‹ Magasin théâtralChapitre 267 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LABROSSE, VERNAÏS, entrant chacun de son côté. labrosse, troublé.

Mort... mort pendant la nuit... ne me poursuit-on

VERRAIS, [pas?

Que faites-vous? quel trouble entraine ici vos pas?

LABROSSE

Oh! comme à le saisir la mort m'a paru lente! Quand je vivrais mille ans, cette image sanglante Son souvenir vengeur, jusqu'à mon dernier jour, S'attachera sur moi , comme un cruel vautour ! Figurez-vous, Veinais, cette foule éperdue, La reine évanouie, à mes pieds étendue, Et, muet de douleur, immobile d'effroi, Le père, comme un spectre, entre son fils et moi. Mille fois j'ai frémi que d'un mot ou d'un geste L'enfant ne réveillât quelque doute funeste, Ou que des courtisans le regard scrutateur Ne lût sur mon visage un trouble accusateur. Grâce au ciel, le poison met fin à mon martyre; Moins déchiré que moi, l'enfant tombe.il expire! Le roi de sa stupeur tout-à-coup est sorti, Et les voûtes du Louvre ont au loin retenti Des cris de désespoir de ce malheureux père; .l'ai vu son front royal rouler dans la poussière : Furieux, il se lève et demande à grands cris, Qu'on lui donne la mort ou lui rende son fils; Son fils, il le saisit, et, d'une bouche avide, Couvre de cent baisers ce corps déjà livide, Le pousse avec horreur, se déchire le sein, Pleure et veut s'abreuver du sang de l'assassin. N'en doutons pas, voilà que sa raison s'altère, Malheur où va tomber le l'eu de sa colère! Le soupçon c'estla mort... chacun court se cacher; Moi-même en sa fureur je crains de l'approcher. Eh bien, l'heure est venue, et la lutte commence ; Ne nous abusons pas, le danger est immense ; Mais pourquoi tremblez-vous? pourquoi vous étonner ?

Sur nous la foudre gronde, il la faut détourner Sur ma rivale et ceux qui m'ont trahi pour elle. Tousnos gens sont-ils prêts? me sera-t-on fidèle? Chacun a-t-il reçu l'ordre que j'ai donné?

VERNAÏS.

Puissances de l'enfer! où m'a-t-on entraîné? L'éternel châtiment sera notre partage!

LABROSSE

Qu'est-ce- à-dire? laissez ce puéril langage.

VERNAÏS.

L'abbé de Saint-Denis, celui de Saint-Germain, Tiennent, dit- on, leslils du complot dansleur m a ni, On dit qu'ils vont parler.. .

LABROSSE

Voila de vos idées

Toujours de faux soupçons, des craintes mal fon-

[dées.

Voyons, qu'avez-vous fait? n'avez-vous rien appris De notre cordelicr?...

VERRAIS

Il n'est plus dans Paris.

La mort du prince est sue, on la pleure, on l'an-

| nonce, Et le nom de la reine en secret se prononce. Vos amis, sans paraître, agissent en tout lieu.

LABROSSE

Et cet Italien, cet homme sans a\eu Que vous avez dû voir?

VERRAIS

Ses sermens, son épée Sont à vous.

LABROSSE

J'y comptais; sa main s'est occupée Déjà plus d'une fois aux combats du hasard; Il change volontiers son épée en poignard; Je sais que pour un meurtre il fut chassé de Rome ; Du reste, il a du cœur, il est bon gentilhomme, Et convient de tout point à mes desseins sur lui. Quand accusera-t-il ma rivale?

VERRAIS

Aujourd'hui.

LABROSSE

Surtout comme témoin.''

VERNAÏS.

Comme témoin du crime.

LABROSSE

Il a vu le poison offert à la victime?

VERSAIS

11 dira : Je l'ai vu.

LABROSSE

Dans toute occasion, Saura-t-ii soutenir son accusation, Et, le fer à la main, prouver ce qu'il atteste?

VERRAIS

Envers et contre tous.

LABROSSE

Je me charge du reste.

Voici le roi, sortez.

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