ADNEZ, LA REINE, HÉLÈNE
LA REINE
Bon Adnez, rendez-vous chez le roi : voici l'heure De ce duel fatal. S'il ne veut que je meure, Le roi doit empêcher ce combat sans retard ; Je ne veux pas périr victime du hasard. Je vous attends.
Adnez sert.
Mon fils, si près du bruit des armes Mais qu'est ceci? des vers effacés par des larmes ;
Voyant leportefeuille sur le berceau.
Je vois que notre Adnez a veillé sur mon fils.
A Hélène.
Lisez-les ! votre voix charmera mes ennuis.
HÉLÈNE , lit.
Pauvre petit qui soliris i-t reposes
Si doucement >ur la .soie et les rose», Mien lœm Jcilriii preut grand pitié de loi. Oli! garde encore ignorance naïve :
Si lu savais fortune qui l'arrivé!
Pauvre petit, lu seras roi.' Lorsque viendra l'âge aux amours plaisantes, Humble beauté, de i ;anles,
Prenant ton cœur, point né sera pour toi. C'est grand hasard si la fille d'un prince T'apporte amour aveque sa province.
Paut re petit, tu seras roi !
Mal conseillé, tu firas ta puissance A l'homme bas de cœur et de naissance; Aspre pour tous et cauteleux pour toi, Il te perdra ton peuple et ton armée : Fera plorer ta femme bien aimée .
Pauvre petit, ta seras roi !
LA REINE
Puisses-tu démentir les craintes du poète! Éloignez cet enfant du trouble qui s'apprête.
Les femmes enlèvent l'enfant. La reine se dirige vers la croisée.
UÉLÈNE.
Pourquoi tourner les yeux vers ce triste appareil? Le champ clos s'est ouvert au lever du soleil , Et déjà sous ces murs une foule inquiète Accourt à ce combat comme aux jeux d'une fête. Madame, éloignons-nous. D'un spectacle cruel Détournez vos regards.
LA REINE
Je regarde le ciel.
On dit qu'à nos destins la nature attentive Partage notre joie au bien qui nous arrive ; Et qu'au pressentiment d'un crime ou d'un mal- Elle pleure et revêt ses habits de douleur. [heur, S'il en était ainsi, les plus sombres orages Voileraient à nos yeux ce grand ciel sans nuages. D'où vient donc qu'aujourd'hui j'aime plus que ja-
[mais Mon enfant, vous, Hélène, et tous ceux que j'aimais? Vous pleurez. Ah! pourquoi mon amitié funeste Vous a-t-elle enlevée à cet état modeste Où le ciel, envers vous prodigue de faveurs, Vous cachait et la cour et ses fausses grandeurs ; Votre malheur, Hélène, est d'avoir su me plaire. De vos douces vertus voilà donc le salaire ! Si mes accusateurs l'emportent aujourd'hui, Quel sera votre sort? Proscrite, sans appui, Et coupabledes pleurs qu'on \ uns verra répandre, Auprès d'un faible roi, qui pourra vous défendre? Pardonnez-moi.
Hélène, se jetant dans les bras de la reine. Madame !
LA REINE
Écoutez, mon enfant, S'il fallait que le mal demeurât triomphant, Si le ciel refusait la victoire à mon frère, A la cour de Brabant, fuyez près de mon père.