‹ Magasin théâtralChapitre 202 sur 1377 · M NU · texte numérisé non relu

M NU

Oui, ta place chérie...

Attends.

Lui montrant un ouvrage d'aiguille commence'

Reconnais-tu ?

STELLA

Quoi?

JUKI A.

Cette broderie?

STELLA

Ce voile que pour toi...

Vois, il a demeuré Cinq ans interrompu.

STELLA

Je te le finirai.

I os i A .

As-tu bien reconnu toute notre famille?

Notre vieille Géta, qui t'appelait sa fille, Celle bonne Phœbé, que tu nommais ta sœur, Et le cbien peint au mur qui te faisait tant peur? Mais je parle toujours, vois-tu, c'est du délire... A toi... tu dois avoir cent choses à me dire... Je l'écoute , voyons.

STELLA

Oui, ma mère, j'ai là t'n grand secret.

JCN1A.

Vraiment... un secret, ma Stella!

Parle donc.

STELLA

Et d'abord, ô ma mère chérie, Bien nom n'est plus Stella, je m'appelle Marie.

JIM A

Que dis-tu là, ma fille, et d'où vient que le nom Oue je t'avais choisi n'est plus le tien ? stella, joignant les mains.

Pardon !

Jl'.NIA.

Marie?

stella, avec religion.

Oh ! c'est le nom d'une vierge sacrée.

JUKIA.

Mais l'autre était celui...

si i.i. la , l'iulerrompant.

Qu'une încre adorée Me donna, je le sais; à ce litre, je veux Le conserver aussi ; laisse-les-moi tous deux.

JL'NIA.

Mais d'où vient ?

STELLA

Le voici : cette tante si bonne, La môrc d'Aquila, possédait à Narbonne Une maison d'hiver; mais elle avait, de plus, Dans ces champ: appelés les champs de Marins, t Hé villa d'été s'élevant sur la plage : De grands pins la conviaient de fraicheur et d'oin- Silc: <■'•'• <<\ l" jour, mais qui, !" soir venu, [brage,

Parlaient avec la mer un langage inconnu ; Ci moi, je me plaisais, quand de sa fraîche haleine La nuit assombrissait au loin l'humide plaine A venir lentement au rivage m'asseoir, Et, me penchant alors sur l'immense miroir, J'écoutais cette voix solennelle et sauvage Dont j'espérais toujours comprendre le langage; Puis, quand j'avais cherché long-temps, mon cœur

[jaloux, Rappelant mon esprit à des pensera plus doux, .l'interrogeais tout bas cette onde intelligente Qui roule de Sagonte au golfe d'Agrigentc, Et je lui demandais si, passant à l'.aia, Ses (lots n'avaient point vu ma mère Junia!...

UNI A

Chère enfant!

STELLA

Une nuit qu'en cette solitude J'étais restée encor plus tard que d'habitude...

Jl'N'l \.

Comment t'exposais-tu seule ainsi, ma Stella?

Aoin.A, souriant. 0 ma mère, jamais je n'étais loin !

stella, continuant.

Voilà Que je vois s'avancer, sans pilote et sans rames, lue barque portant deux hommes et deux femmes, Et, spectacle inouï qui me ravit encor, Tous quatre avaient au front une auréole d'or D'où partaient des rayons de si vive lumière Que je fus obligée à baisser la paupière; ! Et, lorsque je rouvris les yeux avec effroi, Les voyageurs divins étaient auprès de moi. Un jour de chacun d'eux et dans toute sa gloire Je te raconterai la merveilleuse histoire, Et tu l'adoreras, j'espère; en ce moment, Ma mère, il te suffit de savoir seulement Que tous quatre venaient du fond de la Syrie : l'n édit les avait bannis de leur patrie, Et, se faisant bourreaux, des hommes irrités, Sans avirons, sans eau, sans pain et garrottés, Sur une frêle barque échouée au rivage, Les avaient à la mer poussés dans un orage. Mais à peine l'esquif eut-il touché les Ilots, Qu'au cantique chanté par Tes saints matelots L'ouragan replia ses ailes frémissantes ; Que la mer aplanit ses vagues mugissantes, El qu'un soleil plus pur, reparaissant aux cieux, Enveloppa l'esquif d'un cercle radieux!...

J INI A.

.Mais c'était un prodige.

STELLA

Un miracle, ma mère.

Leurs fers tombèrent seuls, l'eau cessad'ëtreamère, Et deux fois chaque jour le bateau fut couvert D'une manne pareille à celle du désert : C'est ainsi que, poussés par une maineéleste, Je les vis aborder.

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