ACTE I, SCÈNE V
,|,u me plaît, je parle à ma guise, je raisonne <1e même, et je ne veux pas mourir de misère • m hier ma quenouille pour gagner mon pain, quand j'ai passé mes jeunes ans à commander dans un château. J'ai du courage et j'ai raison ; je me fais des amis nouveaux, je m'arrange avec eux; c'est le seul parti à prendre ; je m'en trouve bien. Et toi, pauvre innocent, au Lieu de me traiter en ennemie, écoute mes conseils : reste-moi fidèle, ne me quitte pas; et où iraistu? que deviendrais-tu sans moi ? je t ai Fait du bien tant que j'ai pu, je continuerai : car, dans le fond, je t'aime de temps en temps. Tu n'es que babillard, indiscret, un peu bête: ce n'est pas ta faute, et j'aurais du regret qu'il t'arrivât malheur.
ROBIN , sanglotant.
Oh!... oh!... oh!... m'y voilà de nouveau !... je n'y re'siste jamais!... c'est tout sucre et tout miel !...
Oh! ne pleure pas, tu m'ennuies!... sois plus sage à l'avenir, et va jeter bien vite tes filets : il me faut du poisson pour un grand souper que je donne au commissaire du Parlement et à M. le shérif.
ROBIN
Ah! si quelque grosse arête de morue pouvait leur rester dans la gorge !...
THÉRÈSE, impatientée.
Ah ça!... veux-tu m'obéir?
ROBIN
Il le faut bien ; car je suis votre esclave en dépit de ce que je vois et de tout ce qu'on dit de vous dans le village.
THÉRÈSE
Ah!... et que dit-on? voyons un peu.
ROBIN , à part.
Bon ! me voilà en train pour ma commission.
THÉRÈSE
Tu hésites?... ne crains rien, parle, parle; je me moque des caquets.
ROBIN, en confidence.
Eh bien!... on dit... que vous vous êtes fort enrichie dans votre gouvernement du château.
THÉRÈSE
Et quand il serait vrai?... n'y ai-je pas servi fidèlement? devenue veuve quand j'étais fort jeune encore, n'ai-je pas consacré mes plus belles années à la famille? mes soins et mon travail n'ont-ils pas doublé les revenus de milord?
r,'»BiN.
Ce n'est pas ça , ce n'est pas ça! on dit bien autre chose!
mi.RÈSE.
Et quoi^donc?
ROBIN, à voix basse.
Que le maître, en mourant...
i nÉHÈsE.
Hé bien?
ROBIN
Vous confia un immense trésor!
THÉRÈSE , à part.
Ciel!...
ROBIN
Voilà ce qu'on répète. Qu'en dites-vous?
THÉRÎ SE.
Hélas! je voudrais bien qu'on eût raison de parler ainsi !
ROBIN
Pourquoi pas? on sait bien que milord avait force guinées, des diamants et des chiffons de banque valant de fortes sommes!
1 HÉl'.ÈSE.
Ah! mon pauvre garçon, ne renouvelle pas mes douleurs! tout cela est parti pour le continent: le roi s'en est servi pour lever des soldats, armer des vaisseaux; puis, tout est venu périr à Woreester ; et nous nous sommes ruinés sans faire de bien à personne!
ROBIN, insistant.
Quoi!... tout fut envoyé?
THÉRÈSE
Oui ! en dépit de moi !
ROBIN
La somme tout entière?
THÉRÈSE
Jusqu'au dernier écu !
ROBIN
Oh! ce pauvre trésor!... c'est dommage!
THÉRÈSE
Oui , vraiment!
ROBIN, avec lenteur.
Et le fils unique de milord?.. ce malheureux enfant dont vous devez vous souvenir ?. . .
THÉRÈSE
Aussi fou que son père!... c'est lui qui nous écrivit pour nous demander cet argent.
ROBIN, l'observant.
Ruiné pour toujours!., que vft:-t-i] devenir!., et où est-il en ce moment?
Je sais qu'il est sauvé... il vogue vers la France; le shérif me l'a dit. Bon voyage! et que Dieu mette sur son compte les péchés de colère qu'il m'a fait commettre !
ROBIN
Comment, dame Thérèse, pas un mot de pitié?... et si vous le voyiez accablé de misère, exilé, sans ressource, et vous disant les larmes aux yeux...
THÉBÈSE.
Finissons! tes doléances m'importunent! j'ai bien d'autres affaires!... et voici justement M. Paterson qui vient pour cela. Allons , à tes filets.
ROBIN, regardant.
Ce coquin de shérif!... poltron autant que moi! il a fait tondre sa vieille perruque pour se
THÉRÈSE
coiffer à la mode de Cromwel ! quelle m is< arade!
THÉBÈSE.
Allons donc, fainéant!
robin.
Eh! mon Dieu, j'y vais! (Bas en sortant.) Mais qu'ont-ils à se dire? je veux les écouler.
( Il sort par le fond à gauche. )
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THÉRÈSE ; PATERSON , entrant à dro.te en costume bizarre mêlé des attributs de shérif et de la toilette d'un soldat de Cromwel; puis ROBIN, se cacbant
COUPLETS
PATERSON
PREMIER COUPLET
Dans nia toilette
Neuve et coniplettr,
Exprès ce soir
Je viens vous voir.
Par ma vaillance,
Mon importance,
Je suis soldat
Et magistrat.
En Tête-ronde
Que tout le monde
Ainsi que moi
Prouve sa foi.
Admirez-vous mon équipage?
Il doit aller à mou visage ; Vive à jamais le Parlement, Car grâce à lui je suis charmant.
Vi\e à jamais le Parlement !
Vive à jamais le Parlement!
DEUXIÈME COUPLET
Ah : quelle aisance!
Que d'élégance!
Beau séducteur,
Gare à mou creur.
Plus de cruelles ,
Pour vous les belles
Vont soupirer.
Vous adorer.
Est-il au monde
Tête plus ronde,
Air plus mutin,
OEil plus aialin!
Vous avez pris un équipage Qui de Cromwel offre l'image.
Vive à jamais le Parlement !
Car il vous a rendu charmant.
Vive à jamais le Parlement !
Vive à jamais le Parlement!
ROBIN, paraissant dans les arbres à gauche. (A part.) Voyons, nies braves yens, dites-moi vos secrets.
THÉRÈSE, faisant pirouetter Paterson.
Eh! oui, vraiment, la Chambre des Commu-
nes a fait un chef-d'œuvre en vous coiffant en enfant de i hœui d'une cathédrale.
l'ATI.I
Oui , oui , riez , moquez-vous de moi comme d'habitude; mais me voilà devenu, grâce ■< mon patriotisme, I homme important «lu cornté. Mon avenir est magnifique! et quand il vous faudra quitter votre demeure seigneui iale, vous allez pousser des soupirs et vous regretterez d'avoii dédaigné les miens pendant vingt ■iii^ et plus.
Tllfcl i
Peste ! quelle constant e '
l'U ERSON.
Le sort me venge, madame la gouvernante ! Mais, dépêchons : le commissaire m'attend. Vous m'avez tint appeler ; voyons, que voulezvous? déjà me flatter, me solliciter?
THÉRÈSE, froidement.
Non : je veux seulement vous faire part de mon mariage.
PATERSOH.
Hein?
ROBIN, caché et surpris.
Elle se remarie?
PATERSON, à Thérèse.
Vous dites?
THÉRÈSE
Que je renonce au veuvage.
PATERSON
Vraiment?
TUÉRÈSE.
Vraiment.
Et quand cela ?
Bientôt.
Mais encore ?
Ce soir.
Ce soir?
THERESE
PATERSON'
THÉRÈSE
PATERSON
THERESE
Dans une heure au plus tard.
PATERSON
Diantre!... Et cette idée vous a poussé là tout subitement ?
THÉRÈSE, tranquillement.
Oui. Les temps sont changés : je suis seule, maîtresse de mon sort : inilord a quitté ce monde : plus de services , plus de soins à lui rendre , personne à gronder ; je m'ennuierais ; un mari pourra me distraire; celui que j ai choisi me convient tout comme un autre ; il a la cinquantaine , de la bonhomie ; il aura de l'esprit si nous nous marions en communauté de biens; j'ordonnerai dans ma maison, on n'y fera jamais que ce que je voudrai... c'est bien, c'est convenable... et je vous épouse.
PATERSON", stupéfait.
Moi ?...