SCENE IX
M»e DE CÉSANNE, CRÉPON.
Mme de Césanne. Eh ! bon Dieu! qu'estce donc? quel bruit? encore une nouvelle querelle!...
Crépon. Rien de tout cela, ma toute bonne!., ce n'est qu'un mouvement d'abandon et d'effusion de maître à client... un concert de félicitations et de remercîmens... un échange bienveillant de quelques vérités, pour leur usage personnel et l'édification du prochain!., il est impossible de mieux s'entendre, et de se faire des adieux plus touchans!.. nous nous sommes envoyés cordialement à tous les diables.
Mme de Césanne. Ah ! mon Dieu !
crépon. Et si je n'avais meilleure tête que lui...
Mme de Césanne. Vous feriez la folie de vous battre?..
crépon. Non pas!., avec un client l un duel à l'occasion d'un procès!., je me ferais casser à la tète de toute ma compagnie!... Je vais demander des chevaux de poste.
Mme de Césanne. Comment! est-ce que vous partez pour Paris?
crépon. Dans une heure, au plus tard.
Pour me calmer un peu, je vais me mettre au bain, avaler mon verre d'eau, embrasser le docteur, et fouette postillon !
Mme DE Césanne.. Et vous m'abandonnez!., et vous me laissez seule ici!., quand je touche au but... quand je triomphe !...
Crépon. Ma chère madame de Césanne, voulez-vous bien me permettre de vous parlera cœur ouvert?
Mme de Césanne. Si je le veux ! mais je vous en prie.
CRÉPON. Vous avez été à même d'apprécier mon caractère: j'aime la paix, la concorde; le bruit et le scandale m'épouvantent... eh bien! dès mou arrivée, je me suis aperçu qu'il y avait ici bien des esprits remuans, brouillons ettracassiers... si vous daignez m'en croire, vous n'y resterez pas davantage ; ce n'est ici ni votre place, ni la mienne... Déjà, ma chère cliente, la médisance s'exerce sur vous!
Mme de Césanne. Eh mais! mon cher maître, savez-vous bien qu'elle ne vous épargne pas?
crépon. Je l'aurais parié!., l'on dit tout
bas que vous pourriez bien être cause de ce que votre fille ne se marie pas.
Mrae DE CÉSANNE. Et l'on affirme tout haut que vous ne devez vous en prendre qu'à vous si la vôtre reste fille.
CRÉPON. Voyez la calomnie!., l'on va même jusqu'à insinuer que votre conduite peut avoir été quelque peu légère... L'on cite votre procès avec feu M. de Césanne.. . certaines circonstances qu'il a révélées — les exemples d'une mère ne sont pas toujours sans influence sur sa fille... Vous voyez que je vous parle en ami.
Mrae de CÉSANNE. Et vous voyez aussi que j'agis avec la même franchise avec vous ..J'ajouterai que l'origine douteuse de votre fortune, la censure dont, parfois, vous avez été l'objet de la part de votre compagnie... certaines liaisons... les chagrins dont vous avez abreuvé cette bonne Mme Crépon...
CRÉPON. Bien obligé! c'est assez!., notre modestie prévoit la suite du panégyrique. Prenons garde que l'amour-propre ne nous entraîne à imiter ces compères qui se louangent dans la crainte de n'être pas assez loués, et finissent par croire aux éloges qu'ils se donnent eux-mêmes... Je remarque d'ailleurs que la flatterie exagérée blesse votre délicatesse, et que vous êtes prête à vous emporter.
Mœe DE CÉSANNE. Moi !
CRÉPON. Si l'on nous surprenait, toutes les mauvaises langues qui sont ici ne manqueraient pas de dire qu'après avoir querellé et brouillé tout le monde, nous avons fini par nous quereller et nous brouiller ensemble... c'est un piège où nous aurons l'adresse de ne pas tomber.... Au revoir donc, incomparable amie... Nous sommes trop jeunes l'un et l'autre pour nous dire un éternel adieu... de plus heureuses circonstances nous rapprocheront sans doute encore, car il faut bien convenir entre nous que notre amitié a ses accès et ses révolutions périodiques... L'on peut bien se maudire secrètement, se jurer tout doucement, à part soi, une haine à mort ; mais le fond de l'affection n'en reste pas moins inaltérable ; plus la séparation aura été longue, plus le retour aura de charme et de nouveauté... J'ai bien l'honneur de vous saluer.
Mmc de Césanne. Ah! l'indigne! ah! le monstre! ils se ressemblent tous!
JULIE
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