SCENE A
PHILIPPE, LABROSSE
PHILIPPE
Vit-on jamais plus lâche audace!
Ils l'ont assassiné, dites-vous?
LABROSSE
Cette nuit Un homme armé l'aborde et le frappe et s'enfuit... Deux témoins dans cet homme ont reconnu sans L'écuyer favori dufrèrede la reine. [peine
Quel prix espèrent-ils d'un coup si généreux?
LABROSSE
Avant que d'expirer, sire, le malheureux A pu jurer encor d'une voix affaiblie Cette accusation qui lui coûte la vie.
PHILIPPE
Eh bien! il est parmi les êtres fortunés. Heureux ceux qui sontmortsou qui nesont pasnés! Tout ici n'est qu'erreurs, vains projets et souffrances. Insensés, nous mettons toutes nos espérances Sur un enfant, roseau frêle, et qu'au premier jour Le moindre vent d'orage enlève à notre amour ! Encor si nous n'avions que des pleurs à répandre ! Mais il faut, pour punir, que j'arrose sa cendre De sang ! ... et de quel sang ! Des prêtres inhumains Viennent, malgré nos cris, l'arracher de nos mains. Supplices inouis! tortures sans pareilles! D'affreux bourdonnemens sifflent à mes oreilles, Je sens là dans ma tête un tourbillon de feu ; Est-ce que ma raison...? plutôt mourir ; mon Dieu, Plutôt mourir cent fois qu'user dans la démence Une vie inutile et funeste à la France!
LABROSSE
Vivez, sire, frappez; le jour est arrivé. Tant que j'ai pu douter d'un meurtre non prouvé, J'ai craint pour vos regards toute clarté funeste; Mais, sire, puisqu'enfin le crime est manifeste, 'Pourquoi se perdre encore en regrets superflus? *La reine vous trahit, je ne la connais plus. *Je ne souffrirai pas qu'une indigne étrangère *Vous arrache le sceptre et le livre à son frère. Répondons par le sang à leurs sanglans défis!
PHILIPPE
Cette nuit, je veillais près du corps de mon fils; Et, soit avis du ciel, ou plutôt, le dirai-je? Soit que l'esprit du mal voulût me tendre un piège, Je crus voir mon enfant qui pressait dans ses bras Un homme que d'abord je ne reconnus pas;
Cet homme paraissait répondre à ses caresses; Soudain un glaive brille entre ses mains traîtresses ; Je m'écrie et m'élance au-devant de ses coups; Mais il n'était plus temps... cet homme... c'était
[vous.