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SCENE XII

Les Mêmes , JEANNETTE

jeannette, achevant de se ganter.

Bonsoir, Julie... monsieur le comte... ah! c'est

aimable à vous d'être venus de bonne heure

Vous disiez, monsieur Fernand?

FERNAND

Je disais ce que cent bouches vont répéter toutà-1'heure, que vous êtes ravissante!

JEANNETTE

Ravissante, adorable 1 N'avez-vous donc que ces

deux mots au service de votre galanterie? C'est monotone.

FERNAND

Ah! vous me traitez mal. Vous avez quelque contrariété, et c'est moi qui en souffre, pauvre innocent!

JEANNETTE

Pauvre innocent!... innocence de diplomate... oui, je suis très-contrariée en effet : c'est même plus qu'une contrariété, c'est un chagrin profond.

FERNAND

Ah ! mon Dieu ! est-ce que votre marchande de modes vous aurait manqué de parole?

JEANNETTE

Très-bien, monsieur prend sa revanche. Voudriez-vous me déclarer la guerre, par hasard?

FERNAND

Dieu m'en garde! je ne serais pas de force.

JEANNETTE

Qu'en pensez-vous, monsieur le comte?

MONTALÈGRE

Moi, madame, je désire rester neutre.

Ah! c'est bien cela, c'est d'un homme sage, prudent. Je retiens cette parole; et si les hostilités deviennent sérieuses, je vous la rappellerai. Mais où est donc M. Biroteau?

FERNAND

Il nous a quittés pour aller faire sa toilette. Il était furieux contre vous.

JULIE

Encore ?

JEANNETTE

Oh I mon Dieu oui! et cela à propos de rien, de la chose la plus naturelle ; vraiment, ce n'est plus soutenable... Je n'avais fait que rire d'abord de sa ridicule jalousie; mais elle prend maintenant un caractère de persécution qui me fatigue, m'irrite, et je vois qu'il est temps d'y mettre un terme. Il y a dans tout cela quelqu'un, un proche parent qui joue un fort vilain rôle, et que je démasquerai, j'en réponds.

FERNAND

Un neveu, peut-être ?

JEANNETTE

Précisément, oui; neveu de M. Biroteau. Sans notre mariage, ce neveu eût hérité seul, un jour, des biens de son oncle. Dès lors vous concevez sa haine contre moi. Comme malheureusement nous n'avons pas d'enfans, il n'a pas perdu tout espoir; et en excitant de son mieux la division entre nous, il se flatte de recouvrer d'une manière ou d'une autre les chances de fortune que je lui ai fait perdre.

Il faut convenir alors, madame, qu'il existe une analogie vraiment singulière entre votre position et celle de Mme la comtesse. Neveu de M. de Montalègre, je devais, seul aussi, hériter un jour de ses biens, s'il ne s'était pas remarié. Cette analogie ne vous aura pas échappé, sans doute?

JEANNETTE

Oh! mais vous, monsieur, vous êtes aussi désintéressé que notre neveu l'est peu, je le. sais. Vous avez l'ame trop élevée pour avoir jamais vu autre chose que le bonheur de votre oncle dans l'union qu'il contractait. Et loin de rien faire qui puisse apporter du trouhle dans cette union, je suis convaincue que tous vos efforts tendraient au contraire à y maintenir la bonne harmonie, si votre intervention était nécessaire pour cela.

MONTALÈGRE

Vous lui rendez justice, madame.

JEANNETTE

Je l'espère, monsieur le comte, et je féliciterai, dans ce cas, Julie d'avoir trouvé auprès de l'époux le plus noble, le plus généreux, un parent si dévoué, si digne d'elle et de lui ! ( A Julie. ) Qu'avezvous donc?

JULIE

Rien... un malaise... il fait si chaud ici!...

Approchez-vous de ce balcon, l'air du jardin vous remettra... Vous ne l'accompagnez pas, monsieur le comte?

fernand, bas à Jeannette.

Vous avez pu voir que je comprenais dès les premiers mots, madame.

jeannette, de même.

J'y comptais, monsieur. La guerre donc, la guerre, et Dieu pour juge entre nous.

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