‹ Magasin théâtralChapitre 104 sur 1377 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

NÉRIS, CREPON, PRÉVAL.

CRÉPON. 3Ion cher maître, dans les affaires, le calme et le sang-froid sont indispensa Mes.

néris. Soyez parfaitement tranquille.

PRÉVAL, a Crépon. J'espérais vous trouver seul, monsieur ?

CRÉrON. M. de Néris...

préval. M. de Néris!.. {A part.) Quelle méprise !

NÉRIS. Veuillez, je vous prie, monsieur, me faire connaître les intentions de M"11' de Néris.

préval. Colonel, 3î,ne de Néris n'attend pas avec moins d'impatience que vous le moment qui lui rendra une complète liberté... je vous demande pardon de m 'exprimer aussi franchement...

NÉRIS. Comment donc, monsieur! n'ayez aucune gêne, aucun scrupule, je vous en conjure !

CRÉPON. Il y a plaisir à être ainsi contens les uns des autres!., on aime celte harmonie, cette bienveillance réciproque.

PRÉVAL. Cependant, colonel, un événement tout- à-fait imprévu viendra peut* être apporter quelque retard à l'accomplissement de vos vœux Ce matin même,

Mlle Elise, votre fille, monsieur, a été demandée en mariage... Le jeune duc de Theyal ambitionne L'honneur d'obtenir sa main.

néris. Le duc de Theyal! j'ai beaucoup connu sa famille. (A Crépon.) C'est un parti superbe !

crépon. (Jb! oh ! vous trouve/.?.. Ancienne noblesse!..

NÉRIS, à Préoal. Eh quoi! monsieur, il nous serait permis d'espérer une alliance ausbi flatteuse?

CRÉPON, à part. Elles ont toutes l'art de marier leurs filles !

préval. 3Iais, vous devez sentir, monsieur, qu'une confidence sur vos sentimens mutuels et sur vos projets pourrait produire un obstacle insurmontable.... et comme il vous serait de toute impossibilité, après tant de débats, de vous retrouver en présence l'un de l'autre, voici le moyen que j'ai imaginé pour concilier toutes les convenances et tous les intérêts.

néris. Voyons, monsieur, voyons !

préval. Vous êtes ici sous un nom étranger ; 3Ime de Néris, en ce moment encore, passe pour veuve aux yeux de 3Ime de Brécourt.

néris. Pour veuve, monsieur!

Crépon, à part. Pas mal!., j'en connais une qui prit le deuil!..

préval. 3Ime de Néris a l'honneur de vous proposer, colonel, de repartir à l'instant pour Paris, et de quitter la France pour quelques mois seulement. Aussitôt votre départ, nous nous empressons de révéler votre existence, et, pour justifier votre éloignement, nous donnons pour prétexte que des affaires d'intérêt vous retiennent encore aux Etats-Unis.

CRLPON, à part. Il est impossible de mettre les gens à la porte avec une politesse plus exquise !..

pré val. Si cette proposition obtient votre agrément...

néris. J'entends, monsieur le conseiller! l'on pense m'éloigner comme on fait disparaître un mauvais sujet!., un père dont on rougit !..

ruÉVAL. Ah! monsieur, quelle supposition!

NÉRIS. Dites-moi, monsieur, me prenez-vous pour un libertin, un joueur?...

Pense-t-on que je me prêterai à cette indigne comédie ?...

crépon. Oh! mais, c'est aussi prendre les choses !...

NÉRIS. C'est assez !... Avant tout, je veux voir ma fille, je veux voir ma femme, monsieur , et je veux que ce soit à l'instant même.

PBÉ VAL. Songez-vous, monsieur, que cette enfant ignore même votre existence.

néris. J'en ai vraiment grande obligation à la mère !

pré val. Son père , monsieur, ne pouvait-il se faire connaître ?

NÉRis. Je vous prie, monsieur, de vouloir bien me faire ia grâce d'exprimer mon désir à Mme de Néris. Elle n'est pas loin, sans doute. . . et ne tardera pas à paraître. . . Je vous laisse. M. Crépon va me suivre dans la pièce voisine, et au premier avis nous rentrons.

préval. En vérité, colonel, j'ai bien peu d'espérance !...

néris. J'ai beaucoup plus de confiance que vous !

préval. Dès que vous insistez... je vais faire tous mes efforts !

néris. Je vous en aurai, monsieur, une grande obligation !...

CRÉPOX, à part. Le mari ! l'amant ! c'est très-joli ! c'est très-gai !... J'enverrai deux ligues à la Gazette des Tribunaux.

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