SCÈNE II
Les Mêmes-, DJALLIE.
DJALLIE, accourant.
Ah! Général! sauvez ma pauvre maîtresse... sous nos croisées, des furieux ne cessent de crier: Vengeance !
WASHINGTON
Rassurez-vous; ma conduite est tracée envers la fille du général Hower : je vais la chercher moi-même. (Il entre dans la chambre à gauche.) DJALLIE, seule.
Ah! comme ça, c'est bien différent!., on no
craint pas d'être insultée quand on a le général
en chef pour cavalier. (Nouveaux cris au dehors.)
NATTY, entrant en désordre de la droite, une épée
à la main, a Djallie.
Miss Clara?., où est miss Clara !
DJALLIE.
Dans son appartement.
NATTY
Qu'elle ne se montre pas... elle est perdue...
DJALLIE.
Sois tranquille , le général en chef est près d'elle.
NATTY
"Washington !.. Ah ! ils n'oseront peut-être pas!., mais je serai là aussi, moi. Écoute, Djallie, je veux savoir ce qu'est devenu Saint-Vallier. Cours sur le rivage, près de la chaîne... lu y trouveras un sauvage, un de nos frères; tu te feras reconnaître à lui, et il te dira quel est le sort du Colonel au camp, des Anglais. Si quelque danger le menace, reviens vite ici... ta présence suffira pour tout m'apprendra; mais, pas un mot devant miss Clara. (Nouveaux cris.) Les voilà... pars vite, je reste pour les recevoir. (Djallie sort d'un côté, les soldats entrent de l'autre
en poussant des cris de fureur. Natty se tient.
l'épéc à la main, à quelques pas en avant de la ■r$? chambre tic Clara.1'
LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE
LES SOLDATS
Miss Clara ! miss Clara !
NATTY
Avant de pénétrer jusqu'à elle, vous passerez sur mon corps.
LES SOLDATS
Mort à la fille du traître... Miss Clara ! miss Clara !
(Miss Clara et Washington paraissent.)
WASHINGTON
Vous demandez miss Clara !.. votre général vous ramène. Miss Clara, l'homme qui vous a élevée a échappé , par la fuite , au châtiment qu'on eût été forcé de lui infliger. Il ne sera puni que par le blâme qui s'attache à son nom et qui respectera le vôtre , car l<\s fautes sont personnelles; quand même vous seriez restée la fille du général qui a trompé si criminellement notre confiance, nous vous aurions considérée comme orpheline, et l'Amérique ne se fût offerte à vous que comme une mère. Mais tout le monde sait, depuis hier, que vous appartenez par votre naissance à nos ennemis, que vous êtes la fille du général Hower, et nous nous en réjouissons tous; vous êtes moins loin de nous; nous sympathiserons mieux avec, la fille d'un brave Anglais qu'avec celle d'un Américain rebelle. Vous êtes, maintenant, plus sacrée à nos yeux que lorsque vous étiez un de nos en fans... vous êtes notre hôte... Nous voulons que la fille d'un Anglais puisse rendre témoignage que, pour défendre son indépendance, l'Amérique regarde encore au choix des moyens, et que la liberté de notre patrie n'aura rien coûté à son honneur.
TOUS
Vive Washington î
THOMPSOll, entrant.
Général, selon vos ordres, on vient d'amener le major André dans la pièce voisine, pour subir son premier interrogatoire avant de paraître devant la cour.
WASHINGTON
Vous entendez, soldats, le tribunal va s'assembler pour juger un traître ; autant vos chefs ont montré d'indulgence et de juste pitié pour l'innocence, autant ils montreront d'inflexible sévérité pour le coupable.
LES SOLDATS
Vive Washington !
(Washington sort entouré des soldats qui l'accompagnent de leurs acclamations. Clara reste seule avec Natty , qui suit des yeux Washington qui s'éloigne.)