LA MARQUISE, JULIE
LA MARQUISE
Malheur!... malheur !... Mon Dieu, que va devenir ton père?... Ah! c'est sa mort!... Mais comment expliquer le désistement de M. de Fontbrune ?
JULIE
Je devine tout : cet avoué... M. de Monta-» lègre le connaissait; je me rappelle maintenant... oui, oui, la transaction a été faite après coup,
pour nous tromper. Connaissant bien la fierté de mon père, le comte a pris ce moyen pour déguiser un bienfait. Qu'il y a dans ce procédé de délicatesse, de générosité!... Et je croyais le bien connaître! Ah! ma mère, il vaut cent fois mieux encore que je ne pensais 1
LA MARQUISE
Oui, mon enfant; mais malheureusement ses généreuses intentions ne peuvent avoir la suite qu'il en espère. Tôt ou tard la vérité serait connue de ton père, et il ne nous pardonnerait pas de la lui avoir cachée. Il pouvait accepter un secours, un prêt tant qu'il croyait avoir un jour les moyens de se libérer. Mais un bienfait sans retour, de l'argent... donné! oh! non, non, mieux vaut la misère.
JULIE
La misère! je la supporterais, moi; j'ai du courage, et le travail ne m'effraie pas... vous non plus , je le sais... Mais mon vieux père... sa tête affaiblie, ses souffrances, l'aspect de notre dénuement... vous l'avez dit, ce serait sa mort! et quelle mort, mon Dieu! la mort dans le désespoir !
LA marquise, avec une résignation affectée.
Prions donc pour lui, ma fille, puisque rien maintenant ne peut plus nous préserver du malheur.
JULIE
Rien?... peut-être...
LA MARQUISE
Que veux-tu dire î
JULIE
Ce qu'on n'accepte pas d'un étranger , d'un fils....
LA marquise, se levant et l'embrassant.
Mon enfant!... mais si tu ne l'aimes pas?...
JULIE
J'ai mon père et vous à sauver ; si ma mère, à présent, je l'aime!... Le voici.
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