SCÈNE VIII
Les Mêmes, LE COMMANDEUR.
LE commandeur, d' un air furieux.
Oui, palsambleu ! je veux lui déclarer!... (Apercevant les dames.) Ah ! diable! elle n'est pas seule.
Vous voilà, mon bon Gaucher, mon vieil ami?... Qu'avez-vousdonc? je vous trouve un air singulier le commandeur, s'excilant.
Ce que j'ai, Marion! ce que j'ai...
marion, l'interrompant.
Saluez d'abord madame de Failly, que j'attendais de Lorraine.
Henriette, bas à Marion Madame de Failly!... moi?
marion, bas.
Cela vousdonneune contenance.
le commandeur, saluant et bas à Marion. Je me suis douté que c'était elle!
marion.
Vous êtes fort en physionomies!... mais cela rend pas la vôtre meilleure. Qu'y a-t-il d«ncV
LE COMMANDEUR
11 y a, Marion... que la position n'est plus tenable, et je tiens...
MARION
A propos! pendant son séjour, madame deFailly aura besoin d'un chevalier... je vous donne à elle.
LE COMMANDEUR
Vous me donnez!... (4 part. )Jene souffrirai pas..-
marion, bas à Henriette.
Répondez donc un mot.
Henriette, à part, Allons, me voilà engagée... (Au commandeur.) Je serais bien heureuse, monsieur, de me trouver sous votre sauvegarde.
le commandeur, avec empressement.
C'est moi, madame, qui suis trop flatté...
Henriette, bas à Marion.
Ce serait donc aussi mon épouvantait?
marion, bas.
Oui, il peut servir pour deux.
le commandeur, reprenant sa colère Mais le procédé n'en est pas moins outrageant! La bombe éclate enfin...
Henriette, effrayée.
Monsieur!...
le commandeur.
Ne soyez point effrayée, madame; c'est l'habitude des camps. Je vous le répète, Marion, la po-. sition n'est pas...
marion, l'interrompant.
Avez-vous pensé à ma nouvelle parure?
le commandeur.
On vous l'apportera demain, mais...
marion.
Et Léonard !... l'avez- vous recommandé?
le commandeur.
Je l'ai fait mettre sur la liste des jeunes peintres que l'on envoie à Rome! mais...
marion, vivement.
Ce n'est pas cela! qui vous parle de l'envoyer à Rome? vous êtes d'une maladresse!..
LE COMMANDEUR, liOrS de lui
Ah! si vous croyez que j'ai la tête à moi!... j'en fais juge madame. Après ma déroute de Flaudre, M. le cardinal me dit de ne pas m'inquiéter, qu'il savait pourquoi; il me donne un régiment de lansquenets que je mets à vos pieds... vous restez insensible!... bien. Je pars pour Montauban, chargé d'y faire entrer un convoi que M. de Roban surprend dans un défilé ; pas un de nous n'échappe, obligés de nous rendre!... c'est un des beaux faits d'armes dont j'aie été témoin! Mais son Éminence savaitencore pourquoi... elle me donne le bâton de mestre-dc-camp que je vous apporte, et vous me i-c /. indéfiniment! Que diable! je ne sais plus
que faire, moi... On n'a pas toujours des occasions d'avancement; la fortune peut se lasser de me favoriser. Aussi, mon parti est pris; puisque rien ne peut vous fléchir, pnï que rien ne peut toucher ce 01.,,i jeu arbre, je pars, je me retire dans ma terre de la Gaucherie... Du moins, j'y vi\rni seul, et je
ne verrai plus une ingrate qui ne compte pour rie» dix années de services et de dévouement
Henriette, bas à Marion.
Pauvre homme!... il me fait de la peine.
marion, bas.
Ah! si vous vous apitoyez, ma chère, vous êtes perdue.
HENRIETTE, bas.
Il ne faut donc pas?
marion, bas.
Jamais! D'ailleurs il n'a pas envie de s'en aller. Autre règle générale : il faut toujours croire le contraire de ce qu'on dit. (Haut cl d'un Ion sec.) C'est bien, monsieur, c'est bien'. .Vous voulez me quitter? je ne vous retiens plus ! partez.
LE COMMANDEUR, Ull peu illi/l/irt.
Je ne dis pas précisément... aujourd'hui..
marion.
Si fait! le plus tôt sera le mieux !... (arec un soupir) pour moi-même!..
LE COMMANDEUR
Comment?
marion.
Brisons là! Je croyais avoir un ami..
LF. COMMANDEUR.
Mais... certainement?!...
MARION
Un ami sûr, à qui je pouvais confier mes peines les plus secrètes...
LE COMMANDEUR
C'est vrai!... elle me disait tout
ma ni ON.
Je me suis bien trompée sur votre compte
le commandeur.
Cependant vous ne pouvez douter...
marion.
Moi qui me faisais des reproches!... qui ma répétais souvent : « Ce pauvre Gaucher ! c'est celuilà qui mérite d'être aimé... et un jour viendra... certainement...» Demandez à madame ce que ja pense de vous.
Henriette, embarrassée.
le comm-andeur, à Henriette.
11 serait possible!... quoi! madame?...
Henriette, hésitant.
Je ne puis nier, monsieur... qu'on m'a beaucoup parlé de vous.
le commandeur, transporté.
Marion!...
marion, jouant la colère.
Mais maintenant je vous déteste. . . Allez-vous-en.
le commandeur, à ses pieds.
Ah! Marion! Marion! je suis un misérable... un monstre... Accablez-raoides noms les plus odieux... je les mérite tous.... mais ne me retirez pas une affection qui m'est plus précieuse que la vie! marion, d'un air languissant.
Vous ne la méritez guère 1
le commandeur, tendrement.
Si, Marion!
MARION
Me donner de pareils chagrins!
LA MARQt ÏSE DE SENNETERRE.
LE COMMANDEUR
Je vous les ferai oublier., par une soumission •ans bornes!
marion, soupirant.
Ah! qu'on est faible avec les gens qu'on aime! (Au commandeur.) Relevez-vous, monsieur, etune autre fois n'abusez pas de l'empire que vous avez sur moi.
le commandeur, lui baisant la main.
Ah! Dieu!...
Henriette, bas à Marion.
C'est étonnant, comme ça paraît facile
marion, bas.
Avec lui!... mais il y en a d'autres... Qu'est-ce que j'entends là? Voyez done, commandeur. le commandeur, à la fenêtre.
Une foule d'équipages brillans qui se rendent à la Place-Royale.
MARION
En effet, voici l'heure fie la promenade; je ne puis y manquer. {A Henriette.) Vous venez avec moi? nENRiETTE, bas.
Oh ! non, non, je me sauve.
marion, bas Impossible maintenant; vous ne pouvez plus me démentir... vous voilà présentée.
HENRIETTE, bas
Comment?
marion, bas.
Et je veux vous servir malgré vous. {Appelant.) Holà!... appelez donc Tiennette, commandeur.
HENRIETTE
Mais...
le commandeur, avec empressement.
Tiennette! Tiennette!
Ticnneile paraît à la porte.
marion, à Tiennette.
Conduisez Mme de Failly... vous ôterez sa mante, vous relèverez ses cheveux...
Henriette, bas.
Mais écoutez...
marion.
Allez, mon cœur, je vous attends. Commandeur, donnez donc la main.
le commandeur, donnant la main à Henriette. Oh! pardon !
Henriette, à part et toute troublée.
Eh bien! me voilà entraînée malgré moi! Dieu
sait qu'il n'y a pas de ma faute, et si je fais mal,
c'est sur mon mari seul que le blâme doit retomber.
Elle suit Tiennette , Marion la suit jusque sur le seuil de
la porte et lui fait des recommandations.
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