PEUPLE
Du pain! César, du pain!
AFRANIUS
Ne les entends-tu pas?
CALIGULA.''
Tu te trompes, consul, ce sont des cris de fète.
AFRANIUS
Ne raille pas, César, il y va delà t r- ( < ■ . En sortant du palais, ces furieux m'ont pris; Sans gardes, sans licteurs et sans armes surpris, Je n'ai pu résister.
CALIGULA
Mais enfin éclairée, La foule a reconnu ta majesté sacrée, Puisque te voilà libre?
AFRANIUS
Oui ; mais il m'a fallu Prêter entre leurs mains un serment absolu Que je t'apporterais leur parole rebelle.
CALIGULA
Ah! tu viens en héraut? ta mission estbelle : Parle!...
AFRANIUS
Que j'aille, moi, redire insolemment Au divin Empereur...
CALIGULA
N'as-tu pas fait serment?
Au livre du destin tout serment fait demeure, Et se doit accomplir lorsque arrive son heure.
AFRANIUS
Je ne transmettrai pas de si coupables vœux Que César ne l'ordonne.
CALIGULA
Eh bien donc! je le veux.
AFRANIUS
César, depuis un mois une brise indocile Repousse loin du port la flotte de Sicile, Et du rivage on voit pilote et matelots Essayant de lutter en vain contre les flots; Si bien que, dans un vent si constamment contraire, Le peuple a cru du ciel remarquer la colère, Et pense que César aura fait... oh! pardon ! Quelque offense... c'est lui qui parle.
CALIGULA
Achève donc.
AFRANIUS
Quelque offense secrète à nos dieux, et que Rome, Porte dans ce moment la peine d'un seul homme; De sorte que le peuple, en sa prévention, Exige de César une expiation !
CALIGULA
Oui, le peuple a raison, et sa sagesse est haute ; Oui, César a commis une effroyable faute, Et Jupiter enfin se sera souvenu Qu'un serment lui fut fait qui ne fut pas tenu. Mais réparer le crime est chose encor possible, Et l'expiation sera prompte et terrible. Consul, rappelle- toi que l'Aulide en son port Vit les Grecs enchaînés par un calme de mort : Le cas était pareil, pareille fut la peine;
(.WMA LA.
Leur chef avait fait vœu d'une victime humaine, K.i puis il avait cm pouvoir impunément
Se jouer de Diane et trahir SOI) serment! Eh bien! d'Agamemnon moi j'ai commis le crime : Un homme aux Dieux pour moi s'estoffert en victime, Et je n'ai pas voulu, faillie et compatissant,
De cet homme non plus, moi, répandre le sang; Mais voilà ([lie des Dieux l'implacable colère 31e réclame ce sang par la voix populaire; Sans doute, en y cédant, mou cœur se brisera, Mais Jupiter le veut; c'est bien, il coulera!
ai i; v.Nius.
Que dis-tu?
CALIGILA.
Que César se dévoue, et que Rome Ne doit pas expier la faute d'un seul homme.
AKKANICS.
Grâce!
LE PEUPLE
Du pain, César!
CALIGILA.
Oui, peuple, je l'entends; Patience!
AFRÀNIUS.
César !
CALIGILA.
Oui, dans quelques instaus, De même que les Grecs, après le sacrifice,
Virent soudain le vent redevenir propice, De même tu verni-,, sitôt cet homme mort, Notre Hotte rentrer à pleine voile au port.
A l 11 A N US.
Je porte de héraut le titre inviolable; Songes-] bien, César, songes-y.
CAL1GLLA.
Misérable !
Peuple, à moi!
LE PEUPLE
Le consul! mort à Caligula!
Le consul! le consul!
CALIGILA.
Tu le veux?
Le précipitant du liant de la galerie.
Le voilà.
Reçois, ô Jupiter, ta tardive hécatombe!
en eue a, à Me s fi al ii te.
Si nous profitions...
messaline, V arrêtant.
Vois, le peuple à genoux tombe,
LE PEUPLE
Gloire à Caligula, l'Empereur sans rival! Qui nous donneras-tu pour consul?
CALIGILA, avec mépris.
Mon cheval.
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