ACTE lY , SCÈNE YllI
SESTINELU, allant à lui.
C'est vous enfin ! Tant de lenteur M'étonnait de la part de mon accusateur ; Car, dans son zùle ardent, sans retard, je dus croire Qu'il allait procéder à rinlerrogatolre.
MONALDESCm , à part.
Sentinelli tout seul, gardé par deux soldats. Serait-il arrêté ?
SEXTINELU.
Vous ne répondez pas.
Marquis?
MONALDESCIII.
Que voulez-vous que je réponde, comte ? Que je ne savais pas qu'une rigueur si prompte Devait... Mes ces soldats...
SEXTINELU.
Je ne puis le nier, Ces soldats en ces lieux gardent un prisonnier.
MONALDESCHI
J'avais deviné juste.
SENTIXELLI.
On vous a fait connaître Que la reine cherchait à découvrir un traître. Ses vœux, vons le savez, viennent d'être exaucés; Un homme est arrêté.
MONALDESCiU.
Oui, marquis, je le sais.
SEXTINEI.LI,
Je viens en ce moment d'apprendre de la reine Qu'elle vous consulta sur le choix de la peine, Et qu'à votre indulgence imposant un effort, \ ous seul avez voté pour la mort.
MONALDESCIII.
Pour la mort.
SENTINELLI
Elle m'a dit aussi que votre amour pour elle En cette occasion portait si loin le zèle. Que, dès que du complot l'on connaîtrait l'auteur, Vous vous étiez chargé d'être l'exécuteur. MONALDESCIII.
Je l'ai fait.
SENTINELLI
Maintenant alors que le coupable Doit, repoussant en vain le soupçon qui l'accable, Avant la fin du jour subir son chùliment, Vous conservez eiicor le même sentiment?
MONALDESCHI
Je n'en ai point changé.
SENTINELLI
Mais cet arrêt suprême, Quel (|ue soit l'accusé, resterait-il le même?
Oui, nionsieui'.
SENTINELLI
Cependant si dans cet ennemi Votre cœur étonné trouvait un vieil ami .
Que l'un de ces complols dont les cours font étude Eût éloigné de vous plus que l'ingratitude; Pourrait-il espérer (ju'un ancien souvenir Arrêterait le fer levé pour le punir ?
MONALDESCHI
Non.
SENTINELLI
Mais, dans son espoir, s'il essayait lui-même De fléchir la rigueur de cet arrêt suprême ; Si, dans votre anie émue éveillant la pitié, 11 rappelait ces jours dune ancienne amitié ; D'après son propre cœur, si, conqirenant le vôtre, Il rappelait ces temps où, vivant l'un par l'autre. Vous trouviez le bonheur dans le bonheur d'autrui ; Si, le tendant la main, il le disait : C'est lui ?
MONALDESCHI
Je la repousserais.
SENTINELLI
A son heure dernière S'il employait l'accent de la sainte prière ; S'il te disait : Ami, tu ne frapperas pas L'homme auquel tant de fois se sont ouverts les bras, L'homme que tu voyais, avant nos jours de haine, Heureux de ton bonheur, et triste de tes peines, Qui, d'un songe d'espoir prompt à te soutenir, A te sourire encor contraignait l'avenir... S'il opposait soudain, aux jours d'adolescence. Les jours plus éloignés et plus purs de l'enfance Qui s'envolaient exempts d'amertume et de fiel. Sur une même terre et sous un même ciel ; S'il jetait au devant de ta haine falale Ces souvenirs puissans de la terre natale. Où chaque jour se lève et plus pur et plus beau, Où le sol qui le couvre est léger au tombeau ? S'il te prouvait qu'il peut par une adroite fuite, Des bourreaux, sans te perdre, éviter la poursuite, El dans un coin du monde, ignoré pour toujours. Aller mourir au lieu qui vit ses premiers jours? S'il offrait à ton cœur, dans sa douleur amère. Son rêve de vieillesse et les pleurs de sa mère ; Cédant à la pitié lorsque lu le verrais Tomber à les genoux ?
(Il se jette aux pieds de Monaldeschi.) MONALDESCHI , portant la main à son poignard. Je 1') poignarderais.
SENTINELLI , Se relevant.
Au nom de notre reine indignement trompée, Jean de Monaldeschi, rendez-moi voire épée ! (Les deux gardes arrêtent Monaldeschi.) A cet homme accusé de haute trahison Je veux bien accorder sa chambre pour prison. Veillez sur lui, tandis que son trépas s'apprêle. Allez, chacun de vous m'en répond sur sa tête. (Les deux gardes entraînent Monaldeschi d'un r olû, et, Sentinelli sort do l'aulrt'. — Pa\ila paraît au l'und,^
CHRISTINE A FONTAINEBLEAU