‹ Magasin théâtralChapitre 370 sur 1377 · LE PÈLERIN · texte numérisé non relu

LE PÈLERIN

Ainsi ferai-jc fout-à-1'beure; Mais, pour me rendre encor sa volonté meilleure, Pourrai-jc auparavant, le sachant fds pieux, Aller sur leurs tombeaux prier pour ses aïeux?

MAGASIN TÏIF.ATRAL.

andré, décrochant une clef.

Jehan, prends cette clef et conduis ccsaint homme.

Le Pèlerin et Jelian sortent.

Maintenant, que celui d'entre vous qu'on renomme Pour un tueur de daims me dise si beaucoup, Tirés à cent vingt pas, tombent ainsi d'un coup. Jetant le daim à terre.

Regardez.

Ils font cercle autour de l'animal. UN ARCHER.

C'est un daim d'une royale race:

ANDRÉ

Depuis le point du jour que j'éventais sa trace, Il m'a fallu passer, ainsi qu'un sanglier, Pour le suivre, à travers et taillis et hallier; Aussi je me suis mis les mains et le visage Tout en sang.

A Yaqoul».

Tu ris, toi ?

BN ARCHER.

Laisse là ce sauvage.

yaqoub, se retournant.

Heim!...

fc' ARCHER.

A l'art de la chasse est-ce qu'il entend rien? La chasse est un plaisir de noble et de chrétien.

vaqovjb , comme se parlant à lui-même.

J'étais encore enfant : un matin, sous sa tente, Mon père, l'œil en feu, poitrine haletante, Rentra, jetant son arc et ses traits, et me dit : « Yaqoub, par Mahomet I ce canton est maudit; Chaque nuit mon troupeau d'un mouton diminue. La lionne au bercail est encore venue; Sur le sable j'ai vu ses pas appesantis. Sansdoutedansquelqueantreelleaquelquespetits.» Je ne répondis rien; mais, quand sortit mon père, Je pris l'arc et. les traits, et, courbé vers la terre, Je suivis la lionne. Elle avait traversé Le Nil, au même endroit qu'elle je le passai; Elle avait au désert cru me cacher sa fuite, J'entrai dans le désert, ardent à sa poursuite : Elle avait, évitant le soleil au zénith, Cherché del'ombre au pied du grandsphinxde granit De l'antique désert antique sentinelle; Comme elle fatigué, je m'y couchai comme elle... Comme elle je repris ma course, et jusqu'au soir 'rfon pas pressa son pas; puis je cessai d'y voir: immobile, implorant un seul bruit saisissable Qui vint à moi... flottant sur cette mer de sable, J'écoutais, retenant mon souflle... Par momen, On entendait au loin de sourds mugissemens : [bre. Verseux, comme un serpent, je me glissai dansl'om- Sur mon chemin un antre ouvrait sa gueule sombre, Et dans ses profondeurs j'aperçus sans effroi Des yeux étincelaus qui se fixaient sur moi. Je n'avais plus besoin ni de bruit, ni de trace, Caria lionne et moi nous étions face à face... Ahl ce fut un combat terrible et hasardeux, Où l'homme et le lion rugissaient tous les deux... Mais les rugissemens de l'un d'eux s'éteignirent... Puis du sang de l'un d'eux les sables se teignirent; Et quand revint le jour, il éclaira d'abord

Un enfant qui dormait auprès d'un lion mort.' Cet enfant aux chrétiens ne srrt pas de modèle! La chasse du lion est plaisir d'infidèle.

ANHRÉ.

Silence, Sarrazin! quand, loin de leur pays, Leschrétiens vont chassant par les champs de maïs, C'est qu'ils sont t mente d'une sainte espér a nco,

Montrant Yaqoub.

Et voilà le gibier qu'ils rapportent en France!

Il de'taclie les flèches pjs^

son nie il pus un coin.

Ouf! maintenant j'ai soif .. A i ire compagnon!.. Que dit-on de L'Anglais? que fail leBourgui non Avons-nous du nouveau depuis hier?

Ah ! 1 Bourgogne qui nous fais la guerre sans vei ogne , Je puis bien me brouiller a\cr tes en fan s; ma,' Bourgogne, me brouiller avec ton vin, jamais!

ON ARCHER

Du nouveau? Guy-Raymond arrive.

ANDRÉ

D'où?

l'archer.

■ Je Que c'est du camp français.

ANDRÉ

Que Dieu le récora.peiisc, S'il vient nous annoncer que l'Anglais est battu, Ou que le roi reprend quelque peu de vertu!... Tous a-t-il, en passant, donné quelque nouv<

UN ARCHER

La comtesse l'a fait introduire auprès d'elle

Sitôt son arrivée : il nous a seulement

Dit, en passant ici, de l'attendre un moment.

ANDRÉ

Sans doute que du maître il apporte un message?

l'archer.

C'est probable:

ANDRÉ

Avec vous je le guette au passage.

Depuis bientôt trois ans qu'il est parti d'ici 11 doit avoir du neuf à conter.

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Les Précédens, GUY RAYMOND , sortant de chez la comtesse.

ravmond, à André.

Me voici, Bonjour.

les archers.

Bonjour, Raymond.

raymond , à André.

Bonj our, ma rouge trogne.

Es-tu toujours chasseur? Es-tu toujours ivrogne? 4ndrclui montre le d.iim. André lui montre la bouteill* vide.

CHARLFS VII.

Brayo! je ne connais que manans de bas lieu Qui négligent les dons qu'à chaque homme a faits

[Dieu.

S'approchant d'Yaqoub.

Et toi, mon jeune tigre?..'.

YAQOUB.

Heim!...

RAYMOND

Le voilà qui gronde.

Sais-tu bien que sans moi, Sarrazinois immonde, Dans ton désert maudit tu rugirais encor, Et que tu n'aurais pas au cou ce collier d'or, Où tout autre qu'un chien en regardant peut lire: « Yaqoub le Sarrazin appartient à messire » Charles de Savoisy, seigneur de Seignelais ; » Ce qui te donne un rang au milieu des valets!... Je t'ai pris au soleil aussi nu qu'un reptile ; C'est à moi que tu dois pain, vëtemens, asile, Esclave; et si tu l'as oublié, je reviens T'en faire souvenir.

YAQOU».

C'est bon, je m'en souviens.

ANDRÉ

Allons, viens çà , Raymond, et dis-nous quelque Des affaires du temps. [chose

RAYMOND

Vous savez, je suppose, Que Charles Six est mort, et que le jeune roi S'est vite fait sacrer à Poitiers.

ANDRÉ

Sur ma foit L'on ne sait rien »au fond de cette forteresse ; Cependant tout cela, morbleu! nous intéresse: Nous sommes Armagnacs etFrançais, nous portons La croix blanche à l'habit.

RAYMOND

Il parait, mes moutons, Que votre troupeau va sans savoir qui le mène? Ah ! messieurs du Berry, l'on se bat dans le Maine, Et vous n'en savez rien ! Eh bien , les curieux Pourront bientôt, je crois, sans sortir de ces lieux, S'ils ouvrent les deux yeux, prêtent les deux oreilles, Du haut de ces créneaux entendre et voir merveilles?

UN ARCHER

Eh bien! que verront-ils? Qu'est-ce qu'ils entenraymond. [dront?

Us verront, comme un mur de fer, venir de front Trente mille soldats... Satan serre leur gorge!... Criant, les uns : Bourgogne! et les autres: Saintandré. [George.

Commentt si près de nous Anglais etBourguignons! Trente mille, dis-tu?

RAYMOND

Bien que ça, compagnons; Et, pour leur apporter secours dans la mêlée, La Bretagne, dit-on , vient en grande assemblée.

UN ARCHER

Ainsi des trois côtés!... Mais Paris?..

RAYMOND

Est rendu.

ANDRÉ

Et le comte Bernard qui le tenait?

RAYMOND

Pendu.

Ilenri Six d'Angleterre est nommé roi de France, Bcdford régent.

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