SCENE III
LE CHAPELAIN, puis LE COMTE.
LE chapelain, suivant la comtesse des yeux. Ta, pauvre créature, et que Dieu te pai 'donne 1
Car tu dis vrai , tu fus toujours pieuse et bonne, Et jamais cœur d'enfant peint en des yeux d'azur Ne brilla d'un rayon plus céleste et plus pur.
le comte, entrant. Messire...
LE CHAPELAIN
C'est le comte !
LE COMTE
Eh bien! l'avez-vous vue?
Que vous a-t-elle dit pendant cette entrevue? La pauvre Bérengère a-t-elle bien pleuré?
LE CHAPELAIN
Mieux que je ne croyais son cœur est préparé.
Sans doute que d'avance elle s'est résignée,
Car depuis quelque tempsqueparvousdédaignée...
LE COMTE
Dédaignée! oh! non pas. Messire, parlez mieux. Si d'un fils qui portât le nom de mes aïeux Son amour plus fécond m'eût donné l'espérance; Si même en son malheur, ce pauvre état de France N'était si chancelant qu'il faille autour de lui Tous les hommes de nom pour lui servir d'appuif Si bien que quand l'un d'eux sent son bras qui se
[lasse, Si son fils n'est pas là pour reprendre sa place, Celui qui se retire avec anxiété Voit le trône soudain pencher de son côté ; Si ce n'était cela, j'aurais pu sans me plaindre Voir mon nom s'effacer et ma race s'éteindre, Plutôt que d'un seul mot l'affliger... Mais enfin, Quand la France est si bas qu'elle touche à sa fin ; Quand, tombant sous les coups d'une triple anar- Se roule dans son sang la vieille monarchie, [cliie, Il faut bien, quand ses cris nous les demanderont, Lui donner des enfans... car les hommes s'en vont; Et comme si la mort trouvait dans son domaine Le fer trop lent encor pour sa moisson humaine, Voilà Salisbury qui vient, dans nos débats, Jeter l'artillerie au milieu des combats! Où seront maintenant la force et la vaillance? Qui portera l'épée ou lèvera la lance, Si de loin les boulets couchent les bataillons, Comme des épis mûrs, sur les bords dessillons? C'est que nous sommes nés en des temps peu prospères :
Nos pères valaient moins que ne valaient leurs pè-
[res; Mais ils étaient encor loyaux et belliqueux... Voici que nous venons, et nous valons moins qu'eux: Le tocsin haletant fait le tour de nos villes; Ce n'est qu'assassinats et que guerres civiles; Et lorsque, remettant son épée au fourreau, Le soldat a fini, c'est le tour du bourreau... Allons, l'heure est sonnée : ouvrez à tous la porte;
LE CHAPELAIN
A tous, monseigneur? t
LE COMTE
Oui.
LE CHAPELAIN
Mais...
LE COMTE
Messire, il importo
Que jusqu'auprès de nous, pendant le jugement, Touthomme,quel qu'il soit.puisse entrer librement, Car il faut que chacun clans le droit qu'il s'adjuge, A son tour, comme Dieu, puisse juger le juge.
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SëËftfc IV.
Les Précëdens, YAQOUB, entre deux archers,