RAYMOND, CÉCILE, LUCIEN
CÉCILE, courant à Raymond.
Ah ! Monsieur, nous vous attendions avec tant d'impatience,., et voire i\ tard nous avait bien inqu.etés... 11 ne vous est rien arrivé?
RAYMOND
Rien, ma chère enfant, que la contrariétéde ne pas te voir plus lot.
Quel dommage que vous n'ayez pas pu être de notre promenade en mer!..
RAYMOND
C'est égal... je n'étais pas absent pour vous... je le sais... je sais que tu m'as défendu...
CÉCILE
Vous n'en aviez pas besoin.
RAYMOND
Si vraiment... mes défenseurs sont trop rares pour que je ne les compte pas avec reconnaissance!., comment se porte Mmede Savenay, ta noble cousine?..
CÉCILE
Beaucoup mieux... depuis deux heures seulement qu'elle est à Dieppe... elle prie M. Lucien de vouloir bien passer dans son appartement pour une grave conférence , dit-elle , où je ne dois pas assister,..
RAYMOND
C'est juste... les affaires d'intérêts regardent les grands parens... et les tuteurs... (Prenant sur la table les papiers qu'il y a posés à la première scène.) J'ai là un projet de contrat à vous soumettre. (A Lucien.) Examinez-le en m'attendant, et puis fais moi le plaisir de placer tous ces papiers dans la chambre que vous me destinez. (Cécile ramasse un papier qui était en dessous et qui tombe; elle le lui présente.) Qu'est-ce que c'est que ça?..
CÉCILE
C'était là, sur celte table, avec vos papiers...
RAYMOND, lisant.
« M. le Ministre... la recette de Dieppe est » vacante par décès du titulaire... et j'ose me
parti prendre?., se brûler pensé d'abord... je l'avoue.
LUCIEN
0 ciel !
RAYMOND, avec amertume.
Mais, loin de désarmer la calomnie , c'eût été pour elle une preuve de plus... Voyez-vous, auraient-ils dit, l'effet des reaiords...
LUCIEN
Y penses-tu ?
RAYMOND
Oui, mon ami , oui, tu ne les connais pas... et plus lard , quand la vieillesse, quand les chagrins, peut-être, termineront les jours de mon père... ils diront que j'ensuis cause... ils diront que je l'ai lue... ils m'appelleront parricide!., je m'y attends... Eh bien! soit! redoublez vos clameurs, je les brave et les méprise... un mot, mon père... un seul mot!., votre bénédiction au parricide !.. et que Dieu nous juge !.. LUCIEN , avec émotion.
Raymond...
R VYMOND.
Mais pour les jugemens des hommes... jujemens d'iniquités et d'erreurs... je ne veux pas même en appeler, ni leur faire l'honneur de me défendre devant ce qu'ils appellent le tribunal de l'opinion publique... Fais ce (pie dois, advienne que pourra : c'est maintenant ma seule devise, et je marche bravement au milieu de leurs injures, qui peu à peu me sont devenues indifférentes, et qui, maintenant, font mon bonheur... (Avec exaltation.) Oui... pamphlétaires et calomniateurs , je ne ferais pas un pas <&* >meUre pur les rangs... » (s'arrêtent et reployant
LA CALOMNIE
le papier.) An diable les pétitions... à peine ar-«©»soin de ton bonheur... et si je me (rompais !.
rivé, elles m'assaillent déjà... et je vous demande eominen! on a pu me glisser celle-ci... à moins que ce ne snit au moment où je descendais de voiture... (La niellant au milieu des papiers que lient Lucien.) Nous avons le temps de lire, rien ne presse.
LUCIEN
Il faudraitvoir, cependant...
RAYMOND
C'est tout vu! c'est un intrigant... auquel je ne répondrai même pas.
LUCIEN
C'est quelqu'un de celte ville... quelqu'un peut-être d'influent... et c'est un nouvel ennemi que tu vas te faire...
RAYMOND
Ça m'est égal !
On en a toujours assez.
RAYMOND
Peu m'importe!
LUCIEN, s'adressantà Cécile.
Je vous demande, Mademoiselle, quel est le plus raisonnable? je m'en rapporte à vous.
RAYMOND
Et moi aussi... prononce !.. qui de nous deux à tort?
Cécile , timidement.
Eh ! mais... tous ies (ki\\, peut-être... (vivement.) Pardon... mais il me semble, à moi, qui ne m'y connais guère, (Montrant Lucien.) qnc si 1 un craignait un peu moins les discours du monde... si l'autre les redoutait un peu plus...
RAYMOND, riant.
Eravo! nous tomberions dans le juste-milieu.
CÉCILE
Non, mais vous seriez tous deux, peut-être, bien près de la perle; tion.
RAYMOND , la regardant d'un air galant cl railleur.
Nous y sommes dans ce moment.
CÉCILE
Ah ! Monsieur se moque de moi ! ce n'est pas bien.
RAYMOND , à Lucien.
N'ai-je pas dit vrai?., et pour t'en rapprocher le plus têt possible... \a parler affaire... je vous rejoins dans l'instant.
(Lucien sort par la porte à droite.)
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