‹ Magasin théâtralChapitre 27 sur 1377 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

LE DUC, JUANA, enfermée, LAURENT.

le dcc. [juge

Que vois-je? toi, Laurent? Et quel pouvoir t"ad- Le droit d'entrer ainsi ?

LAURENT

L'autorité du juge !

LE DUC

Que dis-tu là?

LAURENT

Je dis qu'aussi vrai qu'en ce lieu Votre bouebe d'un mot vient de blasphémer Dieu; Aussi vrai qu'à ma main resplendit cette épée, De votre main trop tôt par mégarde échappée... Aussi vrai, vous devez profiter des instans Que je vous laisse, duc... priez, il en est temps !

LE DUC

Malheureux, es-tu fou ? quel horrible délire Égare ta raison?

LAURENT

Je m'en vais te le dire.

Il croise les Lras , et, l'épée toujours dans la main droite, fuit quelques pas vers le Duc.

Florence était esclave... à son vieux gonfanon, Un homme... un Médicis, indigne de ce nom, Foulant aux pieds ce legs de sa splendeur dernière, Avait substitué son glaive pour bannière... Plus de franchises, plus de libertés, de lois; Plus de sainte justice.

LE DUC, avec rage.

O fureur!

LAURENT

Aux abois, Sous l'épieu du tyran, comme une bête fauve Qui se débat et meurt sans espoir qu'on la sauve, La patrie expirait, et de sanglans lambeaux A leur part de curée invitaient les bourreaux. Ce n'était point un règne... oh ! non, je t'en atteste

Ciel, qui d'un tel fléau nous fis le don funeste! C'était tout ce que peut enfanter d'odieux L'égarement d'un fou, mais d'un fou furieux!

Le Duc veut faire un pas vers la porte. Lauréat le lient pect avec son

Arrière! écoute encor...

LE DUC

Misérable à deux faces!

LAURENT

Je n'ai point achevé... Chaque jour sur nos places Tandis que l'échafaud, au mépris des traités, Suppliciait les gens delà veille arrêtés!... Tandis que se signaient les exils, les sentences, Au profit du trésor créant des déshérences, Confisquant sans pudeur les biens de celui-ci, Déclarant celui-là corvéable à merci...

La nuit, larron d'honneur, au sein de la famille S'introduisait le vice, à l'un prenant sa fille, A l'autre sa fiancée; infâme ravisseur, Qui jusqu'au fond du cloître insultait au Seigneur! Et tu t'imaginais, ô comble de démence! Te ruer impuni dans ce désordre immense? Dieu se lasse à la fin. Duc, en lui si tu crois, Implore son pardon pour la dernière fois !

Mais c'est un crime affreux ainsi m'ôter la vie?

LAURENT

Fiappelle-toi tous ceux à qui tu l'as ravie — Vois dans Colle Vecchio, victime de l'orgueil, Ta mère, avant le temps couchée en son cercueil, Et montrant à son flanc la blessure livide Qui t'accuse en silence, ô Néron parricide! Vois Giacomo Fiorli, qu'un poignard dans le sein, On trouva mort chez lui, dont tu sais l'assassin: Car en vain un faux bruit courut de bouche en

[bouche; Le meurtrier, c'est toi! toi, qui souillais sa couche! Vois Nclli, vois Mazzan, contre un vil suborneur, Au tombeau, toutes deux, confiant leur honneur... Enflnvois dans Itry, le crédule Hippolyte Acceptant le poison de ta main hypocrite! Et dis après si c'est justice ou trahison, Que ces morts par ma voix te demandent raison. As-tu prié?

LE DUC

Prié? Tiens, ma seule prière, Entends-la bien, Laurent, à mon heure dernière : Exécrable démon, vil et lâche serpent, Qu'à mes pieds, insensé! j'ai ramassé rampant, Et qui, tel que Satan, dans son indigne trame, Pour perdre l'homme, encore eut recours à la

[femme !

S'il est un Dieu.. . qu'un jour sousun fer meurtrier Un assassin te dise à ton tour de prier, Et me venge sur toi, toi qui venges les autres!... Laurent, s' avançant vers le Duc l'épée haute. C'est tout?

LE DUC

J'ai dit!

LAURENT

Meurs donc !

Le Duc, acculé, se jette dans le couloir obscur où sont cachés Scoroucoulo et ses l.ravi : à peine y a-t-il mis le pied, que Laurent s'çcrie d'une voix éclatante :

Florence! à moi les nôtres!

A ce signal, on entend, dans le couloir, un bruit de pas et un cliquetis d'épées.

LE DEC, dans la coulisse.

Au secours ! Trahison !

LAURENT

Tes cris sont superflus, Le ciel est sourd!

Le Duc. mortellement atteint et ses vêtemens ensanglantée, reparaît à l'entrée du couloir; il se ramponnc un instant contre le chambranle de i.i porte, chancelle, et lout-àconp tombe raide mort sur la scène ; à ce moment sort Scoroucoulo, sou épée nue à la main.

LAURENT, JUANA, enfermée, SCOROU- COULO.

scoroucoulo, montrant le corps du Duc.

Seigneur, votre ennemi n'est plus!

LAURENT

C'est bien. Mais notre tâche est encore incomplète; Au pavillon voisin, par la porte secrète, Cours vite... là, sans doute, une personne attend : Prends-la, sers-lui de guide, etreviensà l'instant...

SCOROUCOULO.

J'y cours...

Il sort.

LAURENT, s'approchant du cadavre et le contemplant.

C'en est donc fait!... il a cessé de nuire...

Il le couvre d'un manteau.

Dieu te pardonne, ô duc!... L'aurore qui va luire Ne t'arrachera point à ce sommeil de mort : Mais demain... quel réveil pour Florence qui

[dort !...

Debout, peuple! à ma voix relève enfin la tête! Pour toi, j'ai triomphé, je te rends ta conquête. Parfois la liberté, ce céleste présent, En d'inhabiles mains est un fardeau pesant: Qu'il n'en soitpointainsi...maîtrede la puissance. N'en fais jamais abus; l'abus c'est la licence... Règne donc à ton tour, 6 peuple souverain! Mais règne avec la loi, ce salutaire frein !

On entend monter rapidement l'escalier voisin; à ce bruit", i vien l en

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