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SCENE PREMIERE

CHEREA, son AFFRANCHI.

CHEREA.

Personne n'est venu?

l'affranchi.

Personne. Il s'incline et veut sortir.

Lien, demeure.

Il est?

l'affranchi.

Nous achevons, maître, la troisième heure.

CHEREA.

C'est bien.

l'affranchi.

Mon maître encor a-t-il besoin de moi?

CHEREA.

Oui; car je crois pouvoir me confier à toi : Je vais donc te charger d'une mission grave. Attelle un chariot et va prendre un esclave Qu'en passant au Forum j'ai ce soir acheté, Et qu'on a du me mettre u part, seul, de coté.

Afin qu'il ne conserve aucun espoir de fuite, Fais-lui lier les mains, bander les yeux, ensuite, Pour qu'il ne sache point où tu le conduiras, Perds-le par des détours, puis tu 'amèneras.

l'affranchi.

Faut-il le faire entrer ici même?

CHEREA.

Sans doute.

l'affranchi.

Tu seras content, maître. '

CHEREA.

Écoute encore, écoute...

Non, rien... va sans retard, et fais ce que j'ai dit.

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CHEREA, s accoudant sur l'autel de ses dieux $t se voilant la tête de son manteau.

Pardon, mes dieux, pardon, si, muet, interdit, Chaque fois qu'à vos pieds j'apporte mon hommage, Du pan de mon manteau je voile mon visage. C'est que je n'ose point lever sur vous les yeux,

O Lares, qui savez ce qu'étaient mes aïeux! Car en vous regardant, patriotique emblème, j'aihonteaufondducœurdeRomeetdemoi-méme!

De moi, qui, jeune d'âge et pourtant vieux soldat,

De nos derniers beaux jours vis le dernier éclat,

Et que Germanicus, j'en ai gardé mémoire,

A fait centurion après une victoire;

J'espère toutefois que vos regards percans

De ma feinte mollesse ont pénétré le sens,

Et dans tous les détours où ma ruse s'applique

Suivi l'amant pieux de la gloire publique.

Oh! si de mes ennuis seulement la moitié

Vous est connue!... alors vous aurez eu pitié,

Pitié quand vous m'avez, d'une voix ridicule,

Vu parler le jargon d'Ovide et de Tibulle ;

Pitié quand vous m'avez vu porter mes amours

A cette Messaline, opprobre de nos jours,

Et pitié quand enfin aux insultes du maître

Vous avez vu mon cœur lâchement se soumettre.

Eh bien! vous le savez, tout cela n'est qu'afin

De mener mon projet à sa sanglante fin,

Et vous n'ignorez pas que pour qu'il réussisse

Je ne l'ai point voilé d'un trop long artifice.

Oh ! sans doute qu'au temps des antiques vertus,

Ce n'était point ainsi que conspirait Brutus,

Et c'était au grand jour que son poignard stoïque

Vengeait en plein sénat la sainte, république!

Mais dans un tel projet était-il affermi,

Alors l'ami pouvait dans le sein d'un ami

Le déposer sans peur, car le secret sublime

Y tombait englouti comme dans un abîme.

Mais aujourd'hui soldats, citoyens, sénateurs,

Pour un ami discret offrent cent délateurs;

Si bien que lorsqu'on veut un cœur loyal et brave,

Il faut l'aller chercher dans le sein d'un esclave.

O mes dieux! faites donc qu'en ce jeune Gaulois

Je trouve ce qu'en vain j'ai demandé cent fuis

A ces Romains bâtards, race aveugle et flétrie,

Qui répond par des chants aux pleurs de la patrie.

On entre... Protogène... Et que vient faire ici

Cet espion bourreau?

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