MERGY, CANTARELLI
CANTARELLI
Eh ! quelle joie de vous revoir! quelle rencontre inattendue ! le seigneur de Mergy, l'ami du Béarnais, dans la ville d'Étampes !
MERGY
Vous m'avez donc remémoré tout d'abord?
Perdio ! puis-je oublier votre courtoisie quand le sort me fit votre prisonnier après la terrible arqnebusade de Bergerac, à laquelle mon bienheureux patron me fit la grâce d'échapper!
MERGY
Que risquiez-vous? nous vous trouvâmes derrière un mur, et disant votre chapelet sous le ventre de votre cheval.
CANTARELLI
Oui, c'est unique! je ne conçois pas comment ça. se fit; la commotion de la poudre il m'avait sans doute porté jusque-là. Mais je fus traité par vous comme un brave que je suis, et renvoyé sans rançon; aussi, disposez de moi. J'ai du crédit auprès de la reine-mère. Elle me fit venir de Florence pour organiser les concerts et les divertissements de la cour ; j'ai fait mon chemin en amusant les altesses et les majestés; et un soir, la reine Catherine, enchantée de mes talents, il m'appela gracieusement le marquis Gantarelli !... ce sobriquet fut couvert de bravos par les courtisans, parceque les reines ont toujours beaucoup d'esprit ; et moi, je criais plus que les autres, parceque le marquisat m'amenait à de nouvelles faveurs; et en effet je suis cornette dans les chevau- légers, prêt à vous servir de tout mon cœur, à pied ou à cheval, à la pointe ou à la taille, à la dague ou à la rapière, et suivant votre bon plaisir.
MERGY
Grand merci! je suis aujourd'hui un envoyé pacifique. J'apporte un message amical du roi «le Navarre à son beau-frère Henri III.
Ab ! tant mieux. Les batailles sont une belle chose; mais ça ne vaut rien pour un chanteur. Cette diable de musique guerrière me casse la
voix tout de suite. Mais, baron, mon ami, voilà des œufs frais que vous laissez durcir, et, sans façon, je vous dirai que sur la route de Paris j'ai gagné un appétit qui me tiraille l'estomac.
MERGY
Asseyons-nous.
(\NTARELLI.
C'est bien dit : on cause mieux à table.
MERGY, à part.
Je ne sais comment mener les questions que je bride de lui faire.
CANTARELLI, assis.
On est supérieurement ici.
MERGY, s'asseyant.
Mais ce déjeuner sera bien léger pour vos tiraillements?
CANTARELLI
Comment !
MERGY
Oui ! des œufs frais seulement...
CANTARELLI
Et ce poulet dodu , vous le comptez pour rien ?
MERGY
Bon pour moi, mais non pour vous. Vos soldats me disaient tout-à-1'heure qu'un vendredi...
CANTARELLI
Mes soldats, c'est très bien, pareequ'ils sont Français ; mais moi, voyez-vous, je suis natif au pavsd'où viennent en droite ligne toutes les dispenses possibles. Oh ! je suis en règle, tranquillisez-vous ; et je n'ai pas peur de me mettre sur la conscience ce petit aileron que vous m'allez octroyer.
MERGY
Volontiers.
i CANTARELLI, mangeant.
Et votre bon vivant de roi de Navarre , que nous demande-t-il dans le message que vous apportez?
MERGY
Mais... sa femme, je crois.
CANTARELLI
Ah! son aimable Margot, comme il l'appelle. Oh bien ! vous ne réussirez pas dans votre ambassade. La reine-mère garde autour d'elle les jolies femmes, comme un oiseleur les fauvettes en cage ; et sa fille Marguerite ne quittera pas plus la cour de France que sa compagne inséparable, son amie de cœur et sa rivale en grâce et gentillesse, comme dit toujours ce bon M. Brantôme.
MERGY, avec intéiét.
Et quelle est donc cette compagne de la reine de Navarre ?
CANTARELLI
La connaissez-vous point? Elle est votre payse. C'est la charmante comtesse Isabelle de .Montai.
LE PRÉ-AUX-CLERCS
MER61 i ive< . motion.
Oui .. nous connaissons tous cette noble famille cl 1 1 Béarn.
CAKTABELLI.
Isabelle en est l'unique et dernier rejeton. Le roi s'est déclaré son tuteur et son maître. En revenant de son voyage en Gascogne, Marguerite nous amena la timide orpbcline. La pauvre enfant s'est trouvée transplantée comme une fleur des bois dans le parterre du Louvre... Et c'est un terrain où les boutons de rosis épanouissent avec une grande facilité , mon bon ami !
MERGY, se contraignant.
Entendez-vous par-là que la jeune comtesse soit enivrée par les hommages et les séductions de la cour?
CANTARELLI
Oh ! je ne dis pas précisément encore !... mais Marguerite la conduit aux t'êtes du roi, elle y fait tourner toutes les tètes, et il faudra bien qu'elle adopte nos manières galantes. D'ailleurs on m'a chargé de son éducation ; c'est tout dire. Et je suis là pour lui insinuer les bons principes.
(Il se levé de tublc.) MERGY, se levant , et à part.
Ah ! maudit serpent d'Italie!
CANTARELLI
Oh ! nous la formerons ! soyez tranquille. Elle fera honneur à la Navarre.
MERGY
Ainsi donc, une foule d'adorateurs se disputent un regard d'Isabelle ?
CANTARELLI
Des adorateurs? Oh ! pour le moment, elle n'en a qu'un seul qui l'a débarrassée de tous les autres. Ah ! diable ! quand le marquis de Gomminge, il se déclare serviteur d'une belle, arrière tous les parpaillots ! ils n'ont plus envie de se venir brider à la chandelle.
MERGY
Comment?... Et quel est donc ce Gomminge ?
CANTARELLI
Ce qu'il est?... colonel dans les gardes et de la compagnie où je suis cornette : et, de plus, un gaillard qui tire la rapière trois ou quatre fois par semaine, et autant de cavaliers sur le carreau ! Oh! il n'y a pas de parade avec lui ! et quand il vous regarde de travers, bonsoir... on peut commencer l'office des agonisants. Mais d'ailleurs il expédie son monde avec une grâce, une aisance, une noblesse !... Les femmes en sont folles.
MERGY , avec humeur.
Oh ! vive-Dieu ! Tous ces spadassins mignons n'intimident guère un homme de cœur !
CANTARELLI, effrayé.
Qu'est-ce que vous dites !... Ah ! si vous parliez ainsi devant lui, votre ambassade il ne
Rerail pas longue... (On entend lei .... .1 ,., i. lointain.) Ah! ah! entendez-vous? la • I.
revient. (Ouvrant un.- | .. . • t.- vitrée :, gauche, Eh!
i' nez, tenez, voyez la cavalcade.
MERGY, à partet vivement.
Ah ! peut-être Isabelle !...
CANTARELLI
Sans adieu. .le commande l'escorte du retour à Paris.
Ml BGT, sur le seuil de la porte vitrée.
Au revoir.
CANTARELLI
Allez, allez au bout de la terrasse. Regardez bien, amusez- vous; oh! c'est un beau coup d'œil!
.MERGY , sortant et refermant sur lui la porte. Adieu.
< Wl M:l.[.LI, seul.
Allons faire sonner le boute-selle. Mais paravant buvons le coup de l'étrier.
( Il se verse à boire. )
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