H EU MI ME
Comme un écho!..
COQlF.NET.
C'est vrai... Je n'ai jamais inventé une syllabe.
HERMIME, bas à Mmc <!e Savenay.
Monsieur les répète...
M",e de savenay, de même.
Et pour les pensées...
HERMINTE , de même.
Cela ne le regarde pas... ça dépend de celui qui précède.
belleau, entrant.
Le bateau à vapeur qui arrive !..
(Tous le lèvent et prennent leurs chapeaux.) COQUE. NET.
Le bateau de Brighton !.. je cours sur la jetée... c'est notre seule occupation de jour... à nous autres bourgeois de Dieppe !.. Mesdames... (Il les salue et sort.)
LUCIEN, CÉCILE, Mroï DE SAVENAY, HÈRMINIE.
Mme DE SAVENAY.
Y pensez- vous , Cécile ? prendre ainsi la parole et vous mettre en scène devant des étrangers... des... bourgeois!..
CÉCILE
J'ai eu tort, ma cousine, puisque vous me désapprouvez... et que M. Lucien me semble de votre avis... par son silence... du moins.
LUCIEN
Non, Mademoiselle... je conçois voire indignation... et moi-même je la partageais en entendant outrager ainsi un camarade de collège, un ami d'enfance à qui je dois mon bonheur... car c'est à lui que je Uo«s mon mariage. Las ce mariage auquel il veut assister , doit être célébré sans bruit et sans é; lut: . d'abord à cause de la santé de Madame la Marquise... et puis le Ministre qui ne peut s'absenter de Paris que pour vingt-quatre heures , désirait arriver ici sans é re connu... et, dans celte petite ville, où la curiosité s'éveille d'un rien... je crains que la s- eue de tout à l'heure...
HERMIME.
Oh! vous, d'abord, vous craignez tout! le moindre bruit vous effraie... le moindre propos vous arrête... sans cesse aux aguets pour interroger la rumeur publique , vous vous laissez guider par elle ; et vous vous demandez : qu'est-ce qu'on va dire?
LUCIEN
J'en conviens... et devant vous, Cécile, devant vous que j'aime... j'avouerai hautement ce besoin d'estime, cette crainte des jugemens du monde...
CÉCILE
Qui est d'un honnête homme.
HERMINIE
Ou d'un poltron... car enfin vous êtes l'ami et le camarade de mon frère, vous pensez comme lui au fond du cœur... oui, Monsieur, par inclination vous êtes ministériel... mais la peur de l'opinion vous empêche d'être... de la vôtre; et à la Chambre... vous volez contre nous de crainte des journaux et des épigrammes... qui vous empêchent de dormir!.. Bien plus... ici même, quoique épris et amoureux autant que peut l'être un député, vous avez été nn an à avouer votre amour... et pourquoi?., parce que Mademoiselle Cécile de Montas est la cousine de Madame la marquise de Savenay, d'un sang noble et légitimiste... et que vous vous répétez sans cesse : que dira le monde?... que dira mon journal?... que dira l'extrême gauche?.. Enfin, pour être heureux et pour épouser celle que vous aimez, vous avez été obligé de demander permisssion... LUCIEN , avec fierté.
A qui, s'il vous plaît?..
HERMIME.
A la révolution de juillet... qui y consent... ou qui du moins ferme les yeux.., à condition que vous redoublerez, contre son tuteur, contre le le Ministre, vos attaques...
LUCIEN
Dites mes conseils, les conseils d'un frère ; et s'il les suivait plus souvent, s'il bravait moins l'opinion publique , que je respecte, il ne serait pas en bulle aux outrages et aux calomnies dont on l'abreuve chaque jour.
HERMIME.
Et qui n'ont pas le sens commun...
Mmc DE SAVENAY , d'un ton grave.
Peut-être... madame... peut-être!
CÉCILE
Quoi, ma cousine, vous pourriez croire...
HERMIME , à part.
Je déteste les marquises.
Mmc DE SAVENAY.
Nous attendons!.. Mais enlin, il y a un vieux proverbe, bien peuple, bien trivial, en qui j'ai la bourgeoisie d'avoir confiance... c'est qu'il n'y a pas de feu sans fumée. . et dans ce que dit le monde... quelque al e ce so't... il y a
toujours au i'ond quelque chose de vrai... toujours.
CÉCILE
Quoi, ma cousine, Vous n'adoptez pas que la calomnie...
Mn,c HE SAVENAY*
«a» Non « ma chère , la calomnie n'existe pas.,, je
LA CALOMNIE
passe pour de la médisance , et ><à* Mm* de s m n \y , a\e^ co'.fere.
n'y croîs pas.
si elle ose élever la voix, c'est qu'on lui en donne sujet... car dans la haute société... on n'invente pas... on raconte...*
hkrviime, avec intention.
Il est alors des gens de qui on raconte beaucoup.
Mme DE SAVENAY , avec hauteur.
Vous en connaissez, .Madame?..
HERMlME, la regardant.
De très proches...
M",c DE SAVENAY.
Dans votre famille, sans doute... et sans aller plus loin, votre crédit sur votre frère... et cet emprunt que votre mari vient d'obtenir, subiraient pour justifier une partie des reproches qu'on adresse au Ministre.
HERMlME, avec ironie.
Vous croyez ?
LUCIEN, vivement.
J'en étais sûr!., je le lui ai dit.
et malgré . il a cédé
mes instances... malgré mes prières.
à vos sollicitations...
HERYIINIE.
Je n'ai jamais prétendu leur être agréable , au contraire... et j'espère bien que mon mari n'en restera pas-là... qu'il ira plus haut!.. LUCIEN , avec chaleur.
Quoi! vous oreriez plus encore... et le pays, et la presse, et le monde.... que ne dira-t-on pas?
HERMlME.
C'est juste!., c'est votre phrase... je l'attendais.
LUCIEN
Et qu'y répondez-vous?..
HERMlME, galment.
Que je compte sur votre mariage... pour faire diversion... et pour occuper le monde !.. 11 aura lieu de s'étonner et de causer à son tour , en voyant d'un côté tant d'empressement et d'ardeur... (Montrant Cécile.) de l'autre, tant de calme et de réserve... et il trouvera sans doute piquant de vous voir plus tard rencontrer ('ans votre ménage l'opposition que vous aimez tant à la Chambre... (Apercevant une femme de chambre qui entre.) Pardon, Monsieur, pardon, Mesdames... on nous annonce (pie nos appaftemens sont prêts... et je vais m'occuperde ma toilette, pour recevoir mon frère et mon mari.
(Elle leur fait la révérence et sort.)
CÉCILE, M'