‹ Magasin théâtralChapitre 1330 sur 1377 · NAIT Y · texte numérisé non relu

NAIT Y

Répondez-moi, maintenant que votre fille n'est plus là , car son père n'a pas voulu rougir devant elle... je l'ai compris aussi , je l'ai laissée partir. (Mouvement d'Arnold.) Oh! ne cherchez pas à me tromper ! et avant de nous occuper du sort de votre tille , songeons d'abord à ce qui nous concerne vous et moi.

ARNOLD

Parlez.

NATTY

C'est vous, qui autrefois, avez emporté de force le berceau dans lequel était ma sœur, en me laissant pour mort sur la terre que j'inondais de mon sang. Depuis quinze ans je vous cherche , je n'avais d'autre indice pour vous reconnaître que le son de ces paroles menaçantes qui retentirent à mon oreille ; vous les avez prononcées de nouveau à Philadelphie avec le même accent de colère , je vous ai reconnu ; et maintenant je suis devant vous et je vous dis : Ce n'est plus le sauvage expirant et désarmé qui vous parle , c'est le frère indignement volé qui vient demander compte de sa sœur.

ARNOLD , a part.

Il n'a pas de preuves. (Haut. ) Ma patience a été grande à l'écouter, tu l'avoueras. A tout cela, je n'ai qu'une chose à répondre : Sors de cette maison pour n'y rentrer jamais.

NATTY

Soit; mais ce sera pour aller montrer à vos juges, car vous en avez aussi dans ce pays, cette poignée du sabre que vous portiez le jour de la bataille où périt le général Hower. (Mouvement d'Arnold.) Ah ! vous avez été imprudent, Général... on peut bien assassiner un homme déjà blessé et sans défense , mais il ne faut point frapper si fort que l'arme se brise et laisse aux mains de la victime un débris qui vous accuse. Arnold , la main sur son tpée.

Misérable, tu ne crains pas...

NATTY

Je ne crains rien , nous ne sommes plus ici à Philadelphie, où vous commandiez en maître, où , sur un signe de vous , vingt soldats pouvaient étouffer mes cris et me mettre à mort sans forme de procès. Nous sommes dans la citadelle de "West-point, à deux pas de la salle c

.où l'on vous juge... et prenez garde!., car si vous me forciez d'y paraître, ce n'est pas aujourd'hui que Natty trouverait des incrédules en attaquant le général Arnold..

arnold , à part.

C'est vrai.

NATTY

Celui qui a volé l'argent de son pays, peut bien avoir volé un enfant à sa mère.

ARNOLD

Natty?..

NATTY

Mais c'est l'affaire du conseil et non la mienne, et tout peut encore se terminer entre nous , si vous le voulez; vous m'avez enlevé ma sœur, qu'est-elle devenue?., qu'en avez-vous fait? que je la voie, que je lui parle... répondez, où est ma sœur?

ARNOLD , à part.

La nommer... je ne le puis... c'est seulement au prix de ce mariage que je dois compter sur Anderson.

NATTY , insistant.

Qu'avez-vous fait de ma sœur?

ARNOLD, à part.

11 n'a pas deviné... de l'audace !

N ATTY.

Répondrez-vous, enfin ?

ARNOLD , avec une fausse hésitation.

Eh bien.... je voulais te le cacher.. . mais puisque lu m'y forces... ta sœur...

NATTY

Achevez...

ARNOLD

Si elle était morte...

NATTY

Morte!

morte!... ma sœur!... elle que je

cherche depuis quinze ans... pour qui j'ai quitté mes forêts et ma tribu , pour qui je me suis condamné à vivre près de vos villes.... elle est morte !.. oh ! c'est toi qui l'as tuée !

ARNOLD

Oh! peux-tu le croire?..

NATTY , furieux.

Oui, oui, c'est un crime dont je te demande compte ! c'est toi que je va:s accuser devant le conseil... et ce n'est pas seulement pour la sœur d'une peau rouge que je parlerai.... en faveur de celle-là, je demanderais en vain justice; ce sera pour la lille d'un visage pale... car ma sœur était la îille du générai Hower.

ARNOLD , à part.

Il sait tout?

NATTY

J'en ai la preuve aussi; elle est consignée dans un écrit que cet homme laissa à ma mère, car ma mère l'avait exigé ; elle savait que chez vous ce n'est pas le sang qui fait reconnaître les enfans , c'est le timbre ; j'ai donc un acte revêtu du timbre anglais , je le montrerai aux Blancs, les Blancs écouteront ma prière pour la lille d'un des leurs; leurs lois te condamnent, ils te flétriront... et ma sœur et ma mère seront vengées !

ARNOLD

Natty!...

N \TTY.

\ L'eu! je rouis chez "Washington.

LA GUERRE DK L'INDÉPENDANCE

U'.NOLD. n&»

Arrête! arrête, te dis-je ! écoute-moi.... (a part.) Oh!. s'il parle à Washington, dans ce moment surtout... (liant.) Natty.je te trompais, elle vit, elle vit encore...

NATTY

Vivante ! ma sœur vivante !.. oh ! misérable !.. que tu me fais de mal... car tu m'abuses encore... mais s'il était possible pourtant... oh! ne me trompe pas...

ARNOLD

C'est la vérité... je te le jure !..

NATTY

Mais, pourquoi, donc alors?..

ARNOLD

Écoute et tu vas tout savoir... J'avais une tille que ma femme adorait, celte enfant mourut au berceau , loin d'elle , la veille de cette bataille livrée dans le Canada. Quand le général Hower tomba entre mes bras, atteint d'une blessure mortelle, avant d'expirer, il n'eut que le temps de me recommander sa fille; je courus à cette hutte, et tu sais tout ce qui s'y passa ; lorsque celte enfant fut eu mon pouvoir, je songeai que je pouvais tromper le désespoir d'une mère en substituant à sa lille celle que la destinée me confiait; je lui présentai ta sœur comme notre enfant. J'étais d'autant plus sûr de faire le bonheur de celte orpheline, que sur sa tèle devait revenir une fortune dévolue par testament à la lille que j'avais perdue.

NATTY

Oh!., je comprends...

ARNOLD

Mon amour pour ma femme fut alors le seul mobile de ma conduite... Ta sœur grandit près de nous, fut élevée sous nos yeux, comblée de soins et de marques de tendresse jusqu'à la mort de ma femme , qui expira sans ètre^ détrompée. Alors, je voulus rendre l'enfant à sa famille , mais nous étions en guerre avec l'Angleterre, et d'ailleurs je m'étais attaché à cette jeune fille! je n'eus pas le courage de m'en séparer, de la désabuser; et miss Clara...

NATTY

Clara ! Clara , dites-vous ? Clara est ma sœur ! . . elle dont le cœur est si bon , l'âme si noble , elle que j'aime tant! elle qui m'a sauvé la vie!.. oh! j'aurais dû le deviner!., ah! Général que de reconnaissance!., comment vous dire... car, à présent... j'ai tout oublié, je ne vois plus en vous que celui qui me la rend... oh! pardon, pardon de vous avoir insulté ! mais ma sœur , conduisez-moi près d'elle... je veux la voir, l'embrasser , je veux tout lui dire !..

ARNOLD

Insensé ! songe à ce que tu vas faire, Clara ignore sa naissance ; et toi qui l'aimes , dis-tu , toi qui as juré de la rendre heureuse , lu veux l'enlever à la patrie, à la famille qu'elle a adoptée....

NATTY

Mais sa famille, c'est moi... moi qui ne demande au ciel qu'un bonheur, celui de m'entendre appeler son frère.

ARNOLD

Être appelé son frère !.. mais tu ne sais donc pas qu'il n'y aurait plus dans nos villes assez de »

dédain , assez de répulsion pour la sœur cl 1< fille d'une peau rouge? Français, Anglais, Amécains, aucun ne voudrait accorder même la moindre marque d'estime et d'amitié a un»' femme de ta race, aucun ne voudrait consentit à lui offrir son alliance.

NATTY

Que dites-vous! (a part.) Et ce Français... ce Saiut-Vallier qu'elle aime... s'il apprend jamais... ces Français sont si lins... il refuserai! peut-être... et ma pauvre sœur,..

ARNOLD , à part.

11 hésite (Haut.) Oui, Natty, en voulant te rapprocher de Clara , tu la déshonorerais aux yeux de tous et tu te rendrais méprisable aux siens !

N \nv.

F.lli- , nie mépriser!... assez! assez! oh! la voir, l'aimer pour quinze ans de tourmens et de souffrance, et ne pouvoir lui dire: Je suis ton frère!.. Je t'apporte le dernier vœu de notre mère !.. oh! cela est affreux !.. et pourtant il le faut, il le faut pour son bonheur!., eh bien !.. j'en aurai la force... moi seul j'en souffrirai, j'en mourrai, peut-être... mais du moins elle sera heureuse... Général, ce secret n'est connu de personne, qu'il meure entre nous, je jure de ne jamais le révéler.

ARNOLD

Bien, bien, Natty ! mais pour ensevelir ce secret à jamais, il ne faut plus qu'il en reste de traces, et cet écrit du général Hower, qui est entre tes mains, ce tronçon d'épée, il faut que tout cela disparaisse.

NATTY

Oui , ces seules preuves de sa naissance , ces objets que j'ai conservés si précieusement pendant quinze ans, il faut que je les sacrifie avec toutes mes espérances!., mais je la verrai heureuse, n'est-ce pas ?..vous me le jurez, Général ?

ARNOLD

Je te le jure.

NATTY

Eh bien... prenez donc.

(Il va pour lui donner les objets; Clara parall.) NATTY.

Ciel ! la voilà !

ARNOLD, à part.

Clara !

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