le seuil, bien ! lui pied dans la tombe,
(Se rejetant sur le théâtre.) Deux!... .\h! mou cœur bondit avec rapidité, Lcnsquc le sien peut-être est à peine agité ! Il monte, imprévoyant du sort qui va l'attendre. Ces degrés, que vivant il ne doit plus descendre; Et, si près de la mort son cœur ne ressent pas Quelque vague terreur...
(Ecoutant.)
Dieu ! le bruit de ses pas !
il ciuirl donc de lui-même au but (|ue nul n'é\itel Je l'enlends, je le \ois. 11 esl venu bien \ile !
OOOOOOOOaOOOOOOOOOOOSOOOOOOSOOwOQOOOOO&OOOOOOOOOOOCO