‹ Magasin théâtralChapitre 385 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LE COMTE , veillant à la porte du roi, ANDRÉ,

à l'autre porte.

Au lever du rideau j on entend le son du cor.

LE COMTE

André, quel est ce bruit?

ANDRÉ

Celui du cor.

LE COMTE

Qui sonne?

ANDRÉ

Je ne puis voir d'ici ; c'est au dehors.

LE COMTE

Personne

N'est donc au pont-levis?

ANDRÉ

Si, monseigneur; j'ai mis Deux hommes à la tour... Ah! ce sont des amis; On ouvre, je savais que la garde étaitbonne... Ah! c'est un écuyer aux armes de Narbonne... Il a diablement chaud!

LE COMTE

Faites signe, et qu'ici On l'amène à l'instant.

a>;dré.

Monseigneur, le voie»,

Entrez, sire écuycr.

l'éccyer.

Le comte...

LE COUTE

C'est moi.

l'écoyer , lui donnant une lettre aux armes de Narbonne.

Comte, Le message demande une réponse prompte : C'est de mon maître.

LE COMTE

Bien. Vous revenez du camp?

l'écuyer.

Oui, monseigneur.

le comte, lisant.

Narbonne est bien portant?

l'écuyer.

Oui.

le comte.

Quand En êles-vous parti?

l'écuyer.

Cette nuit.

LE COMTE

Par saint Charle!

C'est marcher vitement! Votre maître me parle En homme bien pressé ; pour demain cependant Je ne puis le rejoindre.

l'écuyer.

Il est en attendant Le combat que l'Anglais offre; mais il balance : S'il avaitle secours de votre bonne lance Et de tous vos archers, il n'hésiterait plus.

LE COMTE

J'ai pour deux jours encor des devoirs absolus; Puis je le rejoindrai. Qu'il tarde ; c'est possible Un retard de deux jouis ne peut être nuisible, Tandis qu'il perdra tout en se bâtant par trop.

l'écuyer.

Monseigneur, il m'a dit de partir aussitôt Que vous m'auriez donné réponse.

LE COMTE

Dans une heure Au plus tard vous l'aurez. Allez. André, demeure, De ce brave écuver, mes amis, prenez soin.

L"écu\ er sorl avec les aulrcs.

A André.

André, de tout ton zèle aujourd'hui j'ai besoin.

ANDRÉ

Ordonnez.

LE COMTE

Tu connais le château deGraville?

ANDRÉ

Sans doute, monseigneur; c'est auprès de la ville D'Auxerre.

LE COMTE

Justement.

Quand le comte... que Dieu Ait pitié de son ame !... était vivant, pardieu ! A votre ordre, vingt fois j'ai fait la même route... Ce pauvre comte! il futtué dans la déroute De Crèvent. Je portai la nouvelle. Je crois Entendre encore sa fille, avec sa douco voix, Dire...

LE COMTE

C'est bien. Alors, tu connais Isabelle?

ANDRÉ

Oui, monseigneur... et même elle est belle, mais

[belle.

LE COMTE

C'est possible ; jamais je ne l'ai vue. Ainsi, André, tu vas partir et lui porter ceci,

ANDRÉ

Cet anneau?

LE COMTE

Cet anneau.

ANDRÉ

Mais qu'aurai-je à lui dire?

LE COMTE

Que tu viens la chercher afin de la conduire Chez moi ; que jel-'attcnds aujourd'hui sans retard, Aujourd'hui, tu m'en tends... car demain soir je par».

C'est bien.

LE COMTE

Respectez-la comme votre maltresse; Et quand vous parlerez, appelez-la comtesse.

ANDRÉ

Monseigneur, je ferai comme vous dites.

LE COMTE

Bien.

ANDRÉ

Avez-vous autre chose à m'ordouner?

LE COMTE

Non, rien...

Sinon de m'envoyer le Sarrazin...

S'arrétant.

Écoute...

J'avais cru... ce n'est rien...

Regardant du côté de l'appartement de Be'rengère.

Rien qu'un soupir sans doute..

Va-t'en.

ANDRÉ

Le Sarrazin a passé la nuit là , Couché dans sou bournous.

,LE COMTE

Fais-le venir.

andré , l'appelant.

Holà!.., Que fais-tu donc, les yeux fixés sur la fenêtre De la comtesse, esclave?... Enfin!...

André s'en va.

yaqoub, sur le seuil.

Me voilà, maître.

LE COMTE

Viens. Hier un arrêt fut rendu contre toi, Et tu le méritais.

YAQOUB.

Oui, maître.

LE COMTE

Un mot du roi

T'a sauvé : ce matin, veux-tu devant la porte De ton sauveur veiller un instant?

YAQOUB.

Peu m'importe.

Où je reste, où je vais, ou d'où je viens.

LE COMTE

Ainsi, ( Yaqoub, fidèlement tu resteras ici?

CHARLES YIT.

YAQOUB.

Oui, maître.

Si le roi vient soudain à paraître,

Tu te retireras à l'autre porte.

yaqoob.

Oui, maître.

LE COMTE

Je reviendrai bientôt te relever.

Il sort.

yaqoub, seul et rcuant.

Pourquoi.

Toute une longue nuit a-t-elle, ainsi que moi, Veillé sans qu'un instant se fermât sa paupière?.. Je croyais que moi seul je veillais sur la pierre... Je l'ai vue un instant : ses pleurs coulaient... Ses

[pleurs !

Toutmonsang,Mahomet,pourtoutessesdouleurs!..

A d'autres comme à moi la vie est donc fatale !.. D'autres souffrent!..

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