ANDRÉ, ARNOLD
ARNOLD
(l'est vous?
ANDRE
Tout va bien, une frégate anglaise, le Vullur, se présentera à minuit devant la chaîne que vous nous ouvrirez; le canot qui m'a conduit ici est resté en panne près de ces rochers, et va reporter au commandant du Vultur nos dernières instructions... ce canot laissera sur la plage quelques Anglais sous l'uniforme américain, qui nous serviront à faire patrouille ; d'autres vaisseaux suivront la frégate, mais de loin pour ne pas inspirer de soupçons... et l'Hudson est à nous.
ARNOLD
Ce n'est pas tout; Washington est parti cette nuit avec une faible escorte pour l'île de la Constitution, que nous apercevons d'ici. Un de vos vaisseaux abordera à cette île , s'emparera sans peine du général en chef, de l'idole de l'Amérique , et la guerre est terminée.
ANDRÉ
Se peut-il?... nous tiendrions enfin en notre pouvoir ce dieu déchu dont la prétendue infaillibilité entretenait seule le fanatisme des Américains.
ARNOLD
Et je pourrai à mon tour humilier cet homme, et lui rendre tout le mal qu'il m'a fait.
ANDRÉ
Et Saint- Vallicr?
ARNOLD
Parti, dans la journée, pour le camp du général Sullivan, ce n'est pas par lui que Washington pourrait être averti ; d'ailleurs, j'ai fait enlever de ce côté du fleuve toutes les embarcations.
ANDRÉ
A merveille.
ARNOLD
Maintenant, Major, renvoyez vite la chaloupe au commandant du Vultur, avec les instructions que je viens de vous donner relativement à Washington.
ANDRÉ
Un moment : la destinée de deux peuples ne peut se décider sur des paroles... avant d'engager le vaisseau britannique dans ce détroit périlleux, où il pourrait être foudroyé par vos batteries, sir Henry Clinton, qui est lui-même à bord du Vultur, veut être assuré qu'il peut compter sur votre concours; il demande un <^o écrit signé de votre main.
LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
ARNOLD
Un écrit de ma main ?
ANDRÉ
Je vais remplir, de mon côté, ce blanc-sein^ dû ■général Clinton, avec les conditions que vous l'ait S. M. Britannique en échange du service que vous lui rendez, et je vous laisserai cet acte.
ARNOLD
Entrons donc dans cette maison... et pour plus de sécurité, pendant que vous reviendrez sur cette plage pour instruire votre ollicier, je sortirai par la petite porte de derrière ; et, emmenant avec moi les soldats du poste qui se trouve encore à quelques pas d'ici, j'irai jusqu'à \Y est-Point consigner la garnison entière. Il ne restera plus sur ce rivage que les Anglais déguisés que vous amenez. Venez, ne perdons pas un instant. ( Ils entrent tous deux dans la maison.)