‹ Magasin théâtralChapitre 100 sur 1377 · ME · texte numérisé non relu

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d'Or, nous nous sommes aussitôt décidés à entreprendre le voyage.

JULIE. Eh quoi ! monsieur, M. de Néris <$ t ici ?

crépon. C'est ce que je n'ose encore vous assurer positivement , madame la

comtesse; mais j'ai tout lieu de L'espérer. M. de Néris aurait désiré que je partisse avec lui ; mais c'est déjà dans tous les ménages une joie universelle. L'entraînement est général d'un bout de la France à l'autre ; chacun prend ses dispositions , et je suis consulté, appelé de tous nos départemens méridionaux ; c'est là qu'on a le plus souffert, que le mal a fait le plus de ravages. J'étais demandé à Auxerre, par le principal de l'école primaire ; à Nevers, parla femme du juge de paix; à Moulin, par un naturaliste; et à Clermont , par le géomètre en chef, l'entreposeur du Journal des Connaissances utiles , et par deux de mes confrères. Je me suis donc trouvé dans la nécessité de prendre les de vans sur mon honorable ami. Le rendez-vous avait été fixé au 8 juin. Je suis l'exactitude et la ponctualité mêmes. Je descends de voiture, et pour lui prouver mon zèle , je n'ai rien eu de plus pressé que de m'acquitter d'une mission dont il avait réservé la première ouverture à ma diligence et à ma discrétion.

JULIE. Comment! monsieur, venir au Mont-d'Or ! Un pareil éclat !..

CitÉPOX. M. de Néris, madame, ne viendra pas sous son nom ; il prendra celui de Wilson, officier américain. Et si vous voulez bien m'accorder quelques momens d'attention , je crois être en mesure de vous rassurer complètement sur ses intentions, et de vous rendre la sécurité la plus parfaite. Après quatorze ans d'une séparation volontaire , dont aucun rapprochement n'a troublé la douceur, vous ne pouvez être guidés cpie par le désir de contracter de nouveaux nœuds. M. de Néris est jeune encore, riche, plein d'avenir; vous, madame...

JULIE. De grâce, monsieur...

CRÉrox. Je ne flatte pas , je suis juste. \ous possédez l'un et l'autre tout ce qui peut garantir le bonheur dans le mariage ; votre demande ne pourra donc être fondée que sur l'incompatibilité d'humeurs, sur un consentement mutuel; et c'est dans cet esprit de conciliation que j'ai l'ordre de préparer ma procédure. Maintenant, qu'il me soit permis d'émettre mon opinion sur le conseil, sur le directeur de M. de Néris, sans ostentation , mais sans fausse mo-

destie. C'est moi , madame , c'est André Crépon. La plupart de mes confrères sont vaniteux, bavards, brouillons, indiscrets, sans urbanité, sans aucun usage du monde ni de la bonne compagnie. Grâce au ciel, je ne leur ressemble guère. La malignité se plaît à dire qu'avant la restauration je vivais de divorc<s ; cela est vrai : mais j'en vivais honorablement, et ma grande fortune en est la preuve. Ainsi que nos plus célèbres médecins qui s'adonnent au traitement d'une seule maladie, j 'ai voulu avoir ma spécialité; je traite et jeguéris les maux du mariage. Toute mon étude, toute ma science s'est concentrée sur le titre 6 du code Napoléon , de l'article 229 à l'article 311 inclusivement. Je sais peu, mais je sais bien, je sais consciencieusement ; et quand j'interprète, quand j'élude la loi, ce n'est jamais que dans l'intérêt de la morale et de la décence publique. J'ai le talent de regarder sans voir , d'écouter sans entendre; j'excuse toutes les faiblesses, j'épouse tous les' intérêts, et sans faire de longues phrases, je vous avouerai fort ingénument que je ne connais pas de plus honnête, de plus galant homme que moi.

PitÉVAL, à part. Ah ça ! mais... il croit plaider ! {Haut.) Monsieur !...

CnÉPOx. Et si j'ai l'habitude constante de réclamer de forts honoraires , c'est encore par amour du bien public ; c'est par humanité; c'est dans le but d'éloigner et de décourager la classe pauvre. Avec moi, il en coûte cher, j'en conviens : mais l'on n'a jamais à craindre de retour ni de rapprochement !...

PRÉVAL. Monsieur!...

crépon. Je ne dirai plus qu'un mot !...

PRÉVAL. Monsieur!... nous ne sommes point ici à l'audience !...

CRÉPON. Pardon!... personne mieux que moi ne saisit le moment de se retirer à propos... Je n'abuserai pas plus longtemps de votre patience... Si cependant madame la comtesse désirait quelques conseils , je ne puis malheureusement nie mettre à ses ordres... mais j'ai mon frère aîné, Auguste Crépon, aussi honnête, plus honnête encore que moi, si cela est possible...

PRÉVAL. Monsieur l'avoué, je ne pense pas que madame...

CRÉPON. Mille excuses! monsieur le conseiller!.. Je vois que ses intérêts ne sont pas entre des mains ennemies !.. Elle est charmante !... Madame la comtesse, je vous prie d'agréer l'hommage de mes senti mens aussi dévoués que respectueux.

Il sort

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