SCENE III
Lus Mêmes, ADNEZ.
tA r. e i x r. .
Eh bien! Ad nez, le roi veut-il me recevoir?
Le verrai-je?
ADNEZ.
Madame, on ne peut plus le voir :
L'odieux chambellan l'obsède et fait défendre Tout accès près de lui.
Je m'y devais attendre^ Le misérable! Ainsi rien ne peut arrêter Ce sinistre combat?
ADNEZ.
J'ose le souhaiter, Madame, un prompt arrêt importe à tout le monde, Au roi surtout.
LA REINE
On dit sa douleur bien profonde?
ADNEZ.
Elle le tue; encor quelques semblables nuits, Philippe aura cessé de pleurer sur son fils.
LA REINE
Se pourrait-il, mon Dieu, vous m'affligez
ADNEZ.
Madame, Il n'est plus connaissable ; à peine un rested'ame Semble animer son front que la foudre a touché. Sur le corps de son fils, immobile et penché, L'œil hagard, il lui parle; à voix basse, il prononce Quelques mots, et se tait, attendant la réponse, Porte en tremblant ses mains sur ces restes flétris, Puis tout-à-coup se dresse et pousse de grands cris. Sa tendresse pour vous augmente son supplice. On croit que, dans l'espoir d'éclairer sa justice, Peu content du cartel que lui-même a souffert, Il a fait consulter le vieil Albert.
LA REINE
Albert !
De sa prédiction étais-je en vain frappée ?
Cruel jeu du hasard!
HÉLÈNE
Elle sera trompée.
Bruit de trompette.
LA REINE
Qu'entends-je, Adnez?
ADNEZ.
Voilà le signal du combat.
LA REINE
Vous pâlissez, Hélène!
HÉLÈNE
Oh! comme mon cœur bat!
Elle s'assied.
Madame, pardonnez ; j'ai bien peu de courage
LA REINE
Est-ce à moi de blâmer l'effroi que je partage? Adnez, portez les yeux sur ce combat fatal. ,< Voyez-vous dans le camp mon frère et son rival ?
i ADNEZ.
Reine, un seul cavalier parcourt la lice ouverte;
A son armure d'or, à sonécharpe verte, ! Je reconnais le duc ; dans le dernier tournoi
II portait ces couleurs.
I Autre bruit de trompette.
Philippe m.
LA REINE
Un autre appel ! pourquoi ?
ADNEZ.
Si l'un des combattans, par repentir ou crainte, Reste absent, du champ clos on referme l'enceinte, Et par son adversaire il est jugé vaincu.
LA REINE
Et mon accusateur n'a pas eucor paru ?
ADNEZ.
Pas encor. Ce retard cache un mystère étrange.
HÉLÈNE
Eh! ne voyez-vous pas que (-'est Dieu qui nous venge? L'étranger déloyal aura lui le combat.
Troisième appel.
LA REINE
0 Dieu! s'il était vrai qu'un traître succombât Sous ses propres remords et craignît ta justice ! Qu'il fuie et je pardonne !
adnez , avec feu.
On referme la lice!
Tout est fini, madame, et votre accusateur Se déclare en fuyant mauvais traître et menteur. A vous pleine victoire !
Hélène, embrassant la reine.
0 grâce inespérée!
LA REINE
A cet heureux retour j'étais peu préparée; Un reste de terreur...
HÉLÈNE
Il faut tout oublier.
la reine, se dirigeant vers la fenêtre. Voyez donc, mes amis, que veut cet écuyer Qui fend la presse et court au-devantde monfrère. Il lui parle. Bon Dieu! quel est donc ce mystère? Oh ! comme en l'écoutant le duc semble étonné ! Le duc fuit à grands pas. Le peuple consterné Se disperse. Sortez; hâtez- vous de descendre, Voyez cequi se passe et venez tout m'apprendre.
Adnez sort.
HÉLÈNE
Eh! madame, pourquoi vous alarmer en vain? Qui pourrait vous ravir un triomphe certain ? Vous voilà reconnue innocente et vengée. De quel poids douloureux je me sens soulagée! Qui l'eût dit qu'en ce jour marqué par la terreur La joie aurait encor trouvé place en mon cœur ? Le roi et le chambellan paraissent dans le foud parlant à
des gardes.
Et déjà près de vous le roi même s'avance, Qui d'un soupçon cruel vient abjurer l'offense. D'où vient qu'à son aspect votre front s'obscurcit?
la reine.
Eh ! ne voyez-vous pas cet homme qui le suit?