SCÈNE IX
Les Mêmes, COQUENET. COQUENET, à demi-voix , à Mme de Guibert.** Eh bien! mon aimable protectrice, quelles nouvelles?..
IIERMINIE.
Mauvaises pour tout le monde...
COQUENET.
Ah bah!..
IIERMINIE.
On vous a desservi auprès de lui.
'Hermiuie s'asseyant près delà table, S gauche; de Guibert se promenant au fond , avec des personnes des bains ; le Vicomte et Raymond, sur le devant du théâtre ; Cécile , Mme de Savenay , Lucien , à droite.
" Coquenet, Ilcrminie, de Guibert, à gauche: le vicomte de Saint- André , au fond , se promenant; Cécile, Lucien, Mme de Savenay, Raymond, assis à droite
DE GUIBERT
Quelqu'un de l'endroit...
COQUENET, vivement.
Je sais qui... cène peut être que Rabourdin.... mon concurrent.
DE GUIBERT
C'est possible.
COQUENET.
C'est évident... c'est le seul qui ait intérêt à me nuire... et vous conviendrez que c'est indigne... que c'est infâme... d'employer de pareils moyens pour réussir... je le dirai partout...
El tu feras bien...
HERMINIE
Du reste, tout n'est pas perdu... le Ministre, qui ne vous connaît pas encore , a promis de prendre des informations.
COQUENET.
C'est ce que je demande... parce que, n'en déplaise à Rabourdin, je veux agir franchement et loyalement... mais si, en attendant, je puis lui rendre la pareille et trouver quelque occasion de lui nuire en dessous...
(Pendant ces derniers mots, des baigneurs ont porté
au milieu du théâtre et sur le devant le piano qui
était au fond de l'appartement.)
DE GUIBERT, à haute voix.
Ne disait-on pas que ces dames allaient nous faire de la musique ?.. (A sa femme qui est assise.) Le quatuor de la Dame du Lac, que tu étudiais tout à l'heure...
IIERMINIE.
Je suis bien en train de chanter...
DE GUIBERT
Tu l'as étudié avec M"e Cécile...
CÉCILE, vivement.
Oh! du tout!.. (Rasa Lucien qui est près d'elle.) Je n'oserai jamais devant tout ce monde... HERMINIE, à part.
Ça la contrarie... (Se levant vivement et passant près d'elle*.) Eh ! bien, voyons... je suis à vos ordres... nous ne chantons pas assez bien pour nous faire prier... et si MUe Céeile y consent...
CÉCILE
Pardon, Madame , nous nia vous pas achevé de répéter ce morceau... et puis, pour ce quatuor, il manque deux personnes... la voix de basse d'abord...
DE GUIBERT
C'est moi... je chante tous les rôles de Lablache.
RAYMOND, à part, en souriant.
Belle recommandation pour être ministre.
DE GUIBERT, montrant un jeune homme en gants
jaunes qui est près de lui.
Et voici M. de Sivry, un ténor délicieux... qui, de plus, accompagne à merveille. (Le jeune homme s'incline et se met en devoir d'ôter ses gants. — A Ilcrminie.) Allons, ma chère amie... (Allant à Cécile.) Allons, Mademoiselle... il n'y a
I " Coquenet, te Vicomte, de Guibert, Hormiiiie, Cécile, Lucien. </5)i) Hou de Savenay, Raymond.
20 LA CALOMNIE
plus à refuser.-, vous feriez manquer ce rnor-*®» lucien ccau...
CÉCILE , souriant.
Je le ferai manquer bieu mieux encore... en acceptant...
LUCIEN, à demi-voix et d'un air de prière. N'importe, Mademoiselle, on vous regarde, et c'est fixer l'attention.
J'obéis.
HERMIN'IE, avec bonté.
Et vous avez raison. (A part.) Elle ira tout de travers...
DE GUIBERT, offrant la main à Cécile,, qu'il conduit au piano, "sous demanderons à la société cinq minutes de répétition à demi-voix.
(Guibert, sa femme et Cécile se groupent près de M. dc'Sivry, qui vient de s'asseoir au piano, et tous quatre étudient à voix basse; pendant ce temps, Coquenetj qui était à gauche du théâtre, a remonté par le fond derrière le piano , et est descendu à droite où l'on vient de dresser une table de whist.*)
COQUENET , présentant une carte à Raymond. Monsieur voudrait-il être de notre vWiist?
RAYMOND, prenant la carte.
Très volontiers...
(Coqucnct retourne à la table de whist et compte les fiches et les jetons. ) LUCIEN , à Raymond qu'il prend par le bras. J'ai vu tout à l'heure, dans l'autre salon, des dames qui regardaient Cécile en chuchotiant et «■n causant avec ce M. de Sivry qui accompagne au piano... quel est-il?..
RAYMOND
Je l'ignore. (Lui montrant Belleau, qui dans ce moment leur présente un plateau de ral'raîchissejtiens.^ Mais demande au garçon des bains; ces gens-là savent tout.
(11 retourne près du piano où M. de Sivry et les
daines préludent à vok basse.) LUCIEN, pendant que Rellcau lui présente le plateau, prend un verre d'eau sucré.
Dis-moi, Belleau... quel est ce jeune homme... là... au piano?..
BELLEAU
i-rès de la jeune personne? (ts'un air malin. ) Hein! comme ils se regardent.» et comme ils ont l'air de s'entendre?.; (Avec finesse et à voix l>a .) C'est peut-être un des trois... LUCIEN, étonné.
Comment... un des trois?..
BELLEAU
Oui... l'on prétend qu'elle a déjà eu trois aventures...
* Le vicomte de S '■■•' V id Sivry, au piano: C«c;lc. Ilcruii ucl, d !.i Iq'jIc de cvli!
de G'iil rf, près du piano; M. de o, de i' i Iti u ••'•>■ <;■■ jtiniio; Coqueut i préparer le j'-'u;
remettant son verre sur le plateau.
Morbleu!..
BELLEAU
Prenez donc garde, vous avez manqué renverser mon plateau...
LUCIEN, cherchant à se contenir.
Pardon..* (cherchant a rire. ) Eh!., de qui le
sais-tu!..
15 EL LE AU
De personne... on en parlait tout à l'heure dans l'autre salon, et tout le monde vous le dira... c'est connu...
(11 va présenter son plateau à d'autres personnes.)
Lucien , à part.
Non... ce n'est pas possible... c'est absurde!.. ce n'est pas d'elle qu'il a voulu parler!., ou plutôt j'ai mal entendu, je ne suis pas dans mon boa sens...
COQUENET, lui montrant la table qui est prête. Si Monsieur veut tirer les cartes... (Lucien \a à la table, retourne une carte et revient près deCoquenet. ) Vous avez l'as (le cœur.
LUCIEN , s'eflbrçant de sourire.
Oui , Monsieur... mais une question... vous qui étiez tout à l'heure dans l'autre salon... avezvous entendu dire que celle jeune personne qui est au piano...
COQUENET , à voix basse.
Silence... il ne faut pas parler de cela... vous savez donc aussi?..
LUCIEN, dans le dernier trouble.
Mais... à peu près...
COQUENET, à voix basse.
Ils disent trois ou quatre intrigues... mais ce
n'est peut-être pas vrai... il ne faut jamais croire
que la moitié de ce que l'on dit...
(Lucien fait un geste de fureur et veut s'éloigner;
Mrac de Savenay se présente à lui à sa gauche. )
Mmc DE SAVENAY.
3'ai un deux s vous êtes mon partner... venez , Monsieur.
LUCIEN , hors de lui.
Oui, Madame.
(Il se retourne et trouve dé l'autre côté Raymond
et Coqucnet. )
RAYMOND et coquenet, Pentra*nant,
Allons... plaçons-nous.
de GUIBERT, au piano.
Enfin... nous sommes prêts... nous commençons!..
[il. de Sivry, qui est au piano, joue la ritournelle. — Raymond, Coquenet, Mmc de Savenay viennent de s'asseoir à la table de whist. — Lucien debout encore, et prêt à s'asseoir, regarde du côté du piano. — Les chanteurs, tenant leurs papiers de musique, vont commencer le morceau.
■ — L.\ TOILE T0MIJE. )
FIN DU DEUXIEME ACTE