ACTE III, SCÈNE V
retenant ses sanglots. Effic se lève vivement, étouffe un faible cri , et reste en silence , la tête sur le sein de Jenny .) Oui , Effie , c'est moi !... voici ta première amie. Pleure, pleure avec elle... parfois, on souffre tant de retenir ses larmes!
EFFIE
Et mon enfant?... George?... mon père?... oh! parle, Jenny! parle-moi de tous ceux que j'aime !
JENNY , avec douleur.
Rien , ma sœur ! rien de consolant à Rapprendre ! ton fils est perdu pour toujours; George est de retour, je l'ai vu arriver, il est désespéré ; le duc d'Argyle ne peut que nous plaindre, et mon malheureux père, le tien, ce pauvre vieillard!... m'a ordonné de venir te voir, de le remplacer près de toi dans ce moment cruel... et de l'apporter... sa dernière bénédiction !
EFFIE, avec un mouvement d effroi.
Quoi!... que dis-tu?... est-ce donc un adieu que tu m'apportes?... tu tremhles!... comme tu es pâle !
jenny.
Oui... j'ai eu peur sur la place!... les cris du peuple !... ils m'ont reconnue et suivie avec leurs (.lambeaux.
EFFIE
Des flambeaux?... et pourquoi?... quelle cérémonie ?...
JENNY
Et puis la voix brusque de ce geôlier qui m'a fait e titrer... ce qu'il m'a dit ensuite à l'oreille et qu'il faut que je t'apprenne...
EFFIE, vivement.
Ton trouble augmente encore!... ah! quel pressentiment! Mon sort est-il fixé!... quoi!... sitôt?... cette nuit?... oh, parle, parle-moi ! JENNY , avec la plus grande douceur.
Ma sœur ! prends pitié du peu de force qui me reste! j'en ai besoin! Pauvre fille que je suis, il faut que je songe à mon père, que je vive encore pour lui ; qu'il retrouve en moi seule et mes soins et les tiens!... Ah! crois-moi, quand de pareils malheurs frappent une famille, ceux qui quittent la vie ne sont pas les plus à plaindre... Ton fils t'appelle au séjour des anges!... pour aller près de lui, implore ce Dieu qui nous afflige, mais qui fait grâce au repentir! Notre séparation est affreuse, mais elle ne sera pas longue! la douleur usera promptement nos nlstes jours, et bientôt, je l'espère, nous nous retrouverons dans un monde meilleur.
EFFIE, résignée et à genoux.
Je suis prête, achève... la bénédiction de mon père !
JENNY
Je ne changerai rien à ses paroles.
HOMANCE.
O ma tille chérie !
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C'est toi qui vas mourir !
Dieu prolonge ma vie, Et tes jours vont finir !
Puisse, hélas! ma prière, Fléchir pour toi le ciel !
Et reçois de ton père Le pardon solennel !
EFFIE , se levant avec calme.
Je ne suis plus tremblante , Adieu, ma pauvre sœur !
Oui; ta voix innocente Rend la paix à mon cœur.
Adieu donc! mais, de grâce, Le soir , priant le ciel , Souviens-toi de ma place Au foyer paternel!
(Elles retombent dans les bras l'une de l'autre. )