MONTALÈGRE, BIROTEAU
montalègre, regardant sa montre.
Onze heures.
BIROTEAU
Elle va donc venir!... Qu'est-ce qu'il faut que je lui dise, hein ?
MONTALÈGRE
Vous lui direz que vous m'avez confié le soin de vos intérêts... que c'est avec moi qu'elle aura à s'expliquer sans détours.
BIROTEAU
Très-bien! je vois ce que c'est... vous craignez la violence de mon caractère... Le fait est que dans des momens pareils... Oui, oui, il vaut mieux que ce soit vous qui l'interrogiez... Moi, pendant ce temps-là...
Vous sortirez.
BIROTEAU
Tout-à-fait?
MONTALÈGRE
Sans doute... Ce n'est qu'à cette condition que je continuerai à me mêler de tout ceci... Vous vous retirerez dans votre appartement, monsieur; et je vous ferai dire quand vous pourrez nous rejoindre.
JEANNETTE, dans la coulisse.
Donnez-moi cette bougie.
BIROTEAU
Pour cette fois, c'est bien el'e!... Elle monte le petit escalier.
jeannette, toujours dans lu coulisse.
C'est bien... Allez prendre les ordres de la comtesse; je me passerai de vous.
BIROTEAU
Vous l'entendez; elle renvoie sa femme de chambre, preuve qu'elle attend quelqu'un!...
r L'infâme!... Vous avez raison; tenez, je m'en irai; car, bien certainement, je ferais un malheur !
IUse retirent tous deux dans le tond
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Les Mêmes. JEANNETTE.
Jeannette entre, une bougie à la main; elle met la clef en dedans, donne un double tour, et pousse une targette.
biroteau, bas au Comte.
Voyez-vous... le double tour!
MONTALÈGRE
Chut!
BIROTEAU
Et la targette!... quelle horreur !
Jeannette va poser lu bougie sur la toilette. Biroteau heurte un fauteuil.
jeannette, se retournant.
Que vois-je?... {A part.) Tout est perdu!... (Biroteau s'approche, croise les bras, et la regarde fixement. Le comte la salue froidement. ) Vous ici, messieurs?... En vérité, je ne sais que penser; un retour si prompt, si imprévu !...
BIROTEAU
Ah! ah! ce n'est pas nous que vous attendiez, madame !
jeannette, avec dépit.
Non, monsieur, non ; je vous avoue que je n'espérais pas le bonheur de vous revoir si tôt. biroteau.
Le bonheur... perfide!
jeannette.
Voulez-vous que je dise l'ennui?
biroteau.
Madame...
Si vous n'êtes venu que pour recommencer vos scènes ridicules, j'aurais droit de le dire, en effet; n'est-il pas vrai, monsieur le comte?
MONTALÈGRE
Un motif sérieux nous ramène, madame.
BIROTEAU
Un motif très-sérieux, madame.
JEANNETTE
En vérité? eh bien, messieurs, vous aurez la bonté de m'en faire part; mais demain, si vous voulez bien, car aujourd'hui je suis très-fatiguée.
MONTALÈGRE
Cependant, madame, vous ne me refuserez pas quelques momens?
BIROTEAU
Monsieur le comte a à vous parler, madame... vous lui répondrez comme à moi-même, c'est-àdire mieux qu'à moi-même : je lui ai donné mes pleins pouvoirs.
JEANNETTE
Mais c'est une tyrannie!... enfin, messieurs, que voulez-vous? voyons! Votre arrivée mystérieuse, votre présence dans mon appartement, cette espèce de guet-apens, oui, oh! cela peut s'appeler ainsi... c'est sans doute quelque nouvelle machination dirigée contre une pauvre femme à pré-
sent sans défense, mais qui, j'en «uis sûre, tournera encore à la confusion de son auteur.
montalègre, trés-froidement.
Nous verrons, madame.
BIROTEAU
Nous verrons, madame!
JEANNETTE
Oh! ce n'est plus supportable! Vous Ctes chez moi, messieurs; voulez-vous que je me retire?
MONTALÈGRE
Non, madame; mais rassurez-vous, nous sommes encore loin de l'heure.
jeannette, déconcertée.
Comment, monsieur?
montalègre, à Biroteau.
Laissez-nous maintenant; madame consent à m'entendre. Ayez soin que personne ne vienne troubler notre entretien.
BIROTEAC.
Soyez tranquille; je réponds de tout. Adieu, madame, adieu!
Sortie tragi-comique.
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