UNIV
Oh! dis vite le restel
.V l'aube, trois d'entre eux quittèrent la maison:
CALIGULA
Marthe prit le chemin qui mène à Tar&scon, Lazare et Maximin relui de Massilie, Etcellequi resta, c'était la plus jolie,
Nous taisant appeler vers le milieu du jour, Demanda si les monts ou les bois d'alentour Cachaient quelque retraite inconnue et profonde Qui la pût séparer à tout jamais du inonde. Aquila se souvint qu'il avait pénétré Dans un anlrc sauvage et de tous ignoré, Grotte creusée aux flancs de ces Alpes sublimes Ou l'aigle fait son aire au-dessus des abimes. Il offrit cet asile, et dès le lendemain Tous deux, pour l'y guider, nous étions en chemin. Le soir du second jour nous touchâmes la base : Là, tombant à genoux dans une sainte extase, Elle pria long-temps, puis vers l'antre inconnu, Dénouant sa chaussure, elle marcha pied nu, Nos prières, nos cris restèrent sans réponses : Au milieu des cailloux, des épines, des ronces, Nous la vîmes monter, un bâton à la main, Et ce n'est qu'arrivée au terme du chemin, Qu'enfin elle tomba sans force et sans haleine...
JUNIA
Comment la nommait-on, ma fille?
STELLA
Madeleine, Ma mère! Cette femme, insensible aux douleurs, Avait pourtant, parmi les parfums et les fleurs, Au sein des voluptés parle ciel condamnées, Dissipé le trésor de ses jeunes années. Mais dans ses faux plaisirs le malheur apparut: Son frère bicn-aimé, malgré ses soins, mourut. Pour la première fois, la prière à la bouche, Elle veillait auprès de la funèbre couche, Pleurant et gémissant, lorsqu'elle apprit soudain D'un homme nommé Jean, qui venait du Jourdain, Qu'allait bientôt passer, allant à Samarie, Celui qu'on appelait Jésus, fils de Marie, Prophète vénéré, que le peuple, en tout lieu, Suivait avec amour, en criant: Gloire à Dieu! Car cet homme, puissant à briser les obstacles, Comptait depuis long-temps ses jours par des mi- Madcleine était faible : elle alla vers le port, [racles. Et tombant à genoux , cria: Mon frère est mort!... Mort!... et si cependant vous vouliez, sa paupière, Quoique close à jamais, reverrait la lumière; Car votre voix commande aux mers, aux aquilons, A la vie, à la mort!... Jésus lui dit: Allons. Ils vinrent; ô douleur! déjà des mains fidèles Avaient enseveli les dépouilles mortelles. Madeleine en pleurant tendit au ciel les bras! Mais le Sauveur lui dit: Femme, ne pleure pas. Et, marchant aussitôtverslcsépulcreavare Où pour l'éternité s'était couché Lazare, Jésus, devant le peuple immobile d'effroi, Dit, étendant la main: Lazare, lève-toi!... A peine eut retenti cette voix tutélairc, Que, brisant de son front le marbre tumulairc, Lazare, obéissant au cri qui l'appela, Se dressa dans sa tombe, en disant: Me voilà. Alors, à ce spectacle, éperdue, hors d'haleine, Joyeuse et repentante à la fois, Madeleine
Courut vers sa maison, et prenant au hasard Un vase précieux plein de baume et de nard, Elle le versa tout aux genoux du prophète, Puis, jusque dans la poudre humiliant sa tète, En murmurant tout bas de pénibles aveux, Elle essuya ses pieds avec ses beaux cheveux... Mais, prenant en pitié cette grande détresse, Le Sauveur releva la sainte pécheresse, Disant: Il te sera par un Dieu désarmé Beaucoup remis, ù femme, ayant beaucoup aimé...
JCNIA.
Sans doute on éleva des autels à cet homme?
STELLA
Ma mère, il fut traîne chez le préteur de Rome, Car il disait tout haut que le faible et le fort Sont égaux devant Dieu comme devant la mort; Et lorsqu'il ne pouvait, par d'ouvertes paroles, Exprimer sa pensée, alors ses paraboles [peur! Poursuivaient les puissans... les puissans eurent Ils dirent que c'était un prophète trompeur! Sa mort fut résolue, et sur leur insistance Un juge se trouva qui rendit la sentence : Mais aux regards des Juifs, au Calvaire, assemblés, Tandis que les bourreaux, par la haine aveuglés, Croyaient clouer ses bras contre une croix immonde, Ma mère! ils étendaient ses deux mains sur le monde. Voilà l'homme divin dont j'ai recula loi: Se nicttaut à genoux.
Si j'ai failli, ma mère, alors pardonne-moi.
JUNIA
Sa loi ne défend pas que l'on aime sa mère?
STELLA
Elle en fait un devoir et pieux et sévère.
JUNIA
Toute loi qui prescrit le respect et l'amour
Pour ceux à qui l'on doit la lumière du jour,
O ma fille, crois-moi, c'est une loi de l'ame.
Ton culte n'a donc rien que je redoute ou blâme,
Et notre Panthéon est assez spacieux
Pour recevoir un Dieu de plus parmi nos Dieux !
Sans doute que mon fils a la même croyance?
AQUILA
N'ùd, ma mère.
JLNIA.
Etpourquoi?
stella, souriant.
C'est que dans ma science Étant mal assurée encor, je n'ose point, O ma mère, presser Aquila sur ce point; Car ce n'est qu'en partant que j'ai senti moi-même Couler sur mes cheveux l'eau sainte du baptême. Son tour viendra sans doute, en ma foi je l'attends; Et Dieu m'inspirera quand il en sera temps.
Phœbé entre.
JUNIA
Que nous veux-tu, Phœbé?
P1I0EDÉ.
Maîtresse, à notre porte D'hommes et de chevaux s'arrête une cohorte.
junia, se levant.
Quelque noble romain, qui nous vient par hasard Sahrcr en passant.
aquila, <jin a regardé.
Ma mère, c'est César!...