LE DUC, JUANA
JUANA, en entrant, croyant voir Sirozzi.
11 m'attend, merci, mon Dieu, merci!
Elle s'avance rapidement vers le Duc, qui lui tourne le dos, occupé qu'il est a fermer la fenêtre, et le prenant
pour Strozzi.
Oh! je suis en retard; depuis long-temps ici Je devrais être... mais...
Le Duc se retourne.
JUANA, reculant à son aspect.
Le duc !
LE DUC
A notre vue, Eh bien! quelle frayeur!
Il va pour s'avancer vers elle et la rassurer.
Enfant!
JUANA
Je suis perdue! Oh ! ne m'approchez pas, monseigneur, laissez-moi Sortir d'ici...
LE DUC, se mettant entre elle et laporte. Sortir! Eh ! ma belle, pourquoi?
JUANA
Où suis-je entrée? ô ciel! mais c'est un piège infâme!
LE DUC
Un piège !
Riant.
Ah bien! parfait, et voilà, sur mon ame, Un mot délicieux dit à faire plaisir:
Vous jouez, entre nous, l'ingénue à ravir! Mais c'est trop plaisanter... En entrant, machar-
[mante, Vous rachetiez d'un mot les longueurs del'attente; J'aimais mieux ce langage, et votre douce voix...
JUANA
O seigneur duc, pitié! grâce!... Encore une fois, Souffrez que je m'éloigne...
LE DUC
Y songez-vous, madame?
JUANA
De votre honneur, hélas ! mon honneur se réclame. Oh! soyez généreux!...
LE DUC
Alors, expliquons-nous, Ou,vraiDieu! je m'y perds.. .Ici j'ai rendez-vous, J'y viens...
Montrant son masque.
^l'enveloppant du plus sombre mystère. ..
Seul...
Montrant la croisée.
Et par un chemin qui n'est pas ordinaire... Et quand, l'espoir au cœur, j'ai long-temps attendu, Vous paraisse/ pour fuir ! Et le prix qui m'est dû, Le prix de cet amour qu'une rigueur hautaine Désespéra souvent, qu'en fait-on, inhumaine? A qui le garde-t-on ? et quel secret dépit Vous fait ainsi manquer vous-même à votre écrit?
11 tire le Lillet de Juana.
JUANA
. 1 1 et î de ma main?
LE DUC
Voyez si je m'abuse...
Il le lui donne.
.il av\, anéantie.
Ma lettre! oh! jecomprends... quelle infernale rase!
Oui vous remit ce mot, seigneur î
LE DUC
Doute charmant!
Celui qui l'a reçu...
J UANA.
Pour vous? Le fourbe ment!
Dans ma franchise, hélas! je crains que votre altesse Ici d'un tel aveu ne s'irrite et se blesse... Mais enfin, je le dois, malgré votre courroux ! Duc, ce mot vient de moi, mais n'était pas pour
[ vous !
LE DUC
Il se peut? Pour qui donc?
JUANA
Pour un homme que j'aime, Dont je suis la fiancée, auquel cette nuit même J'ai juré de m'unir par un nœud solennel...
LE DUC
En ces lieux?
JUANA
En ces lieux...
LE DUC
Ah! c'est là votre au (cl!
Je vous fais compliment... un temple de débauche! Madame, ici l'hymen se fait de la main gauche; Votre amant vous trompait, et puisque le hasard Ou d'autres m'ont servi, d'amour je veux ma part .. . Allons, un seul baiser, o beauté trop farouche!
juana, se défendant.
Hélas, Seigneur mon Dieu, comment rien ne vous
[ touche?
Vous voulez donc me voir mourante à vos genoux?
A ses pieds.
O duc! respectez-moi... partant,. respectez-vous! Vous avez dans Florence une foule de femmes Bien plus belles que moi, nobles et grandes dames, Qui, si vous arrêtiez sur elles votre choix, Sans doute avec orgueil accepteraientvoslois... Maismoi, je nepuis pas être à vous, jevousjure.
Erreur !
JUANA
Non... non, jamais! je me dois chaste et pure A quelqu'un que j'aimai... c'est un contrat ancien.
DE DUC
Sot préjugé, ma chère... un contrat n'y fait rien, L'amour n'en connaît pas.
JUANA
Eh quoi! par violence
'Vous briseriez des nœuds qu'a resserrés l'absence?
O duc, d'un triple airain votre cœur n'est point
"ceint; Tout noble sentiment en vous n'est pas éteint... Prenez pitié de moi... rendez-vous à mes larmes; Faible femme, je n'ai contre vous que ces armes. Au nom du Dieu puissant qui pour lui ressembler Fit les grands ici-bas, laissez-moi m'en aller!...
LE duc , à part.
Noyée ainsi de pleurs, comme elle est ravissante! Que j'aime ce regard, cette voix suppliante! Et c'est Strozzi !
Il la prend brusquement par le liras.
Juana!
JUANA
Grâce !
De par l'enfer, Voulez-vous être à moi ?
JUANA, se relevant et regardant avec terreur autoitr d'elle.
Nulle arme ! pas un fer !
Au Duc avec ern
Plutôt la mort !
LE DUC, la saisissant et cherchant à l'entraîner vers le cabinet.
Eh bien! ma timide colombe, Aux serres de l'autour il faut que l'on succombe.
JOANA, résistant.
Au secours!... 0 mon Dieu !
LE DEC, ouvrant la porte du fond.
Personne ne t'entend...
Le ciel est sourd.
LAURENT, une épée à la main.
Non pas, sa justice t'attend!
A' ee& mots, le Doc, étonne, se retourne et lâche Juana; celle-ci, libre et la tête perdue rière lui et se
jette dans le cabinet entr'ôuvert, où elle s'enferme. Laurent et le Duc restent en présence.
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