SCÈNE VI
MARION, à la fenêtre, SENNETERRE, HENRIETTE
cachée.
senneterre, un bouquet à la main.
La perfide ! me désarmer par un regard si tendre, quand j'arrivais furieux , quand j'allais faire un édal! Me donner même son bouquet comme un gage de son retour, et l'instant d'après disparaître presque en même temps que Cinq-Mars! (Jetant avec colère le bouquet sur la table à gauche.) Ah! ce dernier trait la bannit à jamais de mon cœur! marion, se retournant à ce mouvement.
Léonard! c'est le ciel qui l'envoie!
senneterre , étonné.
Marion! qu'avez-vousl Comme vous êtes tremblante!
marion, courant à lui.
Écoutez-moi, les momens sont précieux! M'aimezvous toujours, Léonard?
SENNETERRE
Vous en doutez!
MARION
J'en ai le droit; jesais tout!
senneterre, troublé.
Comment?
marion, agitée.
Cette femme, cette M"" de l'ailly, dont vous seul ici savez le véritable nom ; vous l'avez aimée. senneterre, troublé.
Moi!
MARION
Vous l'aimez peut-être encore!
senneterre, avec force.
Vous pourriez croire ! . . . Non, non, je vous jure ! . .
MARION
Eh bien! si vous ne m'avez pas trompée, si c'est moi seule que vous aimez, nommez-moi cette femme!
senneterre, vivement.
Vous la nommer! jamais.
marion, se contraignant Oui, oui, je comprends que l'honneur, îa délicatesse... Mais vous, du moins, votre nom? senneterre, avec embarras.
Je n'ai aucune raison pour le cacher; mais j'avoue cependant qu'une pareille défiance... marion , vivement.
Vous déplaît? Eh bien! non, je ne vous le demande pas, je ne vous demande rien. Que m'importent votre rang , votre fortune, votre nom ? je ne m'en suis point informée pour vous aimer! Ce qu'il me faut, ce que je veux, c'est votre amour, qui maintenant est ma vie, mon seul espoir! c'est que vous me répétiez que vous n'en aimiez point une autre, que vous êtes prêta tout me sacrifier. senneterre.
Mais sans doute.
Le plus grand danger nous menace
SENNETERRE
Un danger?
MARION
Nous n'avons plus qu'un moyen d'être i'un à l'autre, d'éviter une séparation éternelle ! c'est de fuir tous deux à l'instant, et de nous réfugier en Hollande.
SENNETERRE
Fuir, dites-vous?
MARION
Ne me demandez pas pourquoi. Maïs si, dans une heure, nous sommes encore à Paris, c'est fait de nous ! Une voiture nous attend au bas de cet escalier; dites un mot, dites que vous êtes heureux de me suivre, de partager mon sort, et:.. Vous hésitez! senneterre, avec embarras.
Non. Mais une résolution si étrange, si subite .. quitter la France !...
marion, douloureusement.
Vous hésitez! et moi, je n'ai pas balancé un instant! je n'ai été effrayée de rien; et vous, vous craignez de perdre MIne de Failly, de vous éloignei d'elle!
Non, YOUSdlS-jC.
UABION.
.Tu le vois dans vos yeux; vous tremblez... vous savez bien pourtant que vous ne la reverre/ plus, qu'elle est partie?
senneterre, vivement.