‹ [Magasin théâtralChapitre 990 sur 1545 · LEBEL · texte numérisé non relu

LEBEL

Puisse ce malheureux fléchir votre courroux. Madame.

CHRISTINE

Que j'absolve ou bien que je punisse.

Dans tous les cas, mon père, il sera fait justice ; Reposez-vous sur moi... Nous voilà seuls, parlez, Marquis.

MONALDESCHI

Je ne le puis, si vous ne rappelez De quel crime aujourd'hui j'ai mérité la peine.

CHRISTINE

Ah ! votre mémoire est à ce point incertaine : Eh bien! nous l'aiderons... Marquis, veuillez ouvrir Cette lettre, et lisez... Vous avez cru couvrir D'un éternel secret votre crime peut-être ? Insensé !...Vous tremblez? Ouvrez donc cette lettre. Vous êtes innocent... lisez !

MONALDESCHI , tombant à genoux.

Je suis perdu.

CHRISTINE, au père Lebel.

Vous le voyez, mon père, il est là, confondu, Écrasé sous le poids de son propre anathème. Méprisable pour tous, et surtout pour lui-même. Car, excepté lui seul, nul ne saura jamais, Avant sa trahison, à quel point je l'aimais. Maintenant le voilà suppliant et coupable! A défaut du remords, l'épouvante l'accable. Entre vos saintes mains je le remets... Adieu. Préparez-le, mon père, à répondre à son Dieu.

MONALDESCHI

Oh ! je n'ai plus d'espoir que dans votre clémence ; Comme votre pouvoir, madame, elle est immense. Eh bien ! oui, je l'avoue, oui, je fus égaré ; Par un doute cruel constamment dévoré.

J'ai , devant ce complot, senti faiblir mon ame. Malgré mou dévoimieni, je prévoyais, ni;ulonic.

CHRISriJNE A FONTAIMiBLKAU.

Combien ce grand complot ramenant de malheurs; Pourrait faire verser et de sang et de pleurs ; [me Et devant Dieu les pleurs et le sang d'un seul hom- Sont précieux, madame, à l'égnl d'sn royaume!.,. Et moi, j'ai cru devoir alors, comme chrétien, Pour le bonheur de tous sacrifier le mien : Jugez-moi maintenant.

CHRISTINE

Vous avez l'ame grande, Marquis ! cela me touche... Il faut que je vous rende Quelque tranquillité pour vos derniers momens. Nul sang ne coulera dans ces grands changemens. Charles-Gustave, aux coups delà fortune en butte, Ne meurt pas d'un complot tramé, mais d'une chu- Le trône où je remonte est pur de sang versé : [te. C'est pourquoi La Gardie...

MOXALDESCHI.

Oh ! je suis insensé !...

Je suis un malheureux qui tremblant vous conjure, En voyant ses remords, d'oublier son injure. Commandez des tourmens, je suis prêt à souffrir ; Mais je ne me suis pas préparé pour mourir,

CHRISTINE

Comme je le devais, vous le voyez, mon père, Je viens de l'écouter sans haine et sans colère. Pour la seconde fois je le condamne !... Adieu, Préparez -le, mon père, à répondre à son Dieu. Avez-vous tout dit ?

MONALDESCHI

Non, madame : oh ! pas encore !

C'est pour vous maintenant que ma voix vous implo- Vous voulez remonter au trône !... maisdu sang [re. En rendra sous vos pieds le chemin plus glissant. On dira, vous voyant assise sur ce trône, Qu'une tache de sang rouille votre couronne. Et puis pour vous aussi le jour se lèvera Où comme vous jugez le Seigneur jugera, [vertes, Quand aux portes du ciel, par votre ange eutr'ou- Vous vous présenterez les mains de sang couvertes , Que direz-vous à Dieu, reine ?

CHRISTINE

Je lui dirai :

J'ai défendu des rois le principe sacré ; Mon père, un homme fut : cet homme était perfide ; Sa seule trahison m'a rendue homicide.

Dans mes royales mains j'ai pesé son forfait , Et j'ai jugé, mon Dieu, comme vous l'eussiez fait. Voilà tout.

MONAI-DESCni.

Je le vois avec douleur, votre ame De reine est inflexible !... Oh! celle de la femme Le sera-l-elle aussi? Je veux , ii vos genoux, Happeler ces momens...

CHRISTINE , vivement à Lcbe).

Mon père, éloignez-vous !

MONALDESCIII.

Ces momens où pour moi ({uiltant le diadème , Vous redeM-nie/. femme, et me diriez : Je t'aime.

A vos genoux alors j'étais comme à présent, Non pas pour implorer la vie en gémissant, [touche, Mais pour prendre en mes mains cette main que je La poser sur mon cœur, la presser sur ma bouche, Vous dire un mot d'amour auquel vous répo diez...

CHRISTINE

Marquis !

MONALDESCHI

Oh ! regardez... à genoux, à vos pieds. Je suis comme autrefois, oubliant qu'à cette heure Votre royale voix dit qu'il faut que je meure , Et ne me rappelant ce que dit votre voix. Que pour me souvenir des accens d'autrefois. Sur mon front incliné jetez donc l'anathème ! Je veux le repousser avec un mot : Je t'aime, Je t'aime !... frappe-moi... Je t'aime... tiens! voilà Mon poignard.. Entends-tu ?.. je t'aime., frappe là! C'est mon cœur... frappe donc, et venge-toi toi- Ou je vais te redire encore que je t'aime ! [même...

CHRISTINE

Laissez-moi... laissez-moi. Mon père I

MONALDESCHI

Oh ! calmez-vous.

Est-ce la seule fois qu'apaisant ton courroux, Me vojant à tes pieds, ta rigueur qui se lasse Permet que près de toi je reprenne ma place?... Tu le sais que jamais un autre sentiment Ne fit battre ce cœur qui t'aima constamment ! Regarde-âKoi... L'on dit, par une pure flamme , Que toujours dans nos yeux se reflète notre ame : Tourne donc vers les miens les regards soucieux , Cai- je n'ai pas besoin de te cacher mes yeux 1...

CHRISTINE

Oh! que c'est de mon cœur une indigne faiblesse ! Je voudrais résister, et pourtant je me laisse Entraîner malgré moi... Je change votre sort ; Qu'un exil éternel...

MONALDESCIII.

Oh ! j'aime mieux la mort !

Et si c'est à ce prix que Christine pardonne. Je refuse à mon tour les jours qu'elle me donne. Ne te revoir jamais ! non, j'aime mieux souffrir Un instant que toujours... Je suis prêt à mourir.

CHRISTINE

Eh bien ! Monaldescbi , le jour enror peut naitre Où votre repentir me touchera peul-être. Espérez... Sur le trône où m'appellent mes droits. Si je reviens m'asseoir reine au milieu des rois, Parmi ces covnlisans empressés sur ma trace. Mon œil a\idenient cherchera votre place, El la première alors je vous rappellerai. Mais vous, que fcrez-vous d'ici là ?

MOiNALDESCRI.

J'allendrai.

CHRISTINE

Mais fidèle à la foi que vous m'avez jurée, Sans que jamais une atilre !...

MONAI.nESCIII.

Oh ! \ous in'èles sacrée.

CHRISTIXE.

Qu'ainsi soit donc... marquis; et quand vous re- Peut-ôtre de l'exil vous vous applaudirez, [viendrez, Mais je garde quelqu'un.

MONALDF.SCHI.

Qui?

CHRISTINE

Paulo, ce jeune homme Qui jadis à ma cour vous a suivi de Rome. Nous parlerons de vous quelquefois...

MONALDESCIU, à part.

J'oubliais Qu'un mot d'elle me perd... Paula, que je te hais! Toujours sur mon chemin je t'aurai donc trouvée Pour faire évanouir ma fortune rêvée !... l'u seras à Stockholm, comme à Fontainebleau, Mon génie infernal... Cet anneau, cet anneau.

(Haut.) Madame, permettez que, comme un témoignage D'amitié, comme ancien souvenir, à ce page Je renvoie un anneau long-temps par moi porté. Et qu'il me demanda souvent.

CHRISTINE

En vérité, Marquis, ce souvenir est celui d'un bon maître. A qui vous désirez je le ferai remettre...

MOX\LDESCHI.

A l'instant ?

CHRISTINE

A l'instant... Adieu, marquis... Sortez Par celte galerie... Aux deux autres côtés Vous ne trouveriez pas une si sûre voie. Le comte vous attend et réclame sa proie.

(Au ptre Lebel.) Mon père, en ce moment vos devoirs sont changés, Xoua deviez préparer à la mort... protégez Sa vie... Adieu !

MONAXDESCHI, lui baisant la mai».

Bientôt !.,.

CHRISTINE, ouvrant la porte.

Oui!... Gulrick, qu'on appelle Paulo ; je veux le voir.

GLLRICK.

Il est dans la chapelle.

Ici tout près... Il prie.

CHRISTINE

Allez... Oui, i'ai mieux fait :

Pourquoi punir de mort un crime sans effet , Quaud ce crime, m"eùt-il ra\ i le diadème, .\e me faisait qu'un tort que je nie fais moi-même? Ce pouvoir qui de loin brille de tant d'appas. Quand je le possédais, pour moi n'eu avait pas ; Et sitôt que j'aurai ressaisi ma couronne, Le dégoUt sera là pour partager mon trône. (A Paula qui entre, j ^ Venez.

Vous êtes seule!

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