BERÇA
César, toujours César! il revient aujourd'hui,
Et je m'en vais afin que tu sois mieux à lui, Voilà de ces pensers qui brisent, qui toi turent , Et rendent insensés ceux-là qui les endurent. Oh! tu ne m'aimes pas, cruelle, toi qui peux Partager sans mourir un seul cœur entre deux.
MESSALINE
Crois-moi, César n'a point consulte mon envie, César m'a demandé mon amour ou ma vie. Il n'obtint l'un ni l'autre en son désir brutal, Mais en place il reçut un présent plus fatal; Et depuis ce momeut, sa luxure abusée A caressé ma haine en plaisir déguisée. Tu te plains quand tu peux te venger... insensé ! Oh! que si seulement mon bras mieux exercé, Tribun, savait par où la pointe d'une lame Peut ouvrir dans le corps un passage pour Pâme , Que, seule accomplissant mes projets résolus , L'Olympe compterait bientôt un Dieu de plus : Alors, plus de terreurs, alors plus de mystère, César au ciel, plus rien à craindre sur la terre, Plusrien entre nousdeuxpourtroubler nosplaisirs, Qu'un fantôme d'époux sans droits et sans désirs Qui, pourvu qu'on le laisse en une basse orgie S'endormir chaque soir sur la table rougie, >'e songera jamais, ivre jusqu'au matin , A chercher d'autre lit que celui du festin. Alors, mon Cherea, plus d'esclave importune Qui trouble ces instans donnés par la Fortune, Et qui prenne, avantl'heure effrayantnotre amour, La lueur de Phœbé pour les rayons du jour. Alors au moissonneur la moisson sans pareille, Alors au vigneron les trésors de sa treille , Alors au beau pécheur qui vers moi voguera Un océan d'amour...
CHEREA.
C'est bien, César mourra.
l'esclave, accourant.
On vient de ce côté, rentre vite, maîtresse. messaline, entraînée par l'esclave.
Adieu, mon Cherea, je t'aime.
Elle rentre.
CHEREA.
Enchanteresse, Te tromper en amour est, dit-on, malaisé , J'accepte le défi, c'est bien, au plus rusé.