LE ROI, LE COMTE
le roi, se tournant vers le comte.
A nous deux maintenant. C'est franche félonie D'avoir bâti si haut votre chàtellenie, Comte deSavoisy , qu'il la faille chercher, Comme le nid d'un aigle, au faite d'un rocher; Si bien que votre roi, s'il veut venir lui-même Visiter par hasard un vieil ami qu'il aime, Obligé de gravir a pied jusqu'à ce lieu, Risque à perdre vingt fois son ame en jurant Dieu.. Et je vous dis cela sans ajouter, mon maître, Que si, comme Jean Six, vous nous deveniez traître, Vos murs sont de hauteur et de force, je croi, Adonner pour long-temps besogne aux gens du roi.
LE COMTE
Notre sire a raison ; mais cette citadelle , Si forte qu'elle soit, est encor plus fidèle.
le roi, avec mélancolie.
Mon vieux comte, combien m'ont parlé comme loi, Qui depuis cependant ont parjuré leur foi !
La parole de l'homme est chose bien légère, Quand la guerre civile et la guerre étrangère, Poussant un pauvre état vers sa destruction, Jettent une promesse à chaque ambition t
Il s'assied.
le comte, s' approchant de lui. Sirc.ce vieux château, depuis ses premiers maîtres, Compte dans ses caveaux douze de mes ancêtres, Qui, couchés aux lueurs de funèbres flambeaux, Dans leurs linceuls de fer dorment sur leurs tom-
[beaux.
Descendons et cherchons à chacun la blessure Dont l'atteinte mortelle a troué son armure; Puis le jour de leur mort ensuite nous dira En quels combats divers chacun d'eux expira. Alors vous connaîtrez que tous, frappés en face, Sont morts, chacundes miens.pourundevotrerace. Et cet examen fait, sire, malheur à vous, Si vous doutez de moi, de moi dernier de tousl Azincourt pour le vôtre a vu mourir mon père : En défendant vos droits je mourrai, je l'espère ; Et plus tard, à son tour, faisant ce que je fis, Mon fils, s'il m'en naît un, mourra pour votre fils.
le roi, se levant.
Comte de Savoisy, regardez-nous en face... Nous sommes comme vous le dernier d'une race: Nos deux frères aînés, l'espoir de la maison, Sont morts... et quelques-uns disent par le poison; Philippe de Bourgogne et Jean Six de Bretagne, Mes beaux-frères tous deux, font contre moi campagne; Ma mère, qui devrait m'être un puissant soutien, Achèterait mon sang de la moitié du sien ; Chaque jour, quelque grand vassal qui m'abandonne Comme un fleuron vivant tombe de ma couronne : Eh bien ! un seul instant avons-nous hésité A remettre nos jours à votre loyauté?
Notre suite, il est vrai, si le cas le réclame, Est formidable et peut nous défendre : une femme, Deux pages, un bouffon, trois fauconniers; et si Même dans ce moment Charles de Savoisy, Tramant quelque complot, de sa main déloyale Tentait de mettre à mort ma personne royale, Certe il aurait à craindre un combat meurtrier, Moi vêtu de velours, et lui couvert d'acier!..
S'appuyant sur son épaule.
Vieux fou !..
L'état n'irait que mieux, je le présume, Sire, si tous les deux nous changions de costume: Ces corselets d'acier, quoiqu'ils soientunpeulourds, A la taille d'un roi vont mieux que du velours.
le roi. I
Comte, dans ton manoir je suis venu sans suite, Pour fuir un ennemi mortel dans sa poursuite Et, surtout à la cour, acharné sur ton roi, Nous pouvons le combattre et le vaincre : aide-moi.
le comte.
Votre espérance alors ne sera pas trompée, Sire, voici mon bras et voici mon épée: Lorsque vous le voudrez, nous marcherons vers lui.
cmm.ES vit.
LE ROI
Non pas... nous le fuirons.
le comte, faisant un mouvement.
Quel est-il donc
le roi, à l'oreille du comte.
L'ennui.
le comte, froidement.
Monseigneur, je pensais, avec raison peut-être, Que votre empressement à venir pouvait naître Du désir de savoir si Jean Six acceptait Le traité que le roi Charles lui présentait, Et qu'à Renne en Bretagne avait porté le comte Charles de Savoisy.
Je l'avoue à ma honte, Mon pauvre ambassadeur... mais j'avais, pour ma
[ part, Quand j'appris ton retonr, oublié ton départ.
LE COMTE
Mais du moins vous venez ici pour quelque cause Importante ?
LE ROI
Sans doute.
LE COMTE
Eu ce cas, je suppose Que vous me confirez ces nouveaux intérêts?
le roi, mystérieusement.
Comte, je viens chasser un daim dans tes forêts; Je n'en ai plus à moi.. .
le comte , à mi-voix.
Que monseigneur saint Charles Prenne pitié de nous!
le roi, avec humeur.
j'aime, lorsqu'on me parle, Que l'on me parle haut. ..Vous dites?... le comte.
Que vraiment, Sire, l'on ne perd pas son trône plus gaîment!... Mais parmettez qu'au moins, sire, je vous rappelle.
acnés, paraissant sur la porte.
Venez-vous, monseigneur?
le roi, riant.
Tu vois, Agnès m'appelle.
le comte, suppliant.
Un seul instant!...
LE ROI
La loi de l'hospitalité Veut qu'on laisse à son hôte entière liberté... Bonsoir !
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