‹ Magasin théâtralChapitre 20 sur 1377 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

PANDOLFO, BRAMANTE, SCOROUCOULO,

SCOROUCOULO, de ta porte, deux énormes rapières sous le bras.

Tout beau, mes champions!

Est-ce ainsi qu'on se range à mes instructions? Rengainez, s'ilvous plaît, ou le premier quibouge, Qui fait un pas, vivant ne sort pas de ce bouge.

Bramante et Pandolfo interdits rengainent leurs poignards.Scoroucoulo ferme la porte à clef, et va déposer ses deux épées sur la table.

SCOROUCOULO, à la vue des pots vides.

Diantre ! je ne suis plus surpris de tant d'ardeur.

Mes gaillards à Bacchus ont si bien fait honneur,

Que n'ayant plus de quoi calmer leur soif brûlante,

Illeur fallaitdu sang... Approche ici, Bramante...

Toi, viens là, Pandolfo...

Tous deux sur cette injonction viennent, en chiens hargneux, se ranger près de lui, l'un à droite, l'autre à gauche.

Je ne suis pas content.

Je vous l'ai déjà dit : un motif important A voulu qu'en ces lieux tous deux je vous rassemble, Nous avons à l'avance arrêté prix ensemble... Pour six ducats chacun, vous vous êtes vendus.

BRAMANTE

C'est pas cher...

SCOROUCOULO.

Bah! vraiment, quand vous seriez pendus, Je vous demande un peu, porteurs de telles faces, Si ce n'est point payer vos deux laides grimaces... Mais laissons ce chapitre... ou cher, ou bon mar-

[ché, Ce fut là votre prix, et vous l'avez touché... Donc, vous m'appartenez pour cette nuit, mes

[braves; Donc, de mes volontés vous êtes les esclaves, A m'obéir en tout prêts au moindre signal, Sans demander pourquoi, ni si c'est bien ou mal... Car du pacte entre nous telle est la clause expresse, Cela n'est-il pas vrai?

BRAMANTE

C'est vrai...

PANDOLFO

Je le confesse...

SCOROUCOULO.

Et d'où vient donc alors, vous êtes bien osés! Qu'ici sans mon aveu de vous vous disposez ? Depuis quand a-t-on vu qu'entre eux les loups se

[mangent?

A vos côtés, mes fds, vos dagues vous démangent? Patience... sur vous au lieu de travailler, Attendez la besogne, on va vous en tailler... Si mes prévisions ne se sont point trompées, Vous serez satisfaits... Vous voyez ces épées...

l'renanl l'une et la donnant à Bramante.

L'une est pour toi, Bramante.

Donnant l'autre à Pandolfo.

Et l'autre, sans fourreau, Te revient de plein droit, mon Hercule tonneau. A dégainer, tu sais, tu n'es pas toujours leste; Ainsi. flamberge au vent, tu deviendras pluspreste. Maintenant, de côté tout sentiment haineux... La main chacun...

pandolfo, se révoltant.

Qui? moi?

scoroucoulo.

Pandolfo, je le veux.

PANDOLFO

Mes cinq ducats, d'abord?

SCOROUCOULO.

Comment! telle est la source...

pandolfo, vivement.

Il m'a volé.

bramante, de même.

C'est lui.

SCOROUCOULO.

Silence! De ma bourse, Tiens, voici ton argent...

Il tire la bourse que lui a remise Laurent à l'autre acte et en tire cinq ducats qu'il donne à Pandolfo.

Es-tu content?

pandolfo.

C'est bien!

bramante , murmurant tout bas.

Bon, ie fripon a tout... l'honnête homme n'a rien.

scoroucoulo, cherchant cinq autres ducats. Autant pour toi, Bramante.

bramante , avec joie.

Ah!

SCOROUCOULO, « part.

Ce n'est pas la peine De faire un jaloux.

Haut , lui tendant l'argent.

Tiens...

BRAMANTE

Merci, mon capitaine!

SCOROUCOULO.

Je pense qu'à ce prix nous voilà tous d'accord, Que l'on ne s'en veut plus?

bramante, tend lamain à Pandolfo, qui l'accepte. Non, chacun avait tort.

SCOROUCOULO.

En ce cas, enlevez tous ces restans d'orgie, Rangez -moi cette table aussi de vin rougie...

Ouvrez cette fenêtre et renouvelez l'air;

Il fait trop chaud ici ; c'est un four, un enfer.

Sans doute, il faut du feu, mais pas un feu de

[forge.

Et puis, ça sent mauvais... l'ail vous prend à la

[gorge.

Quand on attend quelqu'un, sans être des gour-

[mets, On a du savoir vivre... on choisit mieux ses mets.

En un inslant tout est remis en ordre. Le feu est amorti, la table range'e et les débris du souper enleve's.

Bien ! à présent, montez au-dessus, faire un somme. Vos armes près de vous... surtout, je vous en

[somme, Point de nouveaux débats, ni querelle, ni bruit.

Bramante passe le premier.

VANDOLFO, avant de le suivre.

Y voit-on ?

bramante, du fond de la coulisse.

Pas trop clair.

scoroucoulo, poussant Pandolfo par les épaules. Là-haut, la lune luit.

Il referme la porte sur eux et donne un tour de clef; à peine a-t- il fini, qu'on fra,pp.e a !a porte d'entrée.

On y va.

Avant d'ouvrir.

C'est vous, maître?

voix, du dehors.

Ouvre.

Entre Laurent.

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